Oh, le gros dossier que voilà. Vise un peu le line-up : l’inénarrable duo de base des Melvins (Buzz Osbourne et Dale Crover) + Terri Gender Bender (Le Butcherettes, Bosnian Rainbows) + Omar Rodriguez-Lopez (At The Drive-In, The Mars Volta, Antemasque, Bosnian Rainbows, et une avalanche d’albums plus ou moins solo). Soit dit en passant, cette brochette de musiciens doit représenter à elle seule une petite centaine de disques publiés – dont seulement le quart réellement écoutable.

Face à un tel pédigrée, deux possibilités : la fuite (bien légitime, quand on pense à tous les échecs déjà enregistrés dans l’histoire de la musique par la faute du concept de « supergroupe »), ou la trique (parce que Melvins = street-cred en acier trempé et cote de sympathie catégorie « tu peux pas test »).

Méfiance éduquée vs envie d’aimer.

Autant te prévenir de suite : aux premières écoutes, ce disque paraît complètement pète-couilles. Comme les disques de Le Butcherettes ou Bosnian Rainbows, il est en effet dominé par le chant omniprésent et excessivement expressif – voire maniéré – de Terri Gender Bender, et ce côté « all over the place » est fatigant à froid. Note même que dans Secret Agent Rat, Terri GB chant en espagnol et d’une manière qui rappelle inévitablement Cedric Bixler, le comparse de toujours d’Omar Rodriguez, ce qui n’arrange clairement pas son cas pour ce qui est de la sensation de mise en compression des testicules.

Il convient donc de faire tourner ce disque pendant quelques tours pour découvrir tout ce qu’il planque sous cette surcouche vocale, et avec les Melvins + Omar aux machines, tu imagines bien qu’on a là de la très, très belle mécanique. De la came extrêmement pure façonnée par des artisans emblématiques et expérimentés, un truc dont on ne saurait même pas dire s’il est simple ou compliqué (plutôt compliqué quand même hein, viens pas te plaindre), on sait juste que ça casse des culs et que peu de gens savent usiner des assemblages de riffs de guitare et batteries pareils.

Donc voilà, le secret est de parvenir à rassembler suffisamment de patience pour s’approprier les compos, les laisser décanter dans la caboche et, enfin, ressentir toute la puissance et en apprécier toutes les trouvailles. C’est pas bien compliqué va, tu devrais y arriver. En tout cas le jeu en vaut la chandelle car le heavy-rock tordu des Melvins gagne étonnamment à se faire malmener par ce chant impétueux, comme si les deux vieux clowns grungy étaient forcés à épurer leurs riffs et mieux bosser leurs structures, tancés qu’ils sont par une petite teigne qui ne les lâchera pas tant que la compo ne sera pas complètement éclose. Etant donné les récurrents ratés de la discographie des Melvins (riche d’un paquet de compos et disques anecdotiques), il n’est pas interdit de penser qu’un peu de contradiction et de challenge est exactement ce qu’il faut à ces vieux grigous pour tirer le meilleur de leurs gros doigts boudinés et cerveaux malades.

Bon, par contre, l’influence d’Omar Rodriguez-Lopez, on ne va pas se le cacher : on ne l’entend guère. Allez, certains soli (Bent Teeth) évoquent bien le sceau sonore de notre coton-tige humain préféré, mais sa présence ne saute pas du tout autant aux oreilles que celle des 3 autres.

Il ressort de ce disque une impression d’un Melvins en couleurs vives et en relief, une sorte de version glam-punk d’eux-mêmes, si tu veux. Fais la comparaison avec le fadasse dernier disque du duo (Basses Loaded, 2016), tu verras qu’on gagne franchement en ampleur, en efficacité et en fantaisie.

On adresse donc un franc et enthousiaste pouce levé à ce premier album, à la pochette néanmoins parfaitement dégueulasse.