Pour une fois, je vais assumer : Earth, je connais pas. Ou presque : j’ai déjà écouté un ou deux albums, mais c’était franchement d’une oreille distraite, en compagnie de bons copains, une écoute donc tout sauf attentive. Earth fait ainsi partie de ces groupes que je saurais apprécier sans trop connaître, dont j’écouterais avec plaisir un album si on me le proposait, mais je n’ai jamais trop eu le temps de me pencher réellement dessus. Passé ces précisions, il faudrait quand même se rassurer : le bonhomme chroniqué ici n’est pas seulement le seul membre originel de Earth. On commence à comprendre que Dylan Carlson creuse, seul ou en collaborations avec Coleman Grey (admettons) ou the Bug (inattendu mais sympathique), un sillon particulier dans les musiques à guitare.

 

 

Son dernier album solo, Conquistador, continue de le creuser, sans rien réinventer mais en crachant les notes avec une classe indélébile. Comme d’hab, c’est des guitares, des guitares et encore des guitares (dont de la slide, assurée par Emma Ruth Rundle). C’est des cordes doucement maltraitées, des arpèges de forgeron, des pédales d’effets partout. Mais ici, le son apparaît encore plus dépouillé que d’habitude, plus sec, sans même une feuille de vigne pour cacher la nudité de l’ensemble. Peut-être est-ce là le concept de l’album, Conquistador, comme le récit grave d’une conquête sanglante dans un terrain hostile. C’est même la « narration » qu’on se surprend à imaginer au détour des cinq morceaux de l’album (dont un interlude, « And Then The Crows Descended »).

Surtout, il ne s’agit absolument pas d’un album de doom, de stoner ou de drone. Si les boucles hypnotiques de la chanson-titre et l’ambiance générale peuvent faire des appels du pied à ces musiques lancinantes, Conquistador ne rentre pas dans ces cases. Certains le qualifieront d’americana, terme avec lequel je ne suis pas totalement d’accord, bien qu’on soit effectivement dans une musique de l’âme, minimaliste, et basée sur les guitares. En fait, pour moi, ce Conquistador est avant tout un album de rock, qui rejette les adjectifs et se présente comme un objet singulier, celui d’un mec qui n’a plus rien à prouver et qui laisse libre cours à ce qu’il sait faire de mieux, de la six-cordes bien grasse. Bref, un album méga classe.