Et oui, il fallait bien qu’on en cause, je crois. Godspeed You! Black Emperor a sorti un nouvel album. Encore un gros pâté prétentieux et gavant? Bah en fait…

Juin 2017. Avec des amis, nous voilà en Belgique pour le centenaire de la bataille de Messines. Godspeed You! Black Emperor a été convié à jouer ce soir-là pour commémorer l’évènement. Devant eux, des milliers de bougies. Derrière eux, des projecteurs immenses, et la pleine lune. Le concert est absolument éblouissant. Pendant une heure, le groupe joue de nouveaux morceaux, impressionnants, massifs, les meilleures compositions qu’on ai entendu de leur part depuis bien des années. Et après, le groupe joue l’EP Slow Riot For New Zerø Kanada en entier, et c’est prodigieux. Sous mes yeux, le groupe que j’ai toujours rêvé de voir, celui qui jouait une musique désespérée et magnifique, renaissait, et le groupe qui sortait Asunder, Sweet and Other Distress était métamorphosé.

Inutile de dire que j’attendais beaucoup, beaucoup ce nouvel album de Godspeed, Luciferian Towers. Car si les morceaux que j’avais entendu en ce soir de juin 2017 se retrouvaient bel et bien sur disque, alors je ne doutais pas une seule seconde que Godspeed était de retour pour un grand, grand album. Précision préalable : Luciferian Towers n’est pas du tout un grand album. C’est même un album mineur de Godspeed, qu’on ne réécoutera certainement pas avec la même assiduité que les précédents. Pire, certains passages sont totalement anecdotiques, voir plats, voir carrément ennuyeux.

Et pourtant, quel plaisir, quel bonheur d’entendre un album qui tient enfin la route. Car Asunder, Sweet and Other Distress était, pour le coup, un authentique désastre, un album dont je suis aujourd’hui incapable de retirer le moindre « grand moment », le moindre riff, les trucs comme « Moya » ou « Sleep » ou « The Sad Mafioso » ou « Rocket Falls On Rocket Falls ». Ce nouvel album est incroyablement rassurant quand à l’état du groupe, parce que les morceaux tiennent carrément la route et offrent même quelques purs moments de grâce. Les cuivres et cornemuses de « Undoing A Luciferian Tower ». La montée en puissance remarquable de « Bosses Hang ». L’introduction pas trop mal foutue de « Fam/Famine » (qui part un peu trop vite en eau de boudin). Et surtout l’ensemble de ce décidément superbe « Anthem For No State », le meilleur morceau qu’ai composé les bobos canadiens depuis, allez, quinze ans?

Bon, on en dit beaucoup de bien, mais le soucis de ce nouvel album, ce n’est clairement pas les compositions. C’est avant tout un problème de production. Pourquoi blinder des morceaux franchement très, très bien foutus, d’une énorme couche de drone crayeuse et cradingue? Je l’affirme, le répète, les drones de Godspeed sont souvent horribles et ennuyeux, alors pourquoi blinder « Fam/Famine » ou même une partie non négligeable de « Anthem For No State » de ces grosses dégueulasseries qui tuent complètement la clarté et la puissance des compos Godspeed-iennes?

Et au fond qu’importe : Je suis très, très heureux de voir que Godspeed arrive à être ne serait-ce qu’un tout petit peu pertinent en 2017, après des années d’horreurs et de ratages complets. En espérant que le Silver Mt Zion suive, le dernier-né du side project me plaisant décidément de moins en moins avec le temps…

PS : L’autre soucis, il est plus personnel; je pense que Godspeed n’est plus capable de faire de la politique sans être un peu ridicule. Sans déconner, c’est pas forcé et ridicule, ça?

«the “luciferian towers” L.P. was informed by the following grand demands:
+ an end to foreign invasions
+ an end to borders
+ the total dismantling of the prison-industrial complex
+ healthcare, housing, food and water acknowledged as an inalienable human right
+ the expert fuckers who broke this world never get to speak again»