Ca faisait quelques années qu’on avait pas eu de nouvelles sorties de Enablers (rien qui soit arrivé à mes oreilles en tout cas), et pourtant on aura pas réussi à les oublier. Déjà parce que la sortie de The Rightful Pivot, en 2015, avait, à sa toute petite échelle, fait du bruit, mais aussi parce que le groupe californien se fait un plaisir de tourner dans la quasi totalité des bourgades de France et de Navarre à peu près une fois par an, quand ce n’est pas leur guitariste Kevin Thompson qui traverse notre doux pays. Mais voilà, en 2018, ils s’étaient fait plutôt discrets, alors on se doutait qu’il y avait anguille sous roche.

L’anguille prend la forme, apparemment, de galères de thunes (traverser un océan pour jouer devant quelques aficionados, ça coûte du pognon), et de l’enregistrement d’un nouvel album, Zones, sorti ce 14 juin. Et, surprise, c’est comme d’habitude : des chansons de rock très free, une ambiance générale entre Swans et Nick Cave, et le spoken word obsédant de Pete Simonelli, dont les textes sont, pour ne rien changer, plus proches de la poésie que de « simples » paroles. Et comme d’habitude, Enablers conserve son inimitable potentiel de fascination : on pourrait passer l’écoute de l’album à fixer sa pochette pourtant très sobre, fasciné par cette musique mutante et ces mots crachés.

 

 

La nouveauté, qui n’en est finalement pas vraiment une, c’est sans doute l’accent mis sur l’improvisation et le rythme, avec notamment des paterns de batterie absolument fascinants, comme sur le très tendu « Bill, In Consideration ». L’ensemble a donc quelque chose de finalement très sec et rude alors qu’on sent bien que tout cela est réalisé avec aisance et fluidité, au point d’en devenir un tout petit peu frustrant : j’aurais aimé entendre un peu plus de morceaux lents, plus longs, et à l’exception de la chanson-titre qui dépasse les dix minutes (mais dont la moitié constitue une pièce ambient plutôt bien sentie), les morceaux de ce Zones sont courts et nerveux. J’aurais sans doute aimé entendre plus de morceaux comme le « Look » de The Rightful Pivot, des morceaux davantage composés.

Reste un album tout de même très réussi, que je trouve beaucoup moins inégal que leur précédente sortie. C’est au moins l’occasion de remettre Enablers sur le devant d’une scène noise-rock dont ils restent incontestablement des patriarches. Et puis forcément, c’est l’occasion d’aller revoir le groupe lors de sa prochaine tournée, la scène restant incontestablement le domaine où la bande excelle.

Zones est sorti le 14 juin sur les labels Exile On Mainstream, Broken Clover et Lancashire and Somerset.