Disclaimer : cet article, de par son sujet, s’adresse avant tout aux personnes ayant déjà contracté un certain amour pour la chose appelée depuis bientôt 35 ans Death Metal. Pour les autres, on a plein de chroniques dans ces pages qui parlent de shoegaze, de lo-fi ou de post-punk, et c’est l’occasion d’aller fouiller dans les archives tandis qu’une poignée d’élus s’essayera au morceau ci-dessous.

 

 

Flesh For Funerals Eternal est le troisième album des Suédois de Feral en un peu plus de dix ans de carrière, et il est sûrement le plus abouti au niveau du songwriting. Pas là pour réinventer la poudre, il rappelle assez souvent le Entombed période Wolverine Blues pour son efficacité et les nombreux riffs groovys qui rythment joyeusement les morceaux. L’emballage sonore est lui aussi de facture assez classique, mais là encore percutante, avec un son de guitare porté par la fameuse pédale HM2 de Boss (bien usée par des groupes comme Entombed (encore), Bloodbath, Rotten Sound, ou plus récemment et par chez nous Fange). Tu l’auras donc compris, nos cinq habitants de Skellefteå utilisent les armes ancestrales dans le but de faire parler la poudre et de briser les nuques, pour le plaisir. Et autant dire qu’ils s’y prennent plutôt bien.

Si on est sensible au genre, il ne faut en effet que très peu de temps pour se prendre rapidement au jeu proposé, et se laisser emporter par le flot. Le tempo est modérément élevé, et bien que j’eusse apprécié quelques louches grindcore supplémentaires, la débauche d’énergie est de tous les instants. Là où le groupe se fait vraiment remarquer, c’est dans sa capacité à alterner un peu toutes les figures de style du death metal (d-beat, blasts, passages rock’n roll, incartades death-melo digne de la bonne époque du genre, …) pour en tirer un alliage cohérent et vraiment plaisant à écouter.

Un autre point fort du groupe est à aller chercher du côté du chant, dont l’aspect scandé et très sec rythmiquement rappelle nos grands amours que sont At The Gates et Rotten Sound. Le chanteur n’a pas 15000 voix différentes dans ses bagages, mais compense par son placement et l’huile de coude. C’est là encore dans l’intention et l’implication que le groupe se détache et arrive par là à nous accrocher.

 

 

Ces dernières années, j’ai beaucoup de mal à accrocher à la frange du death metal à la mode dans les milieux instruits et incarnée par des groupes comme Disma, Funebrarum ou encore Tomb Mold, groupes dont les gens louent la puissance et leur capacité à poser des ambiances. Sans leur ôter tout cela, je trouve pour ma part qu’en général ça manque de riffs de qualité, et que ça finit  naturellement par m’ennuyer, assez rapidement même. À l’inverse, Feral brandit ses riffs fièrement et en fait sa matière première et principale. Et dans mon cas ça fait la différence, car je prends du plaisir à l’écoute. Par ces aspects, on peut d’ailleurs faire un parallèle avec l’excellent et plus punk/crust Heavy Breathing de Black Breath sorti il y a bientôt dix ans, qui reste une parfaite collection de riffs et de tubes enchaînés avec un savoir faire bluffant. On est pas non plus dans des sphères aussi hautes ici, mais l’efficacité et l’intensité de l’ensemble forcent le respect, et combleront sans problème les amateurs d’un genre dans lequel le sang neuf de bon goût ne court pas forcément les rues.

 

 

Artiste : Feral
Release : Flesh For Funerals Eternal
Date de Sortie : 30/12/2018
Label : Transcending Obscurity Records
Acheter cet album