tysegallmrfaceep

Ty Segall est l’une des figures les plus follement productives de la scène rock américaine. Multipliant les albums à un rythme effréné depuis 2007 (plus d’un par an, 3 en 2012!), offrant le rock psyché/garage le plus fascinant de Californie à égalité avec ses copains Thee Oh Sees, le bougre a sorti un des meilleurs albums de 2014, Manipulator, un double LP qui conjuguait avec un sacré talent garage rock, glam, psyché pop et punk.

Mais moins de 6 mois après Manipulator, Segall balance un nouvel EP, qui prend la forme, en format vinyle, de deux 78 tours bleus et rouges, qui forment la « première paire de lunettes 3D écoutable ». Évidemment, cela relève du gadget, et c’est aussi accessoire que le format double album de Manipulator (qui tient, difficilement certes, mais qui tient tout de même, sur un 33 tours), mais ça met en relief le principal problème de l’EP : son côté anecdotique dans la discographie du californien. Car le Mr. Face EP est non seulement affreusement court, avec ses 13 minutes qui passent trop rapidement, mais il ne contient que 4 morceaux, là où il en alignait facilement 10 sur certains EP de son début de carrière. Peut-être que Ty Segall a du mal à se remettre aux affaires après les longues sessions de Manipulator, peut-être qu’il était trop occupé à exploser des amplis en tournée. D’ailleurs, l’EP n’est même pas mauvais (loin de là), il est juste riquiqui par rapport aux monstrueuses sorties du rockeur.

L’EP est, concrètement, un mélange entre les premiers amours lo-fi de Segall, et le rock psyché arty qu’il offre depuis 2012. Il s’ouvre sur le formidable Mr. Face, un morceau en grande partie acoustique, qui monte en puissance pendant un peu plus de deux minutes, avec des vocaux qui puent les acides mais font toujours plaisir. Le final, lui, est une bonne vieille explosion rock’n’roll, avec une batterie crayeuse et une guitare qui prend enfin son envol. Les autres morceaux de l’EP voyagent dans des paysages Garage plus familiers, qui ne surprennent pas venant de la part de Segall, mais font toujours plaisir à entendre : le riff lancinant de Drug Mugger rappelle les meilleurs moments de Twins (qui est sans doute son meilleur album), Circles et ses sifflements emportent la palme de la coolitude, et le final, The Picture, est complètement psyché et entêtant. Sans être des morceaux immenses comme There Is No Tomorrow, Death, ou même Caesar, ils sont tous un cran au dessus de ce qui se fait dans la scène rock californienne.

Après, effectivement, c’est dramatiquement court, et c’est toujours du Ty Segall, en peut-être un poil plus épuré que d’habitude, rappelant le très plat Sleeper. Mais l’alchimie fonctionne toujours, car c’est comme d’habitude le rock le plus foutrement intelligent du monde. Ça pourrait très bien être le plus mauvais disque de Segall depuis 2012, et ça resterait un pur bonheur, parce que ce type a encore pondu un son qui marche du feu de dieu. Et ce sans aucun effort.