Je te l’accorde, le disque du jour est sorti il y a bientôt six mois. Seulement, malgré le casting et la qualité du résultat, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour que mes oreilles tombent dessus. Je me suis alors dis que je ne devais pas être le seul à être passé à côté, et que quelques petits mots en forme de séance de rattrapage ne seraient pas de trop.

 

 


Commençons donc par ce fameux casting. Il regroupe Dälek (à la fois Will Brooks pour le chant et les claviers, et Mike Mare pour la guitare et les claviers), un membre originel de Faust (Hans Joachim Irmler), et deux Fire! (Mats Gustafsson pour le sax et Andreas Werliin pour les batteries). À la manière de la série In the Fishtank qui pendant plusieurs années a organisé des collaborations entre groupes sur deux jours et en tirait un album, Anguish a été conçu sur trois jours passés en toute décontraction en Allemagne dans le studio des Faust, et respire autant l’improvisation inhérente au temps imparti que la maîtrise musicale de chacune de ses composantes.


Si tu as suivi un peu la discographie de Dälek, tu seras content de retrouver une collaboration avec les Allemands, 15 ans après Derbe Respect, Alder. Et si ce dernier fascinait par ses textures et l’ambiance générale, on ne peut pas dire qu’il caressait vraiment l’auditeur dans le sens du poil, puisqu’il se révélait assez expérimental. Le résultat est tout autre ici, ce qui devrait plaire à autant de personnes que ça n’en décevra. Personnellement, les deux facettes me conviennent, selon l’humeur. On est ceci-dit agréablement surpris de trouver quelques morceaux qui sonnent vraiment hip-hop, ou en tout cas qui donnent le premier rôle au rap de Will Brooks. La plus belle preuve est ce Gut Feeling où l’espèce de sample introductif est magnifié par le jeux de batterie et les fulgurance du saxophone, pendant que la voix déroule tranquillement mais sûrement, avec la classe qui la caractérise depuis toutes ces années. Et le plus gros plaisir pour l’auditeur dans tout ça, même si on adore le côté indus inhérent à Dälek d’habitude, c’est d’entendre ce fameux rap sur des beats jazzys qui sonnent plus humains et plus vivants, d’autant plus que le mariage fonctionne à merveille.


Un certain nombre de pièces complètement instrumentales jalonnent également le disque. Elles reflètent toutes une jolie recherche de sonorités, et une volonté avérée de trouver un terrain d’entente pour tout le monde. Émerge par exemple de tout ça Wümme (du nom de la ville d’origine du groupe Faust) et ses 8 minutes d’un kraut-rock classique mais rondement mené, où une jolie explosion free-jazz débouche sur les derniers couplets rappés du disque, remplis d’une rage peu dissimulée.

 

 


Franchement, à la vue de l’urgence inhérente au concept du projet et du CV de ses auteurs, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus bruitiste et décousu que ces neufs très jolis morceaux, aussi variés que captivants. On en viendrait presque à se demander si ce n’est pas la chose la plus intéressante couchée sur disque par Dälek depuis Gutter Tactics il y a maintenant dix ans. Cela m’aura en tout cas un peu plus fait frissonner que l’EP Respect To The Authors sorti il y a quelques semaines, et où l’on sent quand même que la formule a déjà donné par le passé ce qu’elle avait de mieux. Ce Anguish est d’un tout autre calibre, et on guettera curieusement toute représentation live du projet si tant est qu’elle puisse exister un jour, ou toute autre collaboration studio de cette jolie troupe décidément bien faite pour aller ensemble.

 

Artiste : Anguish
Release : Anguish
Date de Sortie : 30/11/2018
Label : RareNoise Records
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