Tu le sais depuis longtemps, la Suisse est aussi grande par sa valeur musicale qu’elle est petite par sa taille. Et depuis quelques années, c’est la commune de La Chaux-de-Fonds qui a su tirer la couverture de son côté, sous l’impulsion (en tout cas vu d’ici) de la triplette de musiciens à l’origine (entre autres) de Coilguns, Kunz, Closet Disco Queen, Sombre Sabre, ou encore Autisti. Et c’est dans l’unique album de ces derniers, sorti l’année dernière et assez recommandable, que l’on découvrait Émilie Zoé, ses grands yeux et ses beaux chuchotements.

 

 

The Very Start, comme son nom l’indique plus ou moins, est son premier véritable album solo, après quelques EPs et autres enregistrements à l’arrache directement sur cassette, néanmoins déjà fort jolis. Et si tu es familier de cette discographie antérieure, tu remarqueras que les dix titres de ce nouveau disque présentent la musicienne sous une facette un peu moins lo-fi que celle qu’on lui connaît d’habitude. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de placer d’entrée le seul reproche que j’ai à faire aujourd’hui, vu que l’on perd je trouve un peu en proximité et en humain ce que l’on gagne en clarté dans le son et en richesse dans les arrangements. Un mal pour un bien tu me diras, mais dans le cas de morceaux déjà connus dans d’autres versions, comme Tiger Song ou Nothing Stands, l’émotion est parfois un peu moins palpable et la spontanéité plus diffuse. Heureusement, Émilie Zoé a encore beaucoup d’humain à revendre, et de nombreux morceaux ne manqueront pas de te filer la chair de poule tant les émotions sont à fleur de peau et les mélodies lumineuses.

Dans une tradition indie en provenance directe des 90’s, l’orchestration opérée par la chanteuse/guitariste et son acolyte batteur se veut judicieusement parcimonieuse, avec seulement un orgue et quelques bruits d’origines diverses pour par moment prêter main forte. Les parties rythmiques, minimalistes, apportent elles un joli contrepoint et du relief aux arpèges d’une guitare pouvant être aussi bien acoustique qu’électrique. De manière générale, on pense parfois au versant calme de Shannon Wright ou à la Cat Power des débuts, dans un version plus saine d’esprit que l’originale. Ceci dit, la personnalité de notre artiste du jour est rapidement reconnaissable par rapport à celle de ses aînées, de par une espèce de calme réconfortant et de détermination de tous les instants qui donnent envie de faire un bon bout de chemin avec elle. On appréciera aussi fortement le côté chorale de plusieurs morceaux, qui met du baume au cœur et donne envie de chanter à l’unisson, de même que les tonalités souvent mineures gorgées de mélancolies. Le dernier titre, Sailor, se permet lui de faire durer un peu plus longtemps les débats, et de contempler le sourire aux lèvres de jolis paysages lacustres entourés de montagnes.

 

 

The Very Start est peut être la meilleure trouvaille de cette fin d’année. Le genre de coup de foudre à la première écoute, qui flatte ton moindre petit penchant pour les belles mélodies et les chansons aussi simples que mémorables. Voilà somme toute un parfait petit cadeau à mettre sous le sapin, et pour lequel on risque de te remercier pendant longtemps, tant les prochaines années semblent prometteuses pour une artiste qui a décidé de vivre autant que possible de son art. Si c’est pour continuer de nous gâter de cette belle folk indéprimante, on ne peut que l’encourager dans ce choix, en attendant avec impatience de la voir sillonner les routes Françaises à notre rencontre.

 

 

 

Artiste : Émilie Zoé
Release : The Very Start
Date de Sortie : 09/11/2018
Label : Hummus Records
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