En 2014, Godflesh éteignait 13 ans de silence discographique en sortant A World Lit Only By Fire, un pavé de dix titres ultra féroces dopé par un son d’une lourdeur impénétrable. Pour être honnête, c’est même grâce à cet album et aux lives alors vus que j’ai enfin pu décoder et apprécier l’apocalypse décrit dans toutes les sorties précédentes du groupe. Avec cet album de reformation, la bête Godflesh montrait avec fierté toute sa puissance et faisait plus que combler les attentes de ses amateurs.

L’introductif Post Self, qui donne son nom à ce nouvel album, fait faussement croire à son auditeur que la même salade va lui être servie cette fois encore. Le titre est efficace, puissant, la basse de Green est rampante comme la mort et les riffs de Broadrick luisent par delà les ténèbres. On est contents mais on a peur de rester un peu sur sa faim, d’autant que les deux titres suivants sont plutôt dans la même veine, tout en restant des plus réussis.

Puis l’horizon s’obscurcit, et la véritable identité de ce Post Self apparaît petit à petit, malade et résignée. Plus l’album avance, plus les cris et les rythmiques martiales s’effacent et laissent leur place à des ambiances malsaines sous formes de tableaux tous plus sombres les uns que les autres. Clairement, cela n’a jamais été la fête chez Godlfesh, et ce n’est pas non plus la première fois que l’indus laisse sa place à des choses plus ambient et plus lourdes. Mais tout comme sa pochette aussi belle que mystérieuse (que l’on imagine une nouvelle fois tirée d’une sombre VHS ayant bien vécue), cet album préfère prendre des chemins de traverse sans issus pour exprimer le malaise de ses créateurs plutôt que d’attaquer frontalement nos nerfs.

Fort de son parcours indescriptible et de son oeuvre inépuisable, Broadrick semble nourrir Godflesh peut être un peu plus qu’à l’accoutumée des peurs qu’il a pu évoquer chez Techno Animal, Jesu ou JK Flesh. Il en résulte l’album peut être le plus varié de la discographie du groupe, qui lorgne de temps à autres vers le hip-hop, qui expérimente pas mal, et qui finit par noyer complètement l’auditeur. Cette variété devrait d’ailleurs assurer une durée de vie non négligeable à un disque qui ne demande qu’à être sondé encore et encore. Le voyage se mérite, mais les divers états mentaux qui jalonnent le parcours proposé aux plus courageux, des débuts frondeurs déjà mentionnés au final magnifiquement désabusé The Infinite End, constituent une épopée comme il en existe que trop rarement.

En 2018, Godflesh est une entité qui ne fait peu ou plus de promo, agissant plus ou moins sous les radars, mais qui se nourrit de son autarcie et de ses forces pour rester musicalement d’actualité. Ce n’est surement pas ce disque qui fera nouveaux convertis (quoique), mais il y a dans ces dix titres de quoi surprendre et ravir tout ceux qui ont un jour pu être sensibles à la musique du duo. Chez moi en tout cas, ça a marché de la première à la vingtième écoute sans aucun problème.

Artiste : Godflesh
Release : Post Self
Date de Sortie : 17/11/2017
Labels : Avalanche Recordings
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