25 ans. Voilà le temps qui sépare la création d’Heliogabale et la sortie de leur septième album Ecce Homo. Ce certain temps passé dans le microcosme du noise-rock français leur assure aussi bien un statut de groupe culte qu’il peut aussi créer une fâcheuse tendance chez le public à ce qu’il ne s’attarde plus vraiment sur un album de plus du groupe. Voilà l’écueil que cette chronique espère modestement éviter à ce disque réussi qui poursuit avec merveille, et mieux que ne le faisait le précédent Blood, la mue d’un groupe qui débarqua dans le game avec une musique froide et acérée.

Le nouvel album des Parisiens se situe donc plus près du rampant Mobile Home que de la fureur de Yolk, et cela n’a rien de bien surprenant. Mais de façon plus remarquable, Heliogabale ne semble avoir jamais été autant à l’aise avec le versant le plus apaisé de sa musique que sur ce Ecce Homo qui se dénote par sa grande variété de rythmes et d’ambiances. On cavale en un clin d’oeil entre de fausses berceuses addictives (le parfait Toboggan ou le prenant Solitaire) et des charges plus vindicatives (le tournoyant Encore ou le final Dizzy), tandis que les flots des mots et de la musique se font toujours plus entraînants. La base musicale est bien entendu celle d’un noise-rock assez classique chaleureusement lové entre Drive Blind et Enablers, mais ce sont la complicité entre les différents membres du groupe et la maîtrise que démontre celui-ci qui font de ces neuf chansons en formes de montagnes russes remplies d’émotions de franches réussites.

L’autre chose à faire remarquer est la présence intégrale (ou presque) de la langue française dans la bouche de Sasha Andrès, une première chez les Parisiens, d’autant plus que le résultat est assez bluffant. Pourtant, toi même tu sais, ce n’est d’habitude pas franchement quelque chose qui nous importe chez Donne Une Chance à La Violence. Mais dans ce cas présent, le sens des mots tout autant que leur sonorité vis à vis de la musique pratiquée ne font qu’impliquer un peu plus l’auditeur dans l’ensemble. On pense alors assez souvent à la façon dont les mots d’Alain Bashung s’entremêlaient avec les ambiances sonores pour lesquelles ils étaient destinés, et on sent la chanteuse très à l’aise dans cet exercice. Ce challenge qui était loin d’être gagné d’avance semble conférer à la maîtresse de cérémonie un second souffle dans sa façon d’exploiter les possibilités offertes par les majestueux entrelacs de guitares d’un Philippe Thiphaine en grande forme et d’une section rythmique toujours aussi solide.

 

À la manière de la grosse démonstration opérée par Oxbow il y a quelques mois, on se retrouve donc ici face à un groupe en pleine possession de ses moyens et qui déroule tout son savoir faire au fur et à mesure du disque. On ne doute alors pas que ces morceaux s’incluront parfaitement dans les concerts toujours rondement menés et puissants des Parisiens qu’il nous tarde maintenant de revoir rapidement. En tout cas, old is the new young, noch einmal, et tu aurais tort de t’en priver.

Artiste : Heliogabale
Release : Ecce Homo
Date de Sortie : 15/09/2017
Labels : Atypeek Music, Les Disques du Hangar 221
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