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Et oui, on te parle encore de Ty Segall. Tout simplement parce que, années après années, il continue de sortir des bombes. Malgré la Segallmania, les collaborations partout, les trois nouveaux projets formés l’année dernière, un nouveau Fuzz pas ultra bandant et une compilation/réédition de ses reprises de T-Rex, on continue de l’aimer, Ty Segall. Au même titre qu’un Mike Patton ou un John Dwyer, il se lance sans cese dans de nouveaux défis, accouchant tous de morceaux et de disques superbes, chacun ayant sa propre personnalité, son propre son. Et tant pis si cela devient routinier de chroniquer Ty Segall une fois par an, c’est à la fois un énorme plaisir. (Surtout quand c’est annoncé par une promo aussi débile et bizarre : )

Depuis presque 10 ans, Ty Segall aura été, tour-à-tour, un apôtre Garage, une star du punk, un phénomène de rock psyché, un chanteur de folk, et voilà deux ans qu’il se rêve en glam rocker, avec un Manipulator lorgnant du côté de Bowie et T-Rex et une esthétique crad-vulgaire. Ty Segall, à son habitude, bouleverse ses propres codes avec Emotional Mugger, décrit par son cercle d’amis comme un « gros album de punk/grunge à synthés ». On ne saurait mieux le décrire : ce nouveau disque, tantôt déconcertant, tantôt fandart, prouve encore une fois que Ty Segall est un des types les plus créatifs et intelligents de sa génération. Et tant pis si il divise tout le monde, de mes potes à la rédaction de SWQW en passant par la critique réac’, c’est un disque génial, et c’est tout.

L’ouverture « Squealer », déjà, apparaît comme un énorme doigt d’honneur à ceux qui l’ont découverts avec Manipulator. On y retrouve les mêmes choses que sur la track-titre du disque pré-cité, mais les charmantes mélodies de synthétiseur et le chant à la Marc Bolan laissent la place à une énorme mandale noisy, ou les deux grattes semblent jouer deux morceaux différents. Les enjeux du disque sont alors définis : faire de la mélodie avec du bruit, des chansons pops avec des synthés dégueulasses. Suicide qui rencontrerait Black Sabbath qui rencontrerait les Beatles, en gros. Précisons tout de même que Ty Segall n’oublie pas d’être un immense songwriter, en particulier « Diversion », gros morceaux punk, au refrain mémorable dès la première écoute.

Surtout, cela fait du bien de retrouver Ty Segall dans ce qu’il fait de mieux : des disques courts, concis, terriblement cohérents et rythmés. On pense aux bons vieux Twins et Slaughterhouse (mes deux préférés du bonhomme) dans ce raz-de-marée de chansons pops perverties. Y’a des basses qui frappent, des sons de guitare géants, et surtout ces claviers omniprésents, obsédants. Alors les tracks géantes s’enchaînent, surtout un « Breakfast Eggs » psychédélique et tubesque, et l’incroyable tiercé « Baby Big Man (I Want a Mommy) » / « Mandy Cream » / « Candy Sam », trois appeaux à pogo qui font sans doute partie des meilleures chansons qu’il ai jamais composés.

Mais, comme tout disque de Ty Segall, il faut trouver un défaut à ce disque, et on en trouve un paquet dans le bordel des deux derniers morceaux, les inaudibles « W.U.O.T.W.S. » et « The Magazine ». L’impression de bordel constant du skeud laisse la place à de la vraie branlette, une paire d’insupportables collages de bruit. Surtout, ces deux morceaux laissent à penser que Ty Segall est tout bonnement en train de péter les plombs, à l’image de l’ennuyeux nouvel album de Fuzz et de cette esthétique criarde à grands coups de masques de bébés. Heureusement, il reste sur l’album une demi-heure de rock démentiel. Ce que nombre de groupes ne font jamais en tout une carrière, Ty Segall le fait sans effort sur son deuxième album en moins d’un an. Putain.