De temps en temps, un groupe débarque de nulle part pour te foutre un coup de pied au cul, et te rembarrer dans ta cyclique tentation de penser que « des trucs comme ça, ben on en connaîtra plus ». Pour moi, Dealer fut celui du printemps 2017 – à peu près au moment où la disparition de Chris Cornell signifiait la fin des grandioses et inégalables Soundgarden.

Le pitch, rapidos : Dealer est un trio d’Oakland, dont le guitariste/chanteur Kevin Klausen originaire de Los Angeles a d’abord végété entre un premier projet nommé Sexless (un « grungy weirdo dissonant punk band », selon ses propres termes) et le management des tournées de The Shrine. Après nouvelles rencontres et recomposition subséquente de son line-up, le groupe donne ses premiers concerts dans sa nouvelle ville et se met à malaxer « the grooves of Black Flag’s Slip It In and the riffs of Voivod’s Killing Technology. » Miam, hein ? Le line-up de Dealer se finalise enfin, un dernier concert sous le nom Sexless est donné seulement 2 jours avant l’enregistrement de Billionaire Boys Club, et voici la suite.

Billionaire Boys Club est donc le premier disque du trio, et autant le dire tout de suite, Dealer ne s’embarrasse pas d’un coup d’essai et se dirige immédiatement en case « coup de maître ». Et outre la qualité des compos, on apprécie particulièrement d’entendre charriées des influences pas si courantes, pour un résultat personnel et plein de ces aspérités qui manquent tant au tout-venant rock de l’époque : Dealer sonne en effet comme un mélange entre noise-rock, le Soundgarden période Louder Than Love et du punk-hardcore façon Black Flag.

Et je sais pas pour toi, mais ça, ça correspond plus ou moins pour moi à la description du bonheur.

Et Billionaire Boys Club va t’en donner plein, du bonheur, et ce dès l’affolante triplette introductive AM Gold / Odious Charm / Slur. Trois tubes impressionnants, et encore, je ne sais finalement même pas vraiment pourquoi je distingue ceux-là du reste parce que les deux titres suivants sont à peu près aussi dantesques, et seuls quelques moments du dernier tiers du disque sont un peu en-deçà de ces standards ébouriffants – donc pas de quoi gâcher ton plaisir.

Rempli jusqu’à la gueule d’une hargne hardcore, d’une alternance de riffs early heavy-metal hurlants / power-chords à la lourdeur accablante et de rythmiques ultra puissantes (prenons une minute pour apprécier ensemble les breaks et roulements de ce batteur qui n’est clairement pas là pour beurrer les sandwichs), Billionaire Boys Club est tout simplement un incontournable de cette année.