heads_st

Cause ou conséquence du pénible Pelagial, le collectif de musiciens réuni sous la bannière The Ocean se disperse (ou mute, pourrait-on dire). Robin Staps (le leader) enregistre pour The Old Wind (le projet bancal du chanteur de Breach), la division Suisse n’arrête plus d’être prolifique (Coilguns, Kunz, The Fawn, et j’en passe aux noms de projets bien débiles : Google est ton ami, pas moi), des labels se sont créés (Hummus, Pelagic, This Charming Man), bref tout cela est plutôt encourageant car d’une qualité supérieure à la moyenne (ou presque). Heads. voit la participation de quelques unes de ces charmantes personnes pour le plaisir d’un genre que cette clique là n’avait encore que peu expérimenté, le noise-rock version 90’s, celui qui met la basse en avant et s’adresse plutôt à ta nuque qu’à ta cervelle.

HEADS. est donc l’histoire d’un Australien aventureux qui s’est acoquiné avec le collectif déjà évoqué et qui partage avec ses compatriotes de My Disco un amour des riffs lancinants et monolithiques, tout cela pour façonner un univers rugueux et prenant. Le bonhomme possède de surcroît un timbre à la Tod Ashley (Cop Shoot Cop, Firewater), ce qui lui donne d’entrée une certaine prestance pour nager la brasse en milieu marécageux. Avec tout ça, le trio peut tranquillement se promener en six titres qui font, comme c’est presque la mode, honneur à Jesus Lizard et Shellac, tout en adoptant les aspirations cold-mélo des Ricains de Young Widows. Dans le genre, et pour ne rien te cacher, on pense même parfois au rock débridé et épique qu’un Quicksand.

Tu l’auras compris, tu es encore face à un de ces groupes que Matooh et moi appréciont particulièrement, dès lors (bien sûr !) que les chansons sont bonnes et que les choses sont assez personelles pour ne pas ressembler à une simple régurgitation des inspirations étouffantes précédemment évoquées. Mais ce qui m’aura ici surtout tapé dans l’oreille, c’est cette tendance qu’a le trio à maintenir un tempo lent et une trajectoire sinueuse qui rapelle les territoires drogués d’un Hawks. On aurait d’ailleurs aimé ici une production un peu plus crade mais que voulez-vous, ils se sont entourés d’amis métalleux, on ne peut pas leur en vouloir. Et puis ça leur a permis d’avoir le son de basse qui tue, alors c’est un mal pour un bien.

Des influences top montagne, des qualités techniques et musicales indéniables, il ne vous en faudra pas plus pour être content de ces quelques titres sans prétention mais imprégnés d’assez de conviction et de savoir-faire pour vous inciter à siroter de la 8-6 en leur compagnie pendant quelques soirs. Tu y trouveras des réminiscences de plein de choses que tu aimes des années 90 voire 80, tout cela assez bien agencé pour que la mémoire de ce melting-pot nostalgique ne s’efface pas trop vite.

Artiste : HEADS.
Release : S/T
Date de Sortie : 08/05/2015
Label : This Charming Man Records
Acheter cet album