foals-what_went_down

Il n’y avait presque rien, en 2006-2007, pour démarquer Foals du reste du rock indé anglo-saxon. Tout le monde parlait de ce côté math rock, alors même que Foals était le dernier groupe que j’aurais qualifié de math. Le NME hurlait au « cool » de leur leader Yannis Phillipakis, pourtant pas plus fun et mignon qu’un Alex Turner. Quelques-uns, enfin, évoquaient les compositions en elle-mêmes, ces guitares ultra-mélodiques, la basse funky, le côté dansant des synthés. Mais si Foals parvenait, en petit miracle d’un rock homogène et ennuyeux, à se démarquer de ses camarades pseudo indie, c’est pour sa saveur.

Il y avait quelque chose d’indéfinissable chez Foals, perceptible dès le médiocre single Hummer, une drôle d’énergie et de spontanéité, un sentiment qui poussa le groupe à se qualifier de « tropical prog » (et le terme leur allait étrangement bien). Antidotes, du rock déglingué, fun, synthétique et pourtant si chaleureux, c’était un vrai putain de bon album. De cuivres poussifs en refrains mémorables (The French Open, Cassius, et surtout Electric Bloom), l’album était une envolée de pop rock libératrice, qui faisait grincer des dents les plus exigeants, tout en convaincant plus ou moins bien la presse hipsterisée. Que voulez-vous, j’étais jeune, je trouvais ça génial. Tout changeait avec Total Life Forever. Dès les premières secondes de Blue Blood, Foals changait d’ambiance. La mandale urbaine de Antidotes prenait fin.

Foals avait décidé de devenir un groupe de rock indé aux chansons surproduites et au format plus long. Sauf que nom de Dieu, c’était génial. Il y avait les refrains, les ponts, les gros synthés, les structures originales mais tout sauf déroutantes. Total Life Forever, c’était le passage vers un autre monde, un monde où les influences post-rocks croisaient la musique malienne et les conneries éléctroniques. Blue Blood, Total Life Forever, Alabaster et, surtout, l’incroyable Spanish Sahara se sont même imposés comme certains de mes morceaux de rock indé préférés de la décennie. Et pourtant, j’aurais dû sentir, à l’époque, ce qu’augurait ce nouvel album. Déjà, sur Miami, il y avait un léger changement, mais qu’est-ce qu’une track au milieu de 55 minutes qui pulsaient?

Sans que je m’en rende compte, en Février 2013, Foals m’avait tourné le dos. A la place, devant eux  s’étendaient les massifs de Rolling Stone, de Pitchfork, du NME. Et derrière eux, des hordes de fans, avides de nouveaux groupes so hypés, attirés par le budget marketing multiplié d’un groupe ayant récemment signé sur Warner. La fumée du Holy Fireétait une fumée noire, acre, infecte. Boiteux, horrible, Holy Fire était un album de pure pop-rock, aux quelques singles dansants et remplis jusqu’à la gueule de morceaux plats fait pour remplir les blancs. Pendant ce temps, Foals arrivait en tête de ventes et de l’affiche de Leeds, Glastonbury, du Primavera ou encore de Loolapaloosa. Les vues YouTube gonflaient, les cachets aussi. Et pourtant, Foals était toujours aussi bon sur scène. Ne jouant que les morceaux les plus rythmés de Holy Fire, leurs shows remplis d’amour, de slams et de feedback crachaient des décibels et j’avais toujours de l’espoir. Jusqu’à ce qu’arrive What Went Down et ses horribles singles.

La pochette, tout comme le titre, sont superbes. Les clips (dont l’un interactif) sont tout de même vachement bien foutus. La tournée est plus dantesque que jamais. Foals pourraient, si les médias le voulaient, remplir des stades, de Tokyo à Bercy en passant par les USA. Et pourtant, What Went Down est un album horrible, dont les quatre bons morceaux ne tarderont pas à lasser, leur structure ultra-pop montrant ses limites dès la première écoute.

Je déteste, en écoutant pour la première fois un album, me dire : « putain, c’est vraiment du remplissage ». C’est pourtant ce qui m’est venu en tête sur plus de la moitié de l’album. Mollasson, plats, la plupart des morceaux de What Went Down ne ressemblent qu’à des imitations, des parodies de rock british. Il n’y a plus rien : le côté dansant, la section rythmique qui tache, les riffs explosifs sont là, mais ils ne sont plus là pour rien. Ils sont là par nécessité, pour contenter, même pas pour plaire. Comme si Foals ne savait plus comment faire du Foals, tentant vainement de synthétiser leurs deux derniers albums. Comme si le monde avait eu besoin d’un nouveau Royal Blood, de nouveaux Arctic Monkeys.

Même sur les meilleurs morceaux, l’ombre du passé plane : London Thunder, calme et parfois plus rythmé, ressemble à une démo ratée d’un Spanish Sahara mal produit. Snake Oil et What Went Down, à un Inhaler (l’un des deux ou trois bons morceaux de Holy Fire) sans son énergie. Il y a aussi la chanson pop qui n’existe que pour son hook : Mountain At My Gates, même pas mauvaise, mais horriblement frustrante et qui tourne vite en rond. Enfin, A Knife In The Ocean, 7 minutes qui surfent sur le meilleur de Total Life Forever, auraient pu sauver l’album, mais là aussi, on s’ennuie ferme.

What Went Down est un album très, très mauvais. Il n’est pas non plus inécoutable : il est produit comme un blockbuster et est à même de péter des chaines hi-fi. Et surtout, il y a encore, en dessous de toute cette soupe, un sens mélodique évident, que Foals traîne depuis ses débuts. Mais toute la technique et toute la production du monde ne peuvent sauver cette absence d’âme, ce plat constant. Il y a moins de 10 ans, Foals chargeait tellement ses disques qu’on en avait presque la nausée. La bande de Phillipakis les remplit toujours autant. Mais avec du vide.