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Barry Adamson est l’archétype du second couteau. Originaire des quartiers pauvres de Manchester, le bassiste fonde en 1977 Magazine en compagnie de Howard Devoto, ex-Buzzcocks, et rejoint Visage en 1978. Mais c’est surtout par sa collaboration avec Nick Cave, au sein de The Birthday Party comme des Bad Seeds, que Barry Adamson développe son jeu sale, gras, pas bien technique mais débordant de personnalité. De 1982 à 1986, il signe quelques-unes des lignes de basse les plus impressionantes de l’histoire du groupe, nottament avec « Tupelo« , dont il est crédité à la composition aux cotés de Mick Harvey.

Après son retrait des Bad Seeds, il se ressource dans son quartier d’origine, Moss Side, ghetto noir de Manchester. Il y enregistre son premier album solo, une oeuvre terriblement ambitieuse, qui convoque aussi bien Ennio Morricone que John Zorn : Moss Side Story est la bande-son parfaite d’un thriller qui n’existerait pas. Il y joue presque tous les instruments et y invite, entre autres, l’artiste d’avant-garde Diamanda Galás, une poignée de Bad Seeds, ou encore Marcia Schofield de The Fall. Grand succès critique, l’album fait de lui un musician’s musician, lui permettant de tourner avec Iggy Pop et de réaliser des bandes originales pour David Lynch.

 

La carrière de Barry Adamson, qui s’étend sur près de 40 ans de collaborations diverses et variées, ne saurait être résumée ici. Même sa carrière solo s’étend sur une dizaine d’albums, l’un des plus fameux restant Oedipus Schmoedipus. De plus en plus pops et de moins en moins jazz, les compositions de Barry Adamson n’en restent pas moins intéréssantes par leur classe, leur maîtrise de gimmicks éculés, leur richesse. Le très pop I Will Set You Free, sorti en 2012, en témoignait : derrière des chansons d’une facilité irritante se cachaient de véritables perles, peut-être plombées par quelques ballades niaiseuses.

On est donc un peu irrité, lorsqu’on écoute Know Where To Run, car l’album est, dans le fond comme dans la forme, l’héritier de son prédécésseur. Incohérent, inégal, parfois vulgaire, le disque reste un étrange plaisir, même pas coupable, où les ballades mièvres (“Come Away”) croisent le jazz-rock (l’énorme “Texas Crash”, rappelant le meilleur de Moss Side Story) et les morceaux de pop-rock plus dansants (“Mr Greed”). Finalement, l’inconstance du disque s’explique par le chant et l’écriture de Adamson, cruellement limités.

Car pour le reste, même quand il tombe dans la facilité, dans le cliché, Barry Adamson reste fidèle à lui-même : c’est un compositeur de génie. Il ne manque pas une ligne de basse géniale ou un sample terriblement bien placé aux morceaux de l’album, dont les mélodies sonnent comme des évidences. Mais cela en devient frustrant : on a finalement l’impression d’écouter des compositions géantes, calquées sur des chansons faibles. Comme un film remarquablement bien filmé, mais à l’intrigue paresseuse.

Know Where To Run reste, pour les fans de Barry Adamson, l’occasion de se replonger dans un univers chaotique, ou se croisent le bon et le mauvais goût, le chaos et l’ordre, les cuivres et les grattes. On conseillera plutôt aux non-initiés ses excellents Soul Murder et Oedipus Schmoedipus. Face à l’excellence des deux disques sus-cités, Know Where To Run aura commis le crime de n’être qu’un bon petit album.