« I have a problem, in that I am completely contrarian. If you put me anywhere I’m going to end up disagreeing with everybody fundamentally. There’s even some comedians or political thinkers where I agree with everything they say, but the condescending way they put it across makes me want to disagree with them.” – Andy Falkous

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Certains, en vieillissant, ramollissent. S’affadissent. La plupart des mortels, en fait ; c’est comme ça. Toi-même, tu n’es plus le chien fou qui se faisait renvoyer des meilleurs établissement scolaires, démembrait des petits animaux pour le plaisir de voir le sang couler sur ses baskets et se livrait aux pires violences de rue, pas vrai ?

Mais Andy ‘Falco’ Falkous, lui, a la quarantaine, et il ne faibilit pas – et il t’emmerde, avec ça. Mieux : plus les disques de Future Of The Left défilent, plus ceux-ci sont méchants, et plus le groupe se radicalise. Pour te donner une première idée du contenu, vise un peu la pochette de ce nouveau disque et souviens-toi que même s’il a le sens de l’humour, Falco sait généralement se faire comprendre.

McLusky est maintenant loin (le split du groupe, c’était y’a 10 ans), et Falco a fait la paix avec ce glorieux passé au point d’accepter de reformer le groupe pour la bonne cause, le temps de quelques dates en 2014. Au point aussi de rejouer des titres de McLusky depuis plusieurs années maintenant, de virer ce synthé qui assurait pourtant la spécificité de FOTL à ses débuts, et finalement, d’en arriver en 2016 à jouer une musique à l’aridité, au cynisme et à l’agressivité comparables à celle de McLusky.

Mais, Falco s’en est expliqué, si McLusky s’est séparé, c’est entre autres parce qu’il ne se voyait pas jouer éternellement un noise-punk hystérique et simplissime. Future Of The Left bénéficie aujourd’hui de tout ce savoir-faire noise-rock, mais en propose une version plus épaisse, plus mature, infiltrée de post-punk et pourtant tout aussi jubilatoire. Je te dis maintenant la même chose depuis deux albums, mais voilà, The Peace And Truce Of Future Of The Left est le disque le plus radical, distordu, et salopard du groupe. Au point d’y trouver moins de variété, de fantaisies pop et autres cocasseries d’ivrogne que sur ses prédécesseurs, mais que veux-tu, on ne peut pas tout faire et ici, la priorité est de défoncer des clavicules et de péter des mâchoires, plutôt que de futilement tenter de séduire les indie-dudes – pour qui l’austérité prime et la limite d’agressivité acceptable se situe de toute façon au niveau des fadaises des Protomartyr, Parquet Courts, Fat White Family et autres friandises pour Philippes Maneuvres en goguette.

Alors sur ce nouveau disque, on se délecte de tourneries noise punitives comme if AT&T Drank Tea What Would BO Do? ou White Privilege Blues, mais aussi, quand même, des petites ritournelles aussi vilaines que séduisantes comme The Limits of Battleships, Back When I Was Brilliant ou 50 Days Before The Hun. Et encore une fois, je suis obligé de me répéter, mais si les amateurs de rock se sortaient les oreilles du cul et se dépêtraient de cette foutue nostalgie qui enterre chaque jour un peu plus le cirque rock médiatique dans la pathétique vieillesse d’un côté et le culte de l’anecdotique de l’autre, ils comprendraient que les Future of the Left ne sont rien de moins que les Pixies de notre époque (des Pixies qui ne sortiraient que des Trompe Le Monde, mais quand même), voire les Primus noise. Quatre gallois avec des jobs alimentaires pour se payer leur hobby (coucou, on est en 2016), dont l’inspiration pour écrire des bombinettes férocement efficaces et délicieusement râpeuses semble inépuisable, et dont la personnalité s’impose naturellement au milieu de la fadeur ambiante. Voilà un groupe qui a un son, qui a des choses à dire – même si on ne les comprend pas toutes – et dont le ton a quand même infiniment plus de gueule que la béate insignifiance d’un Mac DeMarco, ou la désespérante putasserie bien peignée des Foals. Mais le client est roi, et le public a choisi, pas vrai?

Bref. Finissons.

La musique, c’est bien, mais Falco n’oublie jamais de faire marrer dans les chaumières. Je ne vais pas rentrer dans le détail des bons mots du crû, sache juste que les textes de ce nouveau disque continuent de distribuer les punchlines (« Add another finger to your English breakfast / You army surplus motherfucker« ), billets d’humeur (« If AT&T Drank Tea What Would BP Do?« ) et autres réflexions-fictions inexplicables. Falco a beau expliquer que la musique prime et que ses paroles sont écrites sur un coin d’ampli en 20 mn avant l’enregistrement, un disque ou un concert de Future Of The Left c’est aussi un peu du stand-up, alors il serait dommage de ne pas faire attention à ce que le monsieur te crie dans les oreilles.

Fidèle à ses habitudes, le groupe sort quasi-conjointement son nouvel album et un mini-album To Failed States and Forest Clearings. Je n’ai pas encore pu écouter ce petit frère, mais j’ai déjà envie de te dire qu’il est excellent puisqu’après quelque chose comme une vingtaine de sorties toutes durées confondues, FOTL n’a jamais rien sorti de raté. Et combien de groupes peuvent en dire autant ?