BEAK>, troisième acte : 6 ans après leur sympathique >> et presque 10 ans après sa naissance, le trio britannique sort un nouvel album, forcément intitulé >>>. Question CV, rappelons que la bande est composée de Geoff Barrow (entre autres Portishead, mais à la carrière solo riche), Billy Fuller (second couteau qu’on a retrouvé chez Robert Plant ou Massive Attack) et un nouveau venu, Will Young, qui remplace Matt Williams et compose également sous le nom de Moon Gangs. Et ne dites surtout pas que BEAK> est un side project : déjà, parce que ça agace fortement Barrow, qui risque de vous flinguer sur Twitter en retour; ensuite parce que la créativité, la puissance sonore du groupe montrent bien qu’on est dans du serious business.

Quoi de nouveau donc, dans ce troisième acte? Toujours ce krautrock oscillant entre relative légèreté (“Harvester”), folies répétitives et hypnotisantes (“Allé Sauvage”) et morceaux cinématographiques et angoissants (“Abbots Leigh”, un des sommets de l’album, qui me rappelle le “Dundry Hill” du premier album, en peut-être encore plus dramatique). On entend encore et toujours l’influence du krautrock, et en particulier de Neu! et de Can, et également de la musique de John Carpenter (!). Peut-être le groupe se concentre-t-il encore plus cette fois-ci sur les synthétiseurs, et surtout peut-être que Fuller , puisqu’il est me semble-t-il le chanteur du groupe, met sa voix finalement assez malléable un peu plus en avant, notamment sur le tubesque “King Of The Castle” et sur la nouvelle version* de “When We Fall” qui cloture l’album.

En fait, ce qui m’impressionne le plus, c’est de voir à quel point le groupe a évolué : les ayant vu en concert il y a un an et demi, il me paraissait évident que le groupe que j’avais devant moi avait enfin atteint son potentiel et était à la hauteur de ses ambitions, celle d’un groupe qui arrivait à faire quelque chose de neuf et de nouveau dans un genre qui a parfois tendance à imiter ses glorieux aînés. Et des improvisations incertaines et chaotiques de leur éternel premier album à un >> plus travaillé, pour en arriver enfin à ce nouvel album, le parcours de BEAK> est exemplaire, impressionnant, un parcours que tous les bons groupes de krautrock/rock “psychédélique” devraient suivre. Car >>> est peut-être le meilleur album de BEAK>, un disque précis et poli à la perfection, paradoxal -ou pas- pour leur album le plus court (43 minutes au compteur).

*l’original étant sorti sur l’EP BEAK><KAEB, qui comporte également un featuring déconcertant avec le rappeur JonWayne!