Albums après albums, collaborations après collaborations, le saxophoniste Colin Stetson continue de poser sa marque singulière sur toute la musique « indie » du monde. Déjà parce que Stetson a ramené sa pâte, son jeu, son doigté, son indéniable talent à des formations aussi variées que bankables (de Tom Waits à Timber Timbre, de BadBadNotGood à Arcade Fire en passant par TV On The Radio), mais aussi avec une carrière solo certes un peu inégale (j’ai beaucoup de mal avec son album en compagnie de Sarah Neufeld) mais toujours incroyablement pertinente. Car ces albums plus ou moins solos, s’ils sont parfois épuisants, sont souvent l’occasion d’entendre une musique résolument originale, différente, singulière et fascinante.

Ce nouvel album solo, All This I Do For Glory (ce titre!) est parfaitement dans la lignée des précédents : un peu plus de 40 minutes de folie, une sorte de kraut chelou joué par un saxophoniste fou. Des rythmes mutants, des notes qui volent et qui tâchent. Comme d’hab’, Stetson étale toute sa maîtrise technique (maîtrise de la respiration circulaire et des micro-tons, jeu de percussion sur son instrument…) sans jamais sonner démonstratif ou poseur. All This I Do For Glory est juste le témoignage d’un type avec un foutu talent, un musicien incroyablement talentueux qui choisit de se laisser aller à des compositions complètement folles, parfaitement enregistrées et produites. Et comme d’hab’, on refuse parfois de croire qu’un seul homme, aussi talentueux soit-il, se trouve derrière des titres aussi incroyablement prenants.

Sur ce nouvel album, l’américain choisit pourtant une très légère retenue. D’abord parce qu’il s’agit d’un album, pour une fois, entièrement solo (exit les My Brightest Diamond et les Bon Iver de la série des New History Warfare), et que les titres, assez longs, sont l’occasion pour lui de décliner son jeu sur des plages sans doute plus posées. Surtout, le ton général de l’album apparaît largement moins sombre, à l’exception du court « In The Clinches » et son jeu menaçant tout en percussions. On passe d’une première partie résolument mutante, prenante mais jamais inquiétante à une seconde partie, la meilleure, qui laisse la place à des choses un peu différentes (les magnifiques nappes sonores de « Spindrift » notamment, un des plus beaux morceaux du disque), plus libres, avec comme point d’orgue l’impressionnant « The Lure Of The Mine », 13 minutes de nawak total qui ne ressemblent à rien d’autre qu’à du Colin Stetson. L’ami s’y aventure dans des territoires qu’il avait encore, je trouve, peu exploré.

Car Colin Stetson est un véritable défricheur, il est un artiste qui n’hésite pas à s’aventurer, avec cette forme originale (des albums de saxophone solo interprétés avec toute la fureur du monde, merde!), dans des choses nouvelles et fraîches. All This I Do For Glory, finalement, porte bien son nom : c’est l’album d’un artiste qui, disques après disques, collaborations après collaborations (son projet kraut/post-rock Ex Eye, qui sort bientôt sur Relapse, a l’air absolument formidable), se crée une identité, une singularité rare, tout en touchant un monde qui s’étend de l’indie au champ des musiques expérimentales. Et ce avec un souffle rare (pardon).