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Ça y est. Tool a dépassé le point critique de notre patience, et aujourd’hui, 10 ans après leur dernier album, notre attente est embarquée sur une solide pente descendante. On a bien compris qu’ils ne sortiront jamais ce putain de nouvel album, alors on préfère en rire.

Reste que notre soif de métal progressif de qualité et garanti 0% branlette est toujours là. Il nous faut donc un paliatif avant de, peut-être un jour, envisager un sevrage. Il y a bien Meshuggah, qui a sorti deux albums monstrueux depuis la parution de 10,000 Days, mais on n’a pas tous les matins envie de s’enfiler un Dancers To A Discordant System au p’tit dej’, pas vrai? Opeth ayant bifurqué du côté du rock progressif 70’s et Steven Wilson œuvrant de plus en plus du côté de la musique d’ascenseur, on se retrouve dépourvu d’idoles non extrémistes, perdu au milieu des infâmes clones du djent, de tout un tas de déviances black et death super cools mais encore un poil éprouvantes, et des risibles Ghost, les Kiss de la décennie en cours.

C’est ici qu’intervient Bloodiest. Sorte de super-groupe de l’en-dessous du sol de Chicago, voilà le truc qui va t’assurer ton petit fix en riffs géométriques, signatures rythmiques de l’impossible et mélodies hullulées. Au chant justement, un gaillard qu’on connait bien : Bruce Lamont de Yakuza, ici délesté de son fameux saxophone mais pas de son délicieux chant chamanique. Yakuza, tiens, voilà un autre groupe dont on aimerait bien des nouvelles rapidos. Bon. Comme Tool, Bloodiest pratique le riff techniquement simple, mais rythmiquement compliqué. Le mot de guitare qui évolue en de successives et subtiles variations sur un déversement continu de roulements de toms, avant de se faire coiffer au poteau par les tourbillons noisy d’une guitare enivrée (Mesmerize, Broken Teeth, He Is Disease…), ou de se faire embarquer dans une montée infernale typée post-métal circa 2005 (The Widow).

Oh bien sûr, je ne vais pas te faire croire que Bloodiest est aussi abouti qu’un disque de Tool, il n’en a pas la richesse mélodique et ne dégage pas les mêmes invraisemblables cohésion et aura instrumentale. Rien ne vaudra jamais Aenima, c’est plié, tu sais. Bloodiest n’en reste pas moins un excellent disque, ce qui est excessivement rare dans ce créneau casse-gueule, dominé par les shredders, les beaufs et les mous. Sans faute de goût ni tics de composition, Bloodiest a tout de la bonne petite découverte de début d’année, pour te tenir au chaud jusqu’au printemps et les prochains désillusions sur l’avenir de Tool.