Si le nom de Great Falls, comme celui de son guitariste chanteur Demian Johnston, te sont inconnus, c’est peut être moins le cas des précédents groupes du monsieur, que l’on parle de Undertow, Nineironspitfire et Kiss It Goodbye pour les 90’s, ou de Playing Enemy pour la première décennie des années 2000. Si ces noms te rappellent alors de bons souvenirs, et quand bien même ça ne serait pas le cas, sache que tu as de quoi te réjouir de l’existence de cette nouvelle entité, qui en est déjà d’ailleurs à son troisième LP. Celui-ci s’appelle A Sense of Rest, et est sûrement la meilleure chose que n’avait jamais sorti le groupe, grâce à une production qui met vraiment en valeur les talents de ses membres.

 

 

Outre Johnston, on retrouve derrière la basse de ce trio de Seattle Shane Melhing, déjà au même poste chez Playing Enemy. Tu l’auras alors compris, la continuité entre les deux formations est évidente, mais tant que la flamme de ce post-hardcore tortueux et aiguisé brille avec toujours autant de singularité, c’est loin de poser problème, bien au contraire. C’est Phil Petrocelli qui complète le line-up, batteur déjà aperçu live avec Jesu, et qui fait d’ailleurs preuve ici d’un jeu d’une précision remarquable. Métronomique, il apporte même je trouve un côté presque death metal (version Gorguts ou Ulcerate) qui renforce l’aspect massif de l’ensemble. J’ai aussi assez rapidement pensé à la façon dont sonnait les premiers disques d’Intronaut, où chaque instrument est bien séparé de son voisin dans le mix, avec une basse bien discernable et des guitares très sèches. Je me répète, mais ça sonne de la mort, et on sent que tout ce petit monde a une sacré expérience derrière lui.

Fort de cette base impeccable, la musique de Great Falls, pas du genre à te caresser dans le sens du poil, peut alors parler librement. Librement, ça veut dire ici que l’affrontement bat presque perpétuellement son plein, incarné par des guitares souvent dissonantes et des structures rarement du genre couplet-refrain. Et quand le second morceau Not-For-Sale Bodies commence par un joli arpège mélancolique rappelant le Marrow de Yob, c’est pour lui couper brutalement la chique au bout de dix secondes et faire place à un mitraillage en règle de la batterie, avec suppléments de motifs entêtants répétés jusqu’à la nausée. Il faut en effet compter sur la science de Mr Johnston et de ses complices pour enchaîner les mesures impaires avec un savoir-faire notable, et ériger de fiers et haineux édifices qui ne manqueront pas de passionner toujours un peu plus à chaque nouvelle écoute.

 

 

On pourra aussi noter la capacité de Great Falls à savoir calmer un peu le jeu sans perdre en pertinence (coucou Cult Leader). Les quinze minutes de We Speak In Lowercase sont là pour le prouver, avec un tempo bien à la baisse comparé aux autres morceaux, sans pour autant que l’on ressente de l’ennui ou une perte en intensité, bien au contraire. Dans ces moments, le côté noise-rock du groupe, représenté par un son de basse caverneux et une batterie joliment naturelle, fait son petit effet et embellit l’ensemble par ses teintes moins frontales. Et c’est avec joie qu’on est ensuite prêts à en reprendre plein la tronche sur les morceaux suivants.

Si je devais mettre en avant une retenue, elle porterait sûrement sur le côté monotone de la voix de Johnston, qui fait elle rarement dans la nuance, là où la musique aurait mérité peut être un peu plus de variété. On mettra ça sur le compte de l’honnêteté et du jusqu’au boutisme du garçon, qui, depuis vingt cinq ans maintenant, partage sa rage avec nous, opérant avec une abnégation qui force le respect. On lui souhaite de continuer son ouvrage avec autant de réussite pendant les vingt cinq prochaines années, car ce n’est pas encore cette fois qu’on aura été déçu.

 

 

Artiste : Great Falls
Release : A Sense of Rest
Date de Sortie : 21/12/2018
Label : Corpse Flower Records, Throatruiner Records
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