Spoiler : Life Without Sound est le fameux « album de la maturité ». Ce qui n’est pas du tout un gage de qualité.

Après une paire d’albums peu remarqués, Cloud Nothings sortait de l’ombre en 2012 avec un album plus ou moins encensé par tout ce que le monde compte de critiques indie-rocks : le très réussi Attack On Memory. Même pas une dizaine de chansons catchy, plaisantes, dansantes, mais souvent très mélancoliques et parfois même un peu cruelles. Surtout le leader Dylan Baldi avait eu une sorte de coup de génie en faisant produire un album pareil par Steve Albini : les percussions étaient lourdes, les riffs ultra-référencés tapaient toujours juste. Bref, Attack On Memory est, encore aujourd’hui, un album auquel je reste particulièrement attaché.

Cinq ans plus tard, Cloud Nothings a balancé une suite certes inférieure mais efficace à Attack On Memory, et un album vaguement craignos avec Wavves, que j’avais à l’époque eu tord d’applaudir (mea culpa, les gars, mea culpa). En 2017 arrive donc Life Without Sound, précédé par une paire de singles extrêmement inquiétants : lisses, sans prise de risque. Un peu chiants, quoi. Et effectivement, ce nouveau disque est dans la lignée de « Modern Act » ou « Internal World ».

Le soucis de ce nouvel album, pourtant, n’est pas vraiment ce léger changement de parcours. Bien sûr, cette volonté de partir sur un rock adulescent, qui joue à fond la carte de la nostalgie et de la niaiserie, débouche parfois sur des passages carrément gênants, notamment le pont vaguement surfait et prévisible de « Enter Entirely », et surtout le tout début de l’album, avec ce piano ridicule à la 30 Seconds To Mars (je ne déconne pas). On a quand même de très belles chansons d’indie-rock so 2012, avec notamment « Darkened Rings » et son riff un peu plus vénère que le reste de l’album, ou même « Modern Act », un peu facile mais qui a le mérite d’offrir un des rares refrains mémorables de l’album.

Le problème est donc autant un problème de songwriting que de réalisation, de production : que la section rythmique sonne molle, que la disto est mise en arrière-plan. Les morceaux les plus simples en font des tonnes, les pop-songs les mieux écrites ne sont absolument pas mises en avant. Il y a donc quelque chose d’assez frustrant dans ce nouveau Cloud Nothings, car on arrive encore à reconnaître un groupe qui écrit des chansons formidables, mais qui, ici, sont complètement gâchées. Où sont les « I’m Not Part Of Me », les « Cut You », les « Wasted Days »? Disparus, pour des raisons qui m’échappent un peu, en fait.

PS : Je n’ai pas parlé des deux derniers morceaux, deux grosses tracks de rock « à l’ancienne », du Cloud Nothings d’il y a quelques années en somme. Je serais très bref : « Strange Year » m’a laissé complètement de marbre, mais « Realize My Fate » est peut-être le morceau le plus recommandable de l’album.