viet-cong

Un engouement inattendu : c’est ce qui a caractérisé la sortie du premier album de Viet Cong, formation rock canadienne toute récente, signée sur Jagjaguwar, et née des cendres du groupe de rock expérimental Women. C’est malheureusement ça, ce qui a créé cet engouement : le cliché du groupe renaissant de ses cendres, tel un phoenix, pour offrir un dernier hommage à ses copains disparus. Ils prennent un nouveau départ, dédient une ou deux chansons à leur pote, puis c’est bon, la vie continue. Conneries.

Conneries parce que Viet Cong n’a finalement plus grand chose à voir avec le rock expé post-Velvet de Women. Conneries parce que le groupe n’existait déjà presque plus lors de sa dissolution, impliquant une baston sur scène et la mort d’un des guitaristes. Conneries parce que ce cliché a été vu et revu, avec parfois beaucoup de succès (New Order), parfois avec un certain ridicule (TV On The Radio), voir un côté larmoyant qui donne envie de péter des gueules (Stone Throws Records après la mort de J Dilla). Alors ouais, Viet Cong est l’héritier lointain de Women, mais la comparaison s’arrête à quelques riffs et au côté résolument expérimental du groupe. En même temps, seule la section rythmique de Women est de retour…

Viet Cong est donc beaucoup plus ancré dans le post-punk des années 80. D’abord, il y a la réference la plus évidente, Bauhaus, dont ils ont repris Dark Entries sur leur premièr EP, l’inégal Cassette. Mais sur leur premier album, évidemment intitulé Viet Cong, on remarque des références à The Cure, à The Fall, à This Heat. On peut trouver insupportable ou sympa ce côté « no future » (« If we’re lucky, we’ll get old and die » sur Pointless Experience, « What is the difference between love and hate? » sur March Of Progress). Mais Viet Cong, c’est un peu mieux qu’une avalanche de références, c’est un vrai bon album de rock arty, qui déborde de partout mais se laisse avaler sans aucun arrière-gout.

En passant au format album, Viet Cong semble avoir voulu devenir plus ambitieux (excusez le terme). Les morceaux sont plus longs, ils sont découpés différemment, ils sont plus rythmés. Ils sont tout simplement meilleurs. C’est con, mais ils balancent des murs de guitares dantesques, entre celui du très classe et étonnamment pop Continental Shelf, et ceux de Bunker Buster ou Death, plus violents, plus noirs, comme si Viet Cong offrait cette fois-ci un hommage à Killing Joke. En un poil plus pop et psyché, peut-être. Parfois, ce sont les voix qui sont diablement bien foutues, comme dans la seconde partie de March Of Progress, qui semble partir dans un délire pop 60’s psyché à souhait, mais se termine dans un bon gros délire New Wave (dans le sens noble du terme). L’ensemble atteint son paroxysme dans le single Silhouettes, pur condensé de rock adolescent, et pourtant si mature.

Viet Cong est, c’est vrai, un album inconstant. Certains riffs semblent usés, Death est un poil trop longue… Mais ça reste du solide. Ils peinent à quitter leur racines punks artys, mais quand ils y arrivent, c’est un condensé de sueur, de rage et de colère. C’est chouette.

(NB : rappelons que le groupe a changé de nom, et est nouvellement nommé Preoccupations, ce qui est considérablement moins classe.)

 

Artiste : Viet Cong a.k.a Preoccupations 
Release : Viet Cong
Label : Jagjaguwar