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Tu regardes par la fenêtre, les seules choses que tu vois ce sont des éclairages publics qui s’allument dès 18H30, des nuages gras chargés de pluie fine et la mine déconfite de types qui ont le bourdon. L’hiver vient, alors sors tes disques pops, il n’y a rien de mieux pour réchauffer ton petit cœur.

Mais t’inquiètes, après avoir saigné tous les albums les plus niaiseux du monde, il te faut du sang frais. Rassure-toi, deux ricains qui commencent à avoir de la bouteille sont là pour te faire sourire au moins jusqu’à Noël. Ces deux gars, c’est Matt Berninger et Brent Knopf. Le premier officie en tant que chanteur/parolier impeccable chez The National, le second a quitté Menomena pour se concentrer sur son projet Ramona Falls. Ensemble, ils forment EL VY, duo auteur d’une pop rock indé bien branlée qui est bien partie pour traîner toute la saison dans mes oreilles.

Tout a commencé fin 2014 quand Berninger s’est plongé dans des démos que lui a envoyé Brent Knopf pour une éventuelle collaboration, démos stockées dans un dossier appelé « The Moon ». De là naît Return To The Moon (héhé), album frais et intelligent. Loin de présenter un mélange de l’intimisme grandiloquant de The National et des folies synthétiques de Ramona Falls, l’album préfère sonner comme une pop enlevée et souvent divertissante, qui permet aux deux compères de se lâcher, débarrassés des gimmicks parfois un poil encombrants de leurs formations respectives.

Return To The Moon est un album rigolo mais personnel, parfois synthétique et profondément humain. Et surtout, même si Berninger ne joue toujours d’aucun instrument, il semble bien que le baryton signe ici son disque. Explications : musicalement, l’ensemble est absolument fendard, mêlant chansons pop synthétiques imparables (Need A Friend), morceaux rock pêchus (Sad Case, I’m The Man To Be) et petites perles folk/soul (Sleepin’ Light, Careless). Portées par une basse rebondie classieuse et par des claviers terriblement accrocheurs, les tracks s’enchaînent, ne se ressemblent pas, touchent à chaque envoi. Et pourtant, c’est bien Berninger qui rythme le disque.

Condamné à l’excellence, il prend ici un ton relax, souvent enjoué, s’éloignant beaucoup de la mise en scène de The National. Ici, on a droit à des chansons légères, permettant au gusse de chanter plus haut, plus harmonieux que jamais. Si on frôle le mauvais gout avec le quasi-rap (!) de I’m The Man To Be, il faut bien avouer que l’écriture de Berninger est ici renouvelée, surprenante, et on ne veut pas manquer une miette de ce mélange d’humour un brin facile et de lignes très personnelles. S’y mêlent Michael et Didi Bloome (personnages absurdes inspirés par Mike Watt et D. Boon des Minutemen), des références au Cincinnati de sa jeunesse, à sa mère fan des Beatles, et même un adorable I ain’t no Leonard Cohen. Décrit par l’intéressé comme « un mélange de blagues pourries et de choses très intimes », le disque ne saurait être mieux décrit, et une écoute approfondie, où l’on s’en approprie chaque ligne, chaque mot, est délectable. Concrétement :

« I had a sugar-coated childhood,
The stars were in my soup.
But given the opportunity,
I’d start over and change it all.

Beatlemania made my mother
Think the way she does.
She always said,

« Don’t waste your life wishing everything was how it was… »

Paul is alive… »

Dans l’ensemble, le disque s’éparpille, mais tient largement sur la longueur. Parfaitement produit, superbement composé, on ne pourra lui reprocher qu’une certaine inconstance, qu’on lui pardonnera sans peine tant notre cœur tangue à l’écoute des 11 titres de ce court album. Bref, point de bourdon à l’horizon, juste un irrésistible Bloodbuzz.