De la joie des algorithmes de recommandations. Car depuis que ma route a croisé celle de Gold, me voilà confronté fréquemment à de répétées suggestions d’écoute du best-of de Gold, celui de Laissez-nous chanter et d’Un peu plus près des étoiles. Autant te dire que je n’ai jamais succombé à cet appel, et que par ailleurs on peut comprendre maintenant l’argent et les moyens investis actuellement dans le big data et le machine learning dans le but de faire évoluer l’intelligence artificielle. On espère ainsi qu’un jour la machine sera alors capable de discerner les Toulousains déjà mentionnés de nos six Hollandais.e.s du jour, un tout petit peu plus sombres et captivant.e.s.

 


De façon intéressante, Why Aren’t You Laughing?, quatrième album du groupe, est le premier à ne pas sortir chez les excellents labels Ván et Profound Lore, deux belles et fameuses références en termes d’ouverture d’esprit bien qu’elles aient pour communes racines le black metal. Et ce départ pour un label canadien, Artoffact Records, plutôt tourné musiques électroniques avec un catalogue de choix idéal pour se rencarder sur la scène indus/ebm/post-punk de Vancouver et d’ailleurs, se produit au moment même où Gold sort justement son album le plus… black metal. Car certes, la chanteuse Milena Eva ne s’est toujours pas mise au chant crié, mais la musique qui l’accompagne se pare de plus en plus de guitares clean en tremolo picking façon Liturgy ou Krallice, et la batterie n’hésite plus à leur emboîter le pas. Please Tell Me You Are Not The Future est un exemple assez parlant et réussi de cette petite évolution pour le groupe, et la mue se sent aussi au niveau de la production, plus chirurgicale que sur No Image, et donc dans la lignée de ce qui avait déjà été fait sur Optimist en 2017.


Plus que jamais, Gold est alors un de ces groupes capable de mélanger des influences très larges du moment qu’elles se rapportent à des ambiances sombres et/ou  partagent une certaine exigence dans la qualité et l’engagement. Assez souvent, on pense d’ailleurs au bonheur que l’arrivée du Climax de Beastmilk avait produite dans nos petits cœurs il y a maintenant quelques années, quand on découvrait ce mélange ultra-efficace de plein de choses assez différentes que l’on aimait et qui ne nous semblaient jamais vraiment avoir été assemblées de cette façon là. On ne serait d’ailleurs pas vraiment surpris de voir autant des fans de New Model Army que d’Oathbreaker s’attacher à Gold si ce n’est pas déjà le cas, tant on navigue ici autant en terres metal qu’en terres goth, post punk ou death rock.

 


J’ai beau m’attarder un peu sur la partie instrumentale du groupe, le point fort de ce dernier a toujours été et restera sa chanteuse. La relation entre les deux forces a beau être de l’ordre du donnant-donnant et les instruments ayant un joli don pour l’accompagnement, c’est en effet vraiment grâce aux mélodies, aux intonations et à la dynamique apportées par les parties vocales que le groupe décolle vraiment. Si on fait d’ailleurs rapidement la comparaison avec leurs compatriotes de Dool avec qui ils partagent des liens de sang, de même qu’avec feu The Devil’s Blood, l’avantage est pour le moment du côté des plus expérimentés Gold, et ce surtout grâce à toutes les émotions que peut faire circuler leurs chanteuse. Sur ce nouvel album, ces sentiments, jamais très joyeux il est vrai, peuvent être aussi bien de l’ordre de la détermination (les premières phrases de l’introductif He Is Not, parfaites en tout point pour se mettre dans le bain) que de la tristesse (le très beau Truly, Truly Disappointed) ou de la mélancolie (le calme mais tout aussi prenant Killing At Least 13). À chaque fois, l’interprétation est d’une justesse rare, et l’étendue de la palette vocale fait vraiment plaisir à entendre.

 


Malgré tous ces bons côtés et si on ne peut reprocher à Gold de ne jamais sortir deux fois le même disque, on a quand même du mal à ne pas regretter un peu le bouillonnement apporté par les côtés plus directs et sauvages des albums précédents, ici un peu lissés par la production plus clean et les fameuses incartades post-black. Si Why Aren’t You Laughing? semble pour le moment un peu moins ultime que ne l’était Optimist et son quasi sans-faute, le groupe n’en reste pas moins unique et nous offre une fois de plus de très belles heures d’écoutes à fleur de peau. On espère qu’il tiendra d’ailleurs le rythme d’un album tous les deux ans, histoire de se tenir régulièrement au fait du spleen industriel des ports Hollandais, définitivement plus attachant qu’on ne l’aurait cru.

 

 

Artiste : Gold
Release : Why Aren’t You Laughing?
Date de Sortie : 05/04/2019
Label : Artoffact Records
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