No Cash Value est le dernier album des Hawks, qui se séparent sur un dernier coup d’éclat enregistré en studio. Sans valeur marchande, nous disent-ils, mais d’une immense valeur artistique et affective.

On a déjà pleuré toutes les larmes de notre corps en apprenant la fin du groupe en février, alors plutôt que de se morfondre en position fœtale dans l’obscurité de sa chambre poisseuse de noiseux, les maudire sur 10 générations pour ce choix regrettable ou encore se mettre à écouter Fishbach, célébrons comme il se doit cette dernière offrande à la cause du noise-rock. Chantons les Hawks ! Dansons les Hawks ! Buvons les Hawks !

Car les Hawks furent, le temps de leur trop courte existence et ce jusqu’à leur ultime concert à Atlanta en avril, rien de moins que le meilleur groupe de noise-rock du monde de mon cœur. Et on en connaît des-qui-se séparent sans sortir ce foutu dernier disque sur lequel ils ont achevé leur inspiration essoufflée et/ou leurs amitié en décomposition, alors apprécions No Cash Value à sa juste valeur (ha!) car il aurait bien pu ne jamais être publié. Il s’est d’ailleurs fait attendre, puisque le précédent et troisième album du quatuor datait quand même de 2012 (l’incroyable Push Over) – le groupe nous avait quand même fait largement patienter avec Hawks en 2014, live enregistré en studio dont le son redonnait une inespérée puissance transpiration + mandales sans gants à ces compositions géniales, en plus de nous gratifier de 6 inédits du même tonneau – mais gageons que quoi qui ait pu conduire à cette séparation a sans doute contribué à cette bien longue gestation.

Je ne vais pas te mentir, mon disque référence du groupe restera Push Over. Cet album était parfait, inusable et rempli de tubes insensés, alors son successeur ne pouvait que prendre un chemin légèrement différent afin de ne pas souffrir de la comparaison. C’est bien ce que fait No Cash Value, en faisant un pas de côté question lourdeur (les riffs ultra massifs à la Unsane / early Helmet sont moins présents), et en appuyant un peu sur le champignon pour se donner un petit côté post-punk (accentué par un chant moins bileux), qui ne leur va pas si mal ; en cela il ne prend pas ombrage de son prédécesseur.

Une moitié des compositions suit ainsi le schéma infernal qu’on aime tant chez les Hawks (les fantastiques Silk/Slime, Tone Deaf ou Dust Up), tandis que l’autre emprunte une approche un peu plus monolithique, pas franchement apaisée mais moins chaotique et usant d’un grain plus faible dans son entreprise d’abrasion. A la limite, le seul reproche à faire à ce disque (en plus d’être le dernier :'( ), est sa longueur, faible, bien trop faible. Pas le temps d’analyser les compos que les 10 pistes (dont 3 interludes) nous ont déjà filé entre les doigts.

Reste alors à user jusqu’à l’os cette discographie impeccable, ces 4 disques affolants, et chérir le souvenir moite de cette heure bruyante passée en leur compagnie, par un beau soir d’avril 2014 dans la riante cité noise de Bobigny. Oui, le bonheur ne se cache pas toujours là où on l’attend – et paf, une subtile leçon de vie en guise de conclusion.