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Misanthropie, nihilisme, saleté, trompette, voilà avec quel genre de mots il faudrait introduire (et c’est bien le cas de le dire) les Brainbombs à un non-initié. On enchaînerait sur le fait que les Suédois déversent leur bille pour une modeste mais fidèle poignée de fans depuis 1985 et que leurs textes sont parmi les plus crus et les plus directs existant sur des thèmes tels que le viol, la torture, et autres joyeusetés de ce goût là.

Les présentations étant faites, abordons gaiement cette inespérée (et sûrement dernière) sentence joliment intitulée Disposal Of A Dead Body et constituée d’enregistrements s’étalant entre 2009 et 2011. Ne vous inquiétez cependant pas pour la cohérence de l’ensemble, le groupe persévérant inlassablement dans un garage aux accents no-wave tant il est dénué d’espoir, quelque part entre les Stooges de Fun House pour la râge punk forcenée et le Velvet Underground pour la voix imperturbable complètement hors mix.

La formule est simple, chez les Brainbombs une chanson c’est un riff et un pattern de batterie, le tout répété jusqu’à l’aliénation. Quand l’humeur lui en dit, Peter Raberg crache là dessus sa haine du monde. Quand il trépasse au fond du garage, c’est l’heure de son frère et de la trompette la plus minimaliste de tous les temps, toujours aussi simpliste et débile, mais toujours aussi captivante car incomprise.

Sur ces les vingt quatre titres de ce 2xLP, seul un morceau se permet de sortir du carcan décrit auparavant. Sur Better Rule In Hell, les Brainbombs ralentissent en effet le rythme de façon drastique, les sonorités poisseuses servant alors un effrayant mur du son pendant que la guitare se fend d’un riff simple mais lumineux qui apaise autant que le reste perturbe. On se dit alors qu’on a toujours souhaité voir le groupe emprunter de si brumeux chemins, et que le résultat est au moins à la hauteur de nos espérances. Plus généralement, la seconde galette, plus hallucinée et noisy que la première résolument garage, est vraiment une réussite du moment qu’on lâche assez prise pour suivre l’ivresse générale.

On pourra toujours se demander d’où provient notre attirance pour un univers si déshumanisé et ignoble, de surcroît quand il est bâti par un groupe dont on ne pourra jamais dire s’il est une grosse blague, s’il surjoue pour créer son identité propre, ou s’il est réellement composé de personnes décérébrées et dangereuses. Ici, c’est à coup sûr pour l’unicité et la radicalité du propos qu’on se prend au jeu jusqu’à y trouver un plaisir, ou en tout cas un intérêt, certain. A partir de là, on est prêt à toujours plus pour s’engouffrer jusqu’à la rupture, pardonnant tout pour se garantir une expérience totale, quitte à oublier l’absence de nouveauté, les défaut nombreux, et les longueurs évidentes.

Artiste : Brainbombs
Release : Disposal Of A Dead Body
Date de Sortie : 15/09/2013
Label : Skrammel Records
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