« EX EYE makes music of power, control, motion and intention; music composed with precise, clockwork intricacy and ecstatic abandon. It is hard, heavy music – aggressive, cathartic, and thrilling. The instruments fluidly exchange roles; melody, harmony, riff, engine, anchor, fuel ». Bref, Ex Eye ne se prend pas pour de la merde.

Des supergroupes, des supergroupes, encore des supergroupes. L’impression d’une mode qui ne s’arrête plus depuis peut-être deux ans. Ou juste une impression. Bref, des supergroupes plus ou moins recommandables, il y en a des tas, et trop souvent, il faut bien avouer que le tout manque de liant et de saveur. Pour autant, sur le papier, Ex Eye, formation à classer entre post-metal et jazz expé (oui), a tout d’un projet très, très alléchant. Par son CV, bien sûr : Ex Eye, c’est que de la belle gueule et du beau CV. Colin Stetson et sa carrière solo carrément stylée, ses collaborations souvent de bon goût. Shahzad Ismaily et son curriculum dément, de Secret Chiefs 3 à Carla Bozulich en passant par Will Oldham. Derrière, deux autres gusses un peu moins connus, Greg Fox et Toby Summerfield, encore que le premier a bossé avec Liturgy.

Au début, on doit bien l’avouer, l’album est franchement compliqué à suivre. Bien sûr, il envoie du bois : quatre morceaux ultra-lourds, quatre gros pavés bordéliques, où les quatre musiciens s’accordent à balancer tout ce qu’ils ont. Stetson installe des ambiances inquiétantes mais sait aussi faire gueuler son saxo dans tous les sens, les guitares grincent en mode gros drone, la batterie est parfois assez inventive. Pour autant, l’ensemble apparaît aux premières écoutes comme un peu trop mastoc, et on aura au début bien du mal à voir le bout de ces morceaux tout de même très longs (entre 3 et… 12 minutes), d’autant plus que la production ne met pas toujours en valeur le maximalisme de la galette. Et puis quelle idée de foutre une « bonus track » aussi clichée et peu inspirée pour conclure le disque, sérieux!

Ex Eye est donc un album face auquel il faut être patient et prendre son temps. Et puis, après 4-5 écoutes, on commence tout juste à en comprendre les subtilités. Progressivement, on commence à s’attacher à ces compositions alambiquées, à cette démonstration même pas si dégueulasse, et on se surprend à trouver beaucoup de variété dans l’album, du bourrin et mortel Xenolith; the Anvil (ces nappes de saxo et de claviers!) au très ambient Anaitis Hymnal; the Arkose Disc. C’est un album exigeant, c’est vrai, mais c’est aussi et surtout un album résolument impressionnant et prenant, un album résolument inclassable et absolument recommandable.