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Fumaça Preta est un groupe qui n’a pas de sens. Un groupe absurde, où le non-sens permanent, la folie du bruit mêlée aux mélodies les plus surprenantes, donnent naissance au chaos le plus total. Sans déconner : leur leader, Alex Figueira, est un batteur-chanteur portugais installé à Amsterdam, formant avec des musiciens brésiliens et vénézuéliens une « fumée noire » (c’est ce que signifie Fumaça Preta) qui mêle rock brésilien, garage psyché californien, musiques éléctroniques et world music, pour former une musique hybride, barrée, déglinguée.

Déjà, en 2014, avec leur inconstant Fumaça Preta, le trio (qui devient un quintet sur scène) balançait absolument tout ce qu’ils avaient. Naissait alors un album un peu bordélique, certes, mais surtout un disque mémorable, un disque libre, où les compositions orchestrales se mêlaient aux claviers, où les quatre-cordes et les six-cordes s’affrontaient dans d’énormes murs de sons. Et avec Impuros Fanàticos, deux ans plus tard, les latinos remettent le couvert. Ils refont un peu la même, en mieux. Ils la font avec un peu plus de clarté, avec plus de maîtrise. Pour autant, ils sont toujours aussi audacieux, toujours aussi malins, toujours aussi créatifs.

Alors, sur ce nouvel album, on croise quoi? Des tas de trucs. Essaie d’imaginer Os Mutantes qui aurait bouffé les Pixies, la scène garage californienne avec beaucoup, beaucoup plus d’amphets’. Ouép, Imagine un Thee Oh Sees en plein trip chamanique, qui troquerait son deuxième batteur contre un percussionniste sud-américain.

Tu l’auras compris, les Fumaça Preta font cracher la pédale fuzz autant que les mélodies irrésistibles. Mais ce qui rend Fumaça Preta si irrésistible, c’est quand même cet attrait pour le trip, la folie, l’ambiance pesante et intriguante. Le contre-pied, en somme, du garage/psyché actuel, cherchant avant tout à te pêter le crâne avec des compos bruyantes et agressives. Prend le single « La Trampa » : ouép, ça regorge de grattes bien vénères, ça fuzz de partout, la batterie fait n’importe quoi et la basse est monstrueusement cool. Et pourtant, ce qui fait le charme de ce morceau, c’est ce chant sous réverb’ qui raconte n’importe quoi en espagnol, ce sont ces percus exotiques et plutôt fraîches, et cette vénération du bizarre qui plane tout au long du morceau.

Pourtant, Fumaça Preta, sur ce nouveau disque, sait se remettre de ses faiblesses du passé : là ou la bande ennuyait un peu dans ses ballades et ses morceaux plus calmes, elle possède désormais un sens mélodique évident. Hommage, donc, à la magnifique ballade romantique « Morrer de Amor« , et à « Migajas« , chanson faussement sensible, qui oscille parfaitement entre petite track mélancolique et grosse claque hard rock.

Bref, Impuros Fanàticos, qui s’ouvre et se ferme sur des morceaux dépassant les 7 minutes, est le nouveau tour de force d’un groupe au potentiel démesuré, un groupe qui a désormais prouvé, sur disque comme sur les planches, qu’il savait créer un bordel très agréable. En somme, un chaos parfait.