esben_and_the_witch-a_new_nature

Après 6 ans d’existence et déjà deux albums sortis chez Matador, on ne s’attendait pas forcément à voir les trois anglais d’Esben and the Witch autoproduire une galette enregistrée chez le pape du son cru et de l’absence de fioritures, Steve Albini. C’était mal connaître le trio de Brighton, jamais prêt à se reposer sur ses lauriers et à suivre l’appel de la facilité. Un choix de distribution et de lieu d’enregistrement en accord avec le chemin musical parcouru à pas de géant par la formation, déjà passée sur scène d’une configuration machine + 2 guitares à une formation classique guitare-basse-batterie, moins chiadée mais plus rageuse.

A New Nature constitue alors clairement un témoin de cette mutation, celle-ci dépassant bien sûr le cadre des moyens employés pour révéler un spectre d’influences et d’émotions moins étroit qu’auparavant (étroitesse qui rendait assez rapidement les albums précédents redondants). Et comme dès leurs débuts la sensibilité du groupe était la bonne, la transgression du cadre initial ne pouvait être qu’une étape positive, comme en attestent les deux meilleurs titres du disque, Blood Teachings, et surtout No Dog.

Le premier, qui profite parfaitement de l’écrin consolidé par Albini (ce qui n’est pas forcément le cas de tous les morceaux), évoque les glorieuses heures back in the 90’s du noise-rock de Chicago (voir les incontournables Shipping News, Rodan, ou June Of ’44), à l’époque où l’ambition était de jouer un rock froid comme dans les années 80 tout en remettant l’humain au premier rang, en utilisant la force de ce dernier pour transcender la simplicité. Le cas No Dog mérite quant à lui des larmes de bonheur devant l’évidence d’un tel morceau, franchement cathartique, qui voit la sublime Rachel Davies nous faire oublier qu’elle nous rappelait auparavant Warpaint pour désormais évoquer une version féminine de Michael Gira, tout aussi habitée et fascinante.

Cette chronique est trop technique pour un disque qui vise l’émotion à l’état brut mais elle cherche à démontrer qu’Esben and the Witch n’est pas le groupe hipster que l’on pourrait croire. Par la mutation ici entreprise (et encore inachevée, comme le montrent des titres un peu dessous (Press Heavenwards!, Bathed in Light) et le live parisien de la semaine dernière, de bonne facture mais laissant présager d’auspices encore plus belles), Esben and the Witch tend à élargir son propos en se dotant de clés qui lui permettront d’enfanter de disques toujours moins uniformes, et toujours plus prenants. Une entité vraiment intéressante continue d’émerger, elle propose sa vision personnelle d’un rock sombre qui s’inscrit dans une tradition séculaire et la fait assez vivre pour la rendre autonome. C’est ce qui compte, et c’est amplement suffisant.

Artiste : Esben and the Witch
Release : A New Nature
Date de Sortie : 07/09/2014
Label : Nostromo Records
Acheter cet album