C’est la rentrée, et si on regarde la situation d’un peu trop près, on peut vite s’apercevoir qu’il y a un nombre non négligeable de raisons de faire la gueule. Autant alors embrasser ce spleen de début d’automne en s’abandonnant dans les bras d’un beau disque de folk-rock tourmenté.

C’est là que nos chouchous palois d’A Tant Rêver Du Roi interviennent, puisque le label béarnais a sorti au printemps dernier ce superbe album de Big OK, nouveau projet espagnol pas banal. Le rapport ? C’est que cette musique me semble particulièrement bien convenir aux circonstances d’arrière-saison que nous connaissons actuellement, mais je n’oblige personne à être d’accord. En revanche, je pourrais bien obliger tout le monde à écouter ce disque, quelle que soit la saison d’ailleurs, parce qu’il se passe quelque chose de beau tout au long de ces 11 pistes.

Projet né autour d’une volonté commune d’improvisation et d’une admiration bien légitime pour Shellac, les Swans et Black Sabbath, Big OK est un trio qui ne sonne comme personne d’autre, mais qu’on peut quand même raccrocher à tout un tas de références et de styles. Des trois groupes précédemment cités, on peut clairement entendre des éléments des deux premiers – Sabbath, pas vraiment, à vrai dire. Quant au « folk-rock tourmenté » évoqué ci-avant, c’est une possibilité de description parmi d’autres : on entend aussi beaucoup d’éléments de noise-rock (à l’approche minimaliste et organique d’un Shellac, rien de pachydermique ni d’hystérique ici), de post-rock (ça c’est le violon, que veux-tu, un violon qui grince sur des guitares ça fera toujours penser aux barbus canadiens un peu relous de Constellation) et d’indie-rock (sombre et sans chichis) dans la musique de Big OK.

Voilà pour les étiquettes et les comparaisons embarrassantes. Maintenant oublie donc tout ça, et concentre-toi sur ces magnifiques 44 minutes de musique. Big OK séduit par sa sensibilité et sa musicalité, mais aussi par une diversité bienvenue dans les ambiances et les arrangements. Tout est au service des chansons, des magnifiques et changeantes Nore Roll et Ken Yoshitake, en passant par les déhanchés pas si ensoleillés de Mexican Hats, la tension continue de N£vols, les fins enchevêtrements violon / guitare lourde / cris de It’s Your Night, ou la grandiloquente mise en bouche de Sinatra. Minimaliste dans les moyens, maximaliste dans les émotions – sur les traces de grands sensibles électriques comme Shannon Wright, Chokebore ou Scout Niblett. Bref, on tape du pied, on s’égosille et on frissonne tout au long du disque ; tout ce qu’il faut pour nous distraire de cette foutue rentrée, et bien au-delà.