25 avril 2005. Petite visite pour les vacances de Pâques à la capitale chez le paternel qui veut alors occuper un peu le fiston. Du coup, direction le Café de la Danse, à la rencontre pour nous de l’inconnu se révélant être la doublette Flotation Toy Warning / The National (à la sortie d’Alligator), doublette qui a de quoi faire frétiller, douze ans après, tout amateur de rock indéprimant qui se respecte. Et il est finalement assez drôle de voir comment les directions prises par ces deux formations, qui à l’époque n’étaient finalement pas si éloignées l’une de l’autre en terme d’exposition, auraient pu être prévues rien qu’au regard des performances menées ce soir là, par ailleurs toutes deux excellentes. Car si d’un côté les Américains avaient tout emporté à l’énergie en se plaçant souvent en danger, les Anglais, bizarrement autant excentriques que sobres, transpiraient la classe et la belle fragilité.

La suite, tu la connais.

Car la Nationale a depuis sorti trois albums d’une qualité constante et bluffante, gagnant à chaque fois un peu plus de reconnaissance, et ce jusqu’à devenir un des groupes les plus vendeurs de la sphère indie actuelle. Et Flotation Toy Warning ? Et ben l’hibernation quasi totale pardi !

Mais tout est déjà pardonné. Car 13 ans après Bluffer’s Guide To The Flight Deck, disque qui a forcément eu le temps de devenir culte, le quintet Londonien nous revient avec The Machine That Made Us. Et de la première à la dernière note, nous voilà à nouveau happés et replongés dans l’univers si prenant du groupe et charmés par l’ambivalence de cette musique en forme de dandy boiteux, aussi lo-fi que léchée, aussi timide que surprenante. Et chaque chanson est alors un terrain de jeux dans lequel le groupe nous ballade avec plus d’entrain que jamais, nous perdant parfois dans des structures alambiquées qui décontenancent au premier contact pour contribuer finalement à l’attachement qui se développe au fil des écoutes.

La nostalgie nous dépossèderait-t-elle encore une fois de tout jugement rationnel ? Pas si sûr, car je ne pense pas trop m’avancer en disant que The Machine That Made Us est un album autonome qui vit très bien sans son ancêtre, et devrait aussi bien convertir de nouvelles oreilles que garder celles déjà acquises à sa cause. Après tout, il y a peu de groupes qui mélangent de cette façon le rock indé américain de bon goût (genre Modest Mouse, Sparklehorse, Flaming Lips parfois) en y ajoutant tout ce que l’Angleterre peut avoir de spleen, de flegme et de classe (genre The Divine Comedy). En maître de cérémonie, Paul Carter incarne ce pont entre les deux continents, transcendant sa voix chevrotante pour donner une autre dimension aux compositions, déjà bien solides avec leurs arrangements variés (synthés, cuivres, cordes) et savamment dosés.

Difficile alors de faire ressortir un titre plus qu’un autre de ces dix morceaux qui font dépasser à l’ensemble l’heure de jeu, sans pour autant qu’une impression de remplissage se fasse sentir. Les plus aventureux d’entre vous préfèreront dans tout cela les belles pièces montées que sont Due to Adverse Weather Conditions All of My Heroes Have Surrendered, Everything That is Difficult Will Come to an End ou The Moongoose Analogue. Quant aux amoureux de la pop song ultime, loin d’être délaissés ils se tourneront plutôt vers A Season Underground, Controlling The Sea ou King Of Foxgloves, et n’y trouveront que du bonheur. Car c’est avant tout ce que l’on ressent à l’écoute d’un album qui nous présente un groupe complètement réincarné et encore hautement pertinent musicalement. Et qui au passage met la barre très haute en vue des bilans de fin d’année.

 

Artiste : Flotation Toy Warning
Release : The Machine That Made Us
Date de Sortie : 16/06/2017
Labels : Talitres Records
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