Le Hellfest et GVAC / SWQW, toi-même tu sais : c’est une longue histoire d’amour.

Tous les ans, on y retourne et tous les ans, c’est le même panard. Non seulement le festival parvient à ne pas lasser, mais il perfectionne chaque année un peu plus sa formule. Depuis 3 ou 4 ans les choses sont bien stabilisées, que ce soit dans le volume et la variété de la programmation ou dans les infrastructures assez hallucinantes mises en place par l’organisation. Mais grâce à un parfait équilibre entre gestion de son patrimoine de groupes habitués et un renouvellement bienvenu qui passe par un écumage méthodique des pointures les plus indiscutables de tous les courants des musiques extrêmes, tout ça additionné d’une volonté constante de susciter la curiosité du public via quelques propositions ambitieuses sur les 4 scènes spécialisées, le Hellfest parvient à rester, et de loin, le festival «  » »métal » » » le plus excitant, le plus beau et le plus délirant d’Europe.

Donc voilà, on rempile avec grand plaisir en 2018, et pour tout te dire on est sacrément impatient. Et comme on sait que toi aussi, tu piaffes comme nous dans l’attente de ton ouikène préféré du mois de juin, on te propose, suite à un passage au peigne fin de la programmation, une fine sélection de ce qui nous semble incontournable dans les 200 groupes encore programmés cette année.

Tout ça scène par scène, parce qu’on n’a pas l’air comme ça, mais on est méthodique, nous aussi.

Allez, pose-toi, allume tes enceintes, sers-toi un godet et scrolle tranquillement. Juin, c’est déjà demain.

 

 

  • Main Stage 01

Peu de grosses surprises au niveau des têtes d’affiche cette année, mais de quoi contenter le plus grand nombre, pendant que l’on préfèrera pour notre part traîner ailleurs. On oubliera quand même pas de faire quelques heureux crochets lors des prestations de Maiden, Deftones et Judas Priest, dont le dernier album, tubesque au possible, leur laisse la couronne des papys les plus résistants du game. Quant à la bande à Chino Deftones, Mattooh t’avait déjà fait un joli topo à la sortie de Gore, alors tu sais tout le bien qu’on en pense. N’oublions également pas d’aller passer un bon moment en compagnie des L7, un moment probablement un peu brouillon, un peu largué, mais c’est exactement pour ça qu’on ira.

 

  • Main Stage 02

À noter que cette grande scène là devrait voir nos petites frimousses un peu plus souvent qu’à l’accoutumée, grâce à quelques jolis coups (Alice In Chains bordel !, Body Count), une valeur sûre du cassage de cervicales (Meshuggah) et deux « curiosités » (Converge sur une grande scène en pleine aprem’ entouré de fans de Stone Sour ?!, et Steven Wilson, en pleine explosion radiophonique mainstream après des années d’activisme pour le bon goût pour lesquelles nous étions bien preneurs).

Par ailleurs, c’est avec joie que nous observons l’ombre de Tool se rapprocher de plus en plus du ciel de Clisson, puisqu’après être venu joyeusement nous tenir compagnie avec Puscifer il y a deux ans, Maynard débarque à nouveau, cette fois-ci avec A Perfect Circle. On se dit qu’il a du apprécier le muscadet, et on a hâte de venir partager avec lui notre fibre la plus sensible. Et bien que le petit dernier, Eat The Elephant, comporte pas mal de choses assez chiantes (et quelques très beaux morceaux, quand même), on a peu de doutes sur la classe de la prestation globale. Et puis, James Iha sur les planches du Hellfest, ça risque quand même de faire chaud dans nos petits cœurs.

 

  • Altar

Programmation extrêmement solide sous l’Altar cette année, finement lovée entre thrash, death, crossover, et grindcore (un peu). Et si on te refera pas de topo sur les forcément très recommandables Nile, Suffocation, Exodus, At The Gates, Napalm Death et Rotten Sound (les trois derniers étant mes petits chouchous, si tu veux tout savoir), dont on t’a déjà parlé dans de précédents focus Hellfest, voilà quelques curiosités qui pourraient mériter toute ton attention.

Carnivore A.D.

La première sent l’arnaque à plein nez. Et on se dit aussi que quitte à vouloir rendre hommage à l’immense (dans tous les sens du terme) Peter Steele, mettez nous Type O avec Danzig au chant, qu’on en parle plus. Toujours est-il que Carnivore, c’est quelques morceaux cultes qu’on espérait jamais voir sur scène, morceaux qui restent fantastiquement corrosifs et addictifs, même trente ans après.

Demilich

Outre le fait que les Finlandais possèdent un des logos les plus classes de la scène death metal, ils ont gagné en 1993 leur accès à l’encyclopédie du bon goût grâce à ce qui reste leur dernier album à ce jour, Nespithe. Depuis, les apparitions de la formation sont des plus rares, on les dit souvent séparés, mais cette prestation au Hellfest semble s’insérer dans une volonté du groupe de reprendre un rythme un peu plus sérieux. On sera loin de se plaindre de ce retour, tant les riffs tordus et l’ambiance plombée du groupe sont toujours aussi appréciables.

Demolition Hammer

Autre retour assez récent et au moins tout aussi excitant : je veux bien sûr parler de celui des trasheux américains de Demolition Hammer, dont les deux premiers albums (1990 et 1992, là non plus on est pas dans le tout jeune) continuent d’être des références incontestables, bien qu’un peu méconnues. On te conseille donc de te plonger dans ces charges aussi bêtes et méchantes que jouissives, histoire d’être fin prêt pour le jour J. Et vu les retours que l’on a pu avoir de la prestation du groupe sur les planches du Fall Of Summer il y a quelques années, tu en auras alors pour ton argent.

Exhorder

La légende voudrait que Phil Anselmo ait insisté auprès des autres Pantera pour abandonner leur glam des débuts pour un truc plus lourd (qui deviendra le groove metal que l’on connaît bien) après avoir vu Exhorder sur scène. Ce qui est sûr, c’est qu’un des deux groupes est présent sur au moins 1/4 des t-shirts des festivaliers du Hellfest, là où l’autre est surtout une affaire d’initiés et/ou de nostalgiques de l’époque. Il reste que les disques d’Exhorder s’écoutent toujours super bien, et qu’on se fera un gros plaisir d’aller voir ce que ça peut donner après toutes ces années de hiatus, pour un concert qui aurait presque tout aussi bien sa place sous la Valley que sous l’Altar. En tout cas, ça fait encore une grosse croix à dans l’agenda.

Crisix/Exumer

Au regard de la programmation de cette année, le thrash se pose comme un des styles les plus vivants en termes de musiques extrêmes, avec une bonne grosse cohorte prête à envahir l’Altar. Si Exodus risque de mettre tout le monde d’accord, on sera curieux des jeunes Espagnols de Crisix ( à peu près aussi affutés qu’Havok, Iron Reagan ou Violator, quitte à parler nouvelle vague), déjà quelques tubes au compteur, tout comme des vieux Allemands d’Exumer, et leur 30 ans de carrière. Chez l’un comme chez l’autre, les guitares seront aiguisées, les cris tranchants, bref, tout il ce qu’il faut là où il faut.

Hexecutor / Malkavian

D’un côté, du thrash assez old-school et furieusement enlevé from Rennes, de l’autre, un thrash from Nantes plus moderne et sentant des influences death assez communes à celles d’un Gojira. Et si mon coeur balance surtout pour les premiers, Hexecutor, peu de doutes que chacun nous introduira de belle façon à ces journées marathon. On t’incite donc au réveil matinal, histoire d’encourager la scène locale, et de voir qu’elle n’a pas à rougir du reste du monde, même de bon matin après une courte nuit (on l’imagine).

 

  • Temple

Même si ce n’est pas notre came principale, la programmation de la Temple (consacrée au black metal, pagan, et autres dérivés) permet toujours la découverte ou la confirmation d’entités étranges qui transcendent les styles et respirent la (relative) absence de compromis. Cette année ne fait pas défaut à la règle, et plein de noms attisent notre curiosité, que celà soit des choses qui ressemblent plus à de la cérémonie qu’à un concert (Heilung, ou Pensées Nocturnes dans un autre style), ou les groupes de la mouvance post-black. Car oui, on ira jeter des coups d’yeux et d’oreilles à ces groupes là (pour ne pas les citer : Au-Dessus, Batushka, Schammasch) malgré la platitude un peu effrayante de leur musique, histoire de nous assurer une bonne fois pour toute de notre jugement. Dans le genre, on mise d’ailleurs plutôt une bonne pièce sur les Islandais de Misþyrming, assez féroces et passionnés pour que ça puisse complètement faire l’affaire.

Mysticum

Attention, culte, et encore inégalé. En 1996 sort In The Streams Of Inferno, par Mysticum, pavé de black metal industriel qui n’a pas manqué d’influencer un groupe comme Darkspace, et qui fait toujours référence. Les prestations des Norvégiens étant plutôt rares, on se fait donc une joie (un peu noire, quand même, la joie) de pouvoir enfin croiser leur route à Clisson, afin de profiter d’une expérience qui s’annonce aussi épileptique que prenante. Un concert qui pourrait marquer gravement cette édition.

Oranssi Pazuzu

On a du mal à tarir d’éloges envers Oranssi Pazuzu, et on ne voit pas encore pourquoi on chercherait à le faire. Et dire que l’hitoire d’amour avait commencé une après midi de fin juin 2012, justement à Clisson. On les avait découvert sur le papier à l’annonce de la prog, et le concert avait vraiment convaincu, sans qu’on les imagine forcément pouvoir ensuite sortir les deux réussites (pour pas dire pépites) que sont Valonielu et Värähtelijä. C’est donc avec une aura plus grande et une réputation maintenant assez avérée que les Finlandais se présenteront à nous, et on espère bien les voir tout écraser.

Plebeian Grandstand / Caïnan Dawn

Tout comme pour Hexecutor et Malkavian sous l’Altar, et comme c’est le cas depuis les premiers Hellfest, les journées commenceront avec des groupes français, pour une tâche pas facile à remplir mais forcément gratifiante. On est très contents de pouvoir alors profiter du Hardcore noirçi et bien violent de Pleibian Grandstand, un des groupes que l’on préfère chez Throatruiner Records. Pour ce qui est de Caïnan Dawn, c’est bien la première fois qu’on entend parler d’eux, mais leur black à moitié classique rappelant par moment Behemoth fait clairement le job sur album. À voir sur scène donc.

Tombs

Enfin, n’oublions pas d’aller voir les Tombs exécuter leur métal massif et composite. Leur dernier album (dont nous avons oublié de te causer, pardonne-nous mais on se rattrape maintenant), The Grand Annihilation, nous a surpris tant il parvient à mixer avec une incroyable fluidité post-punk, sludge, black et death, formalisés dans une dizaine de titres absolument imparables. Pour tout te dire, cet album n’a pas été un coup de foudre immédiat à sa sortie, mais ne nous a pas quittés depuis.

  • Valley

Corrosion of Conformity

C.O.C. s’était très bien débrouillé sans Pepper Keenan (voir les excellents  disques de 2012 et 2014), mais le retour de l’emblématique chevelu, délaissant à son tour Down que les « frasques » de notre Philou ont rendu un peu radioactif, est une bonne nouvelle pour le groupe, qui peut ainsi laisser exprimer alternativement les deux facettes de sa personnalité : l’une plus hardcore, l’autre plus stoner/southern. C’est donc cette dernière qu’on ira apprécier cette année, pas mécontent.

Crowbar

On a l’habitude de croiser papy Windstein au Hellfest, mais c’est pas pour ça qu’on se lasse : le groupe, quel que soit son line-up et son âge, reste le dépositaire officiel d’un son d’enclume grasse. À ne pas rater, comme à chaque fois.

Dälek / Ho99o9

On reconnaît bien là l’esprit d’ouverture des programmateurs du Hellfest, et on apprécie : cette année, on retrouvera pour la première fois sur le festival des représentants de hip-hop, versant noise évidemment. Chacun dans son style (forte pesanteur shoegazing pour Dälek, déflagrations électriques pour Ho99o9), ces deux groupes vont pouvoir s’exprimer devant un public qu’on espère curieux et nombreux, pour le plus grand bonheur des fans que nous sommes.

Dead Cross

On a encore en tête le formidable concert de Faith No More, sur la Main Stage en 2015. Mais cette année, c’est avec son récréatif projet punk-hardcore Dead Cross qu’il revient au Hellfest, et on attend ça presque aussi impatiemment parce que ce line-up de tueurs (la paire Pearson/Crain de Retox et Dave Lombardo accompagnent le Général) ne PEUT PAS nous décevoir. A voir avec encore une petite dose d’énergie, parce qu’avec ses tempi bien vénères, Dead Cross risque de sacrément secouer la Valley, habituée à se faire bercer de stoner placide et post-metal pataud.

Jessica93

Depuis le premier album, on aime d’amour Jessica93, et l’histoire se perpétue au fil des années et des sorties, même si le petit dernier n’aura pas franchi la barre du Top 2017. On se réjouit donc naturellement de voir l’homme portant le projet depuis ses débuts, dans une formation quartet assez neuve, napper les âmes obscures mais chatoyantes du public de Clisson, qui on n’en doute pas sera conquis. Du post-punk de squat au Hellfest ? Ben ouais ma petite-dame ! XOXO !

 

Neurosis

Retour des seigneurs cette année, sans album neuf sous le bras mais Neurosis n’a pas besoin de ça pour éclabousser une foule de sa classe éternelle. Quoiqu’il puisse y avoir d’autre sur scène en même temps, la seule chose sensée à faire pour le festivalier intelligent sera de se rendre à cette messe post-métal, et se prendre sa dose de puissance non filtrée à l’effet longue durée : Neurosis en live, c’est quelque chose et ça ne s’oublie pas. Dommage pour Amenra, groupe solide mais qui ne pourra cette année qu’évoluer dans l’ombre de ses inspirateurs.

Enfin, nous trainerons assurément nos carcasses endolories devant les prestations de Nebula (du stoner d’une telle qualité supérieure, ça ne se refuse pas), Grave Pleasures (qui ne parviennent décidément pas à retrouver le niveau ébouriffant de Beastmilk, leur précédente incarnation, mais qui restent une bonne petite troupe finlandaise de post-punk énervé) et Eyehategod (groupe qui n’en finit plus de morfler, mais qui mérite bien justement un peu de soutien).

 

  • Warzone

Depuis sa refonte, on a pris l’habitude de passer beaucoup plus de temps à la Warzone, surtout parce que c’est un formidable endroit où squatter (un peu d’ombre, des bars, pas mal de bouffe et un Lemmy géant qui veille sur nous – franchement, l’honnête métalleux n’a besoin de rien de plus). Et bon, il se trouve qu’on ira aussi y voir quelques concerts, que voici.

Hatebreed / Madball

Inutile de dissocier ces parrains du HxC US : les premiers sont un poils plus jeunes que les seconds, mais dans les deux cas on a affaire à des valeurs sûres dès lors que l’on a envie d’aller se chauffer un peu dans un pit brûlant et poussiéreux, à faire l’hélicoptère avec les bras ou tout simplement se faire briser la nuque pendant une petite heure. Plus que recommandé : il faut aller pointer à ces concerts pour se remémorer la futilité du post-black-metal ou d’un douloureux set de 3 heures des Swans, alors que les choses peuvent être simples, concises et brutales.

Incendiary

On te l’a déjà expliqué : parmi la déferlante de HxC 90’s qui s’abat sur les oreilles poilues logées de chaque côté de nos crânes dégarnis ces dernières années, Incendiary est possiblement le plus valable sur disque, ou en tous les cas sur son dernier disque, l’absolument imparable Thousand Mile Stare. Reste à voir sur scène, car dans ce domaine Turnstile part a priori avec une longueur d’avance.

The Bronx

Voici ces robustes californiens devenus des vieux routiers du hardcore’n roll (disons ça), eux qui assènent avec une convaincante régularité des disques réussis depuis une quinzaine d’années, tout ça en alternance avec ceux de leur alter-ego mariachi, les bonnards et idéalement nommés Mariachi El Bronx. Je ne les ai pas vus depuis 2003 et un concert formidable, voyons donc ce qu’il reste de toute cette fougue en 2018.

Turnstile

Revival HxC 90’s, options fraîcheur juvénile et refrains mélodiques cette fois, acte 2. En 2016, ces petits new-yorkais ont malignement et sournoisement tout défoncé, sur cette même Warzone. Comme en plus ce concert a marqué les esprits, il est logique de les retrouver au même endroit cette année, pour fêter la sortie de leur second album, et à une heure à peine plus avantageuse – a priori, toujours en plein cagnard d’après-midi.

Reste l’énigme Cro-Mags, dont on n’a même pas cherché à connaître la composition sur cette tournée : on ira jeter un œil si on a le temps, mais cette affaire sent quand même un peu l’arnaque. Et impensable de salir ce nom mythique !