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Il est quand même assez dingue que des gens aient pu se dire que mélanger le blast et la froideur du black métal avec le côté épique voire emo du post-core pouvait représenter l’avenir des musiques extrêmes. Le public ayant malheureusement suivi la vague, les groupes et labels se sont engouffrés toujours plus loin dans la brèche. Suivant ce schéma et pourtant après un bon premier album, les irlandais d’Altar of Plagues étaient, avec leur second opus Mammal, tombés à pieds joints dans le panneau avec un disque chiant et mièvre comme on en fait peu.

Mais si on en parle ici aujourd’hui c’est bien parce que le nouveau venu Teethed Glory & Injury remet les pendules à l’heure, extirpant le groupe du mouvement dans lequel il s’était contraint et fourvoyé précédemment. Exit donc les titres frôlant le quart d’heure à un niveau constant d’intensité visant un public de geeks incontinents et de minettes peinturlurées déprimant dans leurs banlieues tranquilles, ici le malin reprend ses droits et nous en met plein les oreilles.

Pourtant le côté dit atmosphérique n’est pas mis de côté, il est seulement cette fois inclus plus finement dans la musique du groupe, au final plus comme une teinte de couleur parmi d’autres qu’un leitmotiv barbant. Le résultat est frappant dès l’introduction rappelant méchamment (et ce n’est pas pour déplaire) le Killshot de Ben Frost : de l’électronique bien maîtrisée, des cordes torturées, une basse d’une profondeur abyssale, le tout pour une ambiance à couper au couteau fournissant au passage la meilleure entrée en matière entendue depuis longtemps sur un disque de métal. Une fois les premières brumes traversées, God Alone te met le couteau sous la gorge grâce aux dissonances magiques d’un guitariste qui par ailleurs sort vraiment du lot tout au long du disque de par sa personnalité et grâce à un jeu lisible et une large palette de sonorités et d’harmonies (les arrangements d’A Remedy And A Fever me font frissonner à chaque fois). Le reste du disque est du même niveau, alternant calme apparent mais halluciné, chevauchées funèbres, abîmes démesurés.

Bien que les longs formats aient ici été abandonnés, on sent bien que le quartet compose toujours sur de longues durées. Pourtant, en fractionnant ses pièces, c’est une volonté de dynamisme et d’implication totale qui vous saute au visage et ne vous fait pas décrocher du voyage. Bien sûr tout n’est pas parfait, les clichés contournés étant parfois approchés d’un peu trop près, mais cette impression disparaît vraiment sur une écoute complète tant tout est bien agencé, chaque plan ou ambiance rebondissant parfaitement sur le précédent et introduisant magnifiquement le suivant. Si il y a une erreur majeure qu’on ne pourra pas pardonner complètement c’est bien ce final, Reflection Pulse Remains, qui nous renvoie en TGV vers quasiment toutes les sorties indés combinant screamo et black métal pour atteindre le comble de l’attendu et du pathos. C’est bien dommage.

                                                               

Le Post/Progressive/Athmospheric Black Metal m’emmerde, mais l’ouverture d’esprit et la mixité me fascinent. Mine de rien, avec ce dernier opus Altar Of Plagues réussi là où énormément de groupes y ont perdu des ailes: tenter le pari du mélange risqué, en faire quelque chose de personnel et original, prendre tes tripes et ne jamais les lâcher.

Artiste : Altar Of Plagues
Release : Teethed Glory & Injury
Date de Sortie : 30/04/2013
Label : Profound Lore
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