Dans toutes les formes d’art qui me viennent en tête, le noir et blanc fascine. Il est vrai qu’entre ces deux opposés se niche un impressionnant infini des possibles s’exprimant sous forme de teintes, d’effets d’ombres, et de lumière. Et c’est loin d’être un hasard si les belges d’Helium Horse Fly se cantonnent depuis leurs débuts à des pochettes en apparence sans couleurs, tant cela colle bien avec une musique qui travaille talentueusement et de mieux en mieux les sombres nuances. Hollowed est en effet la quatrième sortie du quatuor, après deux EPs et un premier LP, et ne laisse aucun doute sur le fait que les six années qui séparent cette sortie de la précédente étaient au moins ce qu’il fallait au groupe pour produire quelque chose à la hauteur de ses envies et de ses visions.

 

 

Au niveau de la formule, j’entends par là l’association d’une chanteuse et de 3 mecs façon guitare-basse-batterie, tu reconnaîtras qu’elle est assez classique dans le milieu noise-rock, qu’on pense aux confidentiels mais recommandables Berline 0.33 et Drive With A Dead Girl, ou aux références que sont Heliogabale et Uzeda / Bellini. D’autres choses que cette simple similitude de forme appellent également la comparaison avec ces derniers d’ailleurs, que ça soit techniquement au niveau de la production et des arabesques de la guitare, qu’au niveau de l’émotion, avec une tension toujours palpable, issue de la perpétuelle lutte entre force et fragilité des chanteuses. Mais tout ça ne réduit pour autant pas l’impact du navire bâtit par notre groupe du jour, tant celui-ci sait voguer aussi de ses propres ailes.

Pour cela, le groupe a dû apprendre à apprivoiser le temps, s’autorisant à sortir complètement ou presque du classique format chanson, pour privilégier l’établissement d’une ambiance prenante. Celle-ci, globalement, est habilement juchée entre un voile enivrant aux consonances trip-hop et les bas-fonds mal famés d’un Oxbow, où dissonances noise fricotent avec harmonies jazzy. Clairement, si je parlais de noir et blanc en introduction, ce n’était pas pour rien.

Une fois le cadre posé, la seconde force du disque réside dans sa très grande dynamique, le groupe comprenant comme peu que les plus hautes cimes ne pouvaient être parfois atteintes qu’en partant des altitudes les plus basses. Et aussi, que la répétition ne pouvait pas qu’être source d’ennui, mais aussi un moyen de donner à chaque nuance de gris sa véritable consistance. Les quatorze minutes du second titre In A Deathless Spell en sont la preuve flagrante, avec ses longs passages incantatoires très calmes entrecoupés de tourbillonnantes et bluffantes saillies épiques. On peut de manière générale féliciter le groupe pour la qualité des compositions, tant tout s’enchaîne de façon si naturelle malgré les structures à rallonge, et tant tout semble durer pile le temps qu’il faut, avec de surcroît la bonne intention au bon moment. Et puis, car c’est dur de passer à côté, que dire de ce parfait Happiness introductif, où quand on craint que le groupe s’est trop enfermé dans un riff tunnel entêtant et une montée bruitiste, il ne ressort que plus beau grâce à une franche cassure rythmique accompagnée de lumineux arpèges, pour guider l’auditeur estomaqué vers la sortie.

 

 

Je me permettrais de finir par un couplet emprunté à ces chers Neurosis auquel m’a fait penser le titre du présent disque, et qui ne détonnerait pas dans les thématiques de ce dernier, tout du moins dans la vision que je m’en suis faite. Et venant de ma part, c’est forcément une incitation supplémentaire à te pencher sur un disque vraiment bluffant, et dont je trépigne déjà de voir l’incarnation sur scène :


Your river’s flow is damned all to hell
Strong hearts soar through blindness
Tearing the fog, tearing the eyes to clarity
To a place where truth is seen

Your shell is hollow, Your shell is hollow
So am I
The rest will follow, The rest will follow,
So will I, So will I

 

 

Artiste : Helium Horse Fly
Release : Hollowed
Date de Sortie : 18/01/2019
Label : Dipole Experiment Records
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