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Voilà déjà plus de vingt ans que Carla Bozulich forma The Geraldine Fibbers, groupe catégorisé alternative country mais qui représente avant tout l’archétype de ce que l’on aime du rock américain des années 90, un rock varié, imparfait, et surtout terriblement sincère et libre. Depuis, et à l’instar d’une Thalia Zedek (Come, Live Skull, Thalia Zedek Band), la demoiselle trace sa route. Et quand bien même ses dernières sorties sous le nom d’Evangelista, quoique traversées par des moments de grâce, se perdaient un peu dans une expérimentation stérile, elle fait partie de ces personnages passionnants qui imposent le respect.

Sur Boy, qui sort une nouvelle fois chez Constellation, Carla Bozulich retrouve la voie d’une musique plus directe, pour son plus grand plaisir, et le notre avec. Pour cela les formats sont raccourcis, les compositions articulées autour d’un squelette des plus solides, et l’intention est bien plus franche qu’avec Evangelista. On est surpris mais vite conquis, heureux de retrouver cette chanteuse que l’on aime voire osciller entre tradition américaine country/blues et expression personnelle bien plus moderne.

Dans les faits, l’album s’articule en trois parties qui témoignent dans la construction d’un disque élaboré sur une route s’étalant de l’Amérique du Nord à l’Inde en passant par l’Amérique du Sud et distillant au fil des minutes multiples parfums et saveurs qui parleront plus ou moins à l’auditeur selon ses préférences personnelles.

Le périple débute par deux titres qui sentent l’Amérique profonde et violente, nous rappelant le génie foutraque de Tom Waits sur des albums comme Orphans ou Mule Variations. Cette entrée en matière des plus énergiques est une parfaite transition avec les précédents albums de la demoiselle dans la mesure où cela tranche complètement avec ce que l’on attendait, nous permettant d’aborder le reste vierge de tout soupçon.

Le reste ce sont quatre titres tous parfaits jouant sur une rage omniprésente mais parfois réfrénée, parfois gueulée à la face du monde. On retiendra surtout l’incroyable balade apocalyptique Gonna Stop Killing et le blues profond et enveloppant de Deeper Than The Well, deux titres qui frappent très fort dès la première écoute mais qui ne te lâcheront pas une seule seconde.

Malheureusement, Boy fait baisser la tension sur sa fin en proposant une musique plus légère qui devient par la même occasion plus anecdotique. En même temps, on apprécie tellement voyager dans la vie de Carla Bozulich que chacune des parcelles qu’elle souhaite nous révéler, nous l’accueillons à bras ouverts. Et autant dire que dans son ensemble Boy est un superbe cadeau, et ce aussi bien pour les connaisseurs de cette grande dame que ceux qui recherchent juste un album sincère pour les accompagner sur un petit bout de chemin.

Artiste : Carla Bozulich
Release : Boy
Date de Sortie : 04/03/2014
Label : Constellation
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