Nous sommes en 2019, et tu as tes problèmes, tes pertes de cheveux et cette foutue fatigue qui ne va pas en s’arrangeant. Pour un peu, tu te penses un peu trop vieux pour ces conneries et voir le Hellfest s’approcher ne te provoque plus forcément les petits papillons dans le ventre des premières années. C’est normal.

Sauf que maintenant, le Hellfest, c’est dans deux semaines. Et si tu regardes ton ticket, que tu rassembles tes souvenirs et que tu jettes un œil à la prog’, mon gaillard je peux te dire que l’envie va vite revenir. On te propose donc un petit topo sur toutes les bonnes raisons de rempiler cette année, pour un Hellfest qui s’annonce encore quelque part entre le réjouissant et le grandiose. Normalement d’ici quelques paragraphes, tu seras à nouveau au taquet et tu courras découper les manches de ton t-shirt, déterrer ta corne à boire et te faire la playlist de la saison.

Ne nous remercie pas, le plaisir est pour nous.

 

  • Main Stage 01

Alors voilà, nous y sommes. Après 12 ans d’attente, Tool remet les pieds sur le continent européen et se paie un détour par Clisson. On a eu peur que des fâcheux se mettent en travers de cet événement, mais la pause du Download et les récentes venues de MJK au Hellfest (avec Puscifer puis A Perfect Circle) a vraisemblablement facilité la signature. Ne reste donc qu’à se trouver un bon spot avant le début, et se manger ces deux heures de set qui s’annoncent, si ce n’est grandioses, au minimum fascinantes tant ce groupe est plus que jamais unique (les vagues suiveurs pataugent en territoire heavy-prog chouineur) et extrêmement rare. On peut en prime s’attendre à de nouveaux titres, avant un nouvel album annoncé fin août. Gros gros panard en vue.

Après Soundgarden et Alice in Chains, le Hellfest convoque un autre géant du grunge avec Stone Temple Pilots. Et c’est une surprise pour deux raisons : déjà, le groupe n’a jamais été très populaire en Europe et surtout en France, donc le retour sur investissement paraissait peu intéressant (mais c’est sans compter sur la détermination et le goût des programmateurs). Et ensuite et surtout, comme Alice in Chains les Stone Temple Pilots ont miraculeusement survécu au décès de leur chanteur a priori incontournable. Dans leur cas il avait été précédemment viré, mais Chester Bennington, qui avait poussivement remplacé Scott Weiland, est également décédé, ce qui commence à faire beaucoup, hein ? Mais bon, un casting plus tard l’inconnu Jeff Gut était engagé, un excellent nouvel album sans nom enregistré l’an dernier (faisant suite à l’encore plus excellent album sans nom de 2010, le dernier avec Weiland), et tout était reparti comme en 40, avec un chanteur sosie vocal de Weiland dont le talent sur scène reste cependant à démontrer. En tout cas c’est avec enthousiasme qu’on ira les redécouvrir sur scène, un tel répertoire joué par 3 aussi bons musiciens ne pouvant a priori pas vraiment décevoir. Et bon, après ça, il ne manquera plus au Hellfest qu’à faire venir Pearl Jam ; facile.

Parce que c’est la dernière tournée, parce qu’on a tous secrètement en nous l’envie de (re)voir Manowar avant de mourir, et parce que ça ne durera pas longtemps (on ira se coucher au bout de 2 morceaux) : il faut quand même aller voir le début de ce concert. Au pire, un grand moment de circonspection s’en suivra et nous mettra dans les conditions idéales pour aller méditer sur le heavy metal en 2019 au pied de sa tente, Kro tiède en main, avant un second dodo bien mérité.

 

  • Main Stage 02

Programmation à thème deux fois sur trois pour la Mainstage 2 cette année, avec un vendredi 100% France et un dimanche 100% Thrash. La première proposition, sans intérêt musical, risque de drainer ÉNORMÉMENT de monde/moutons venus voir pour la 15e fois Mass Hysteria, Dagoba ou Ultra Vomit. Je plains d’avance Pestilence et Possessed qui devraient malheureusement jouer par ricochet sous l’Altar devant très peu de monde (mais toujours plus qu’ <3 Integrity <3 il y a deux ans, en tout cas le record sera dur à battre (la qualité du concert aussi, ceci dit !)). On ira quand même juger de la popularité toujours croissante de Gojira et prendre quelques mandales bien carrées en souvenir des lointaines années passées en comités plus intimes, avant d’aller taper la bise à papa King Diamond sous l’Altar, comme des vieux cons.

Le dimanche a en revanche bien fière allure, avec une programmation sans faute, en dehors de Lamb of God et Trivium. Du côté des jeunes pousses, les Autrichiens d’Insanity Alert nous avaient régalé sous la Warzone en 2017 et feront à coup sûr la même chose sur une grande scène, tout comme Municipal Waste, qu’on ira voir pour la 4e fois au Hellfest avec toujours la même banane. Chez les anciens, j’avais pu constater la forme toujours pimpante de Death Angel en salle parisienne en 2017, et il y a de grandes chances que la performance soit de qualité semblable cette année. Dans le même genre, il est indéniablement reconnu depuis longtemps maintenant qu’Anthrax et Testament seront toujours là pour ton bien, avec de surcroit cette fois une double dose de Gene Hoglan (auteur d’indépassables parties de batterie sur (entre autres) les albums Symbolic de Death et City de Strapping Young Lad). Quant aux adieux de Slayer, on y sera tous, alors pas besoin de te faire un dessin.

 

 

Et le samedi dans tout ça ? Je serais sûrement allé voir Skindred pour avoir la patate, mais comme Fiend joue en face sous la Valley, je choisirai l’option bon goût. On risque par contre de réaliser notre pause déjeuner devant la future grosse tête d’affiche (plutôt pour des festivals généralistes d’ailleurs) que représentent les nouveaux venus de Fever 333, histoire de jauger le produit et d’accorder peut être un peu de sympathie à leur rap-metal qui semble bien énervé sur scène.

 

  • Altar

Vendredi quasi-parfait (en dehors des embarrassants Kvelertak), samedi aseptisé et quelconque, dimanche brutalement jouissif : voilà de quoi sera faite cette Altar version 2019, pour une nouvelle fois notre plus grande joie. On vous passe les détails sur Carcass, Cannibal Corpse et Deicide, valeurs toujours aussi sûres du genre. Quant à Bloodbath, la dernière fois j’avais dormi, mais vu qu’ils sont opposés à Cult Of Luna et Kiss, une nouvelle chance leur sera sûrement donnée.

Freitot / Sublime Cadaveric Decomposition

Cette programmation de l’Altar a beau nous ravir, on reste néanmoins un peu sur notre faim au niveau de la sélection française qui a pour tâche, comme chaque année, d’occuper les un ou deux premiers créneaux de la journée. On ne peut sauver cette année que les deux groupes du vendredi. Le premier, Freitot, est un trio formé du batteur d’AqME (ouais ouais!), du nouveau guitariste de Benighted et du chanteur de Carnival In Coal. Si ce supergroupe de la scène Française ne fait pas forcément rêver sur le papier, on reconnaîtra à leur premier et unique album une sacré efficacité, un savoir faire indéniable, pour ce qui est au final un très joli hommage au death metal qui réussit à mélanger la gouaille de Barney de Napalm Death avec la lourdeur de Morbid Angel. On a même bien hâte de commencer notre festival avec eux.
Nos seconds élus sont évidemment Sublime Cadaveric Decomposition. Les Parisiens, dans le jeu depuis plus de vingt ans maintenant, sont devenus une des grosses références grindcore de la scène Française, et ne semblent pas s’épuiser avec le temps.
Tant qu’on parle des Frenchies de l’Altar, on aurait aussi pu s’étendre sur Embryonic Cells, mais leur dernière sortie, beaucoup trop proprette, nous a vraiment laissés de marbre, contrairement à leurs précédents efforts.

Immolation

30 ans de carrière, 10 albums, dont un dernier très réussi, Atonement, sorti il y a deux ans. Voilà comment résumer en chiffres la carrière des Américains d’Immolation, armés d’une musique sous forme de coulée de boue aussi puissante que tarée. Le groupe est une des rares formations capables de marier aussi bien le monde du Death Metal à riffs (Morbid Angel, Deicide,..) avec celui du Death Metal à ambiances (Immolation, Funebrarum, Disma, ..). La plongée dans leur discographie s’avère tout bonnement vertigineuse, et leur concert sera clairement un des gros temps forts de l’Altar cette année.

Cult Leader

Rien que pour se souvenir de la torgnole que fut l’arrivée de Gaza en 2006 avec son toujours aussi ébouriffant I Dont Care When I Go When I Die (les suivants n’étant pas non plus dégueus loin de là), nous serons aux premières loges pour le premier passage de Cult Leader au Hellfest. Il faut aussi préciser que les débuts de cette nouvelle incarnation nous avaient bien branchés, de même que les passages énervés du petit dernier A Patient Man, album qui présente aussi malheureusement une face lente des plus reloues. On verra bien quel chemin décidera d’emprunter Cult Leader, et on ne doute pas qu’il sera intéressant à suivre, surtout que leur passage Parisien en 2016 avec Rotten Sound nous avaient laissé de très bons souvenir (avec mention spéciale pour le jeu et le son de basse).

Daughters / Power Trip

En ce qui me (Somath) concerne, voilà face à toi les auteurs de ce que je considère être les meilleurs albums sortis en 2017 (pour Power Trip et son Nightmare Logic) et en 2018 (pour Daugthers et son You Won’t Get What You Want). Et comme on a déjà vanté les bienfaits de ces disques qui n’ont rien à voir à part leur épatante qualité ici et , je ne m’attarderai pas plus longtemps sur ces deux cas. Reste que si Power Trip devrait accrocher de nombreuses faveurs d’un public sûrement plus nombreux que lors de leur déjà excellent premier passage en 2016, on a un peu peur de la réaction et de la taille du public présent sous l’Altar pour Daughters. Cela reste ceci dit une de mes plus grosses attentes personnelles pour cette année, évidemment.

Pestilence / Possessed / Candlemass

Là encore, je me permets de regrouper des groupes qui n’ont rien à voir à part leur ancienneté (33 ans pour les premiers, 36 pour les seconds et 35 pour les derniers) et leur impact majeur sur leurs scènes musicales respectives, le death metal pour les deux premiers, le doom pour les troisièmes. Entre les Hollandais de Pestilence et les Américains de Possessed se dégage également la similitude que seul les chanteurs sont d’origine, quand chez les Suédois c’est l’inverse puisque cela ne fait qu’un an que Johan Längquist a rejoint le groupe (alors qu’il chantait mais seulement en tant qu’invité sur le premier album de 1984, assez parfait dans son genre d’ailleurs). Tous ces points Trivia pour te dire que voilà trois instants de rencontre avec l’Histoire des musiques extrêmes qui te sont proposés et qu’il serait bête de louper. Personnellement, si j’irai voir les trois, mon attente est un peu plus forte du côté de Pestilence, ayant goulument replongé dans Testimony of the Ancients l’année dernière, un fantastique album de death-metal aussi tendu que raffiné.

Vltimas

Je parlais de « rencontre avec l’Histoire des musiques extrêmes » quelques lignes plus haut. Et en voilà une autre à cocher dans ton agenda, puisque sous le nom d’Vltimas se cachent David Vincent (chant et basse, ex-Morbid Angel, à jamais dans nos coeurs), Flo Mounier (incroyable batteur, surtout connu pour Cryptopsy) et Blasphemer (guitariste d’Aura Noir). Un triple combo absolument parfait sur papier, et qui s’est révélé également bien bonnard sur galette via le Something Wicked Marches In sorti il y a quelques semaines où des ambiances bien énervées servent des morceaux accrocheurs et puissants. Comme nous ne sommes pas forcément assurés, au vu des emplois du temps de chacun, que le projet se réunira régulièrement et pendant longtemps, voilà une occasion qu’on ne manquera pas, tout en te conseillant leur récente sortie, assez réjouissante pour du super-groupe de vieux briscards.

Vomitory / Devourment

Dans un dimanche absolument cruel au niveau des dilemmes, voilà deux représentants des versants les plus extrêmes du death metal (de plus en plus oubliés par les programmations de l’Altar, malgré leur qualité) que l’on devra peut être louper, malgré la très grosse envie de les voir, et la rareté de leurs performances sur notre sol. En tout cas, que cela soit pour les Américains de Devourment et leur Brutal/Slam Death metal complètement addictif et abusivement lourd, ou pour les Suédois de Vomitory (reformés pour une poignée de date), un peu plus groovys et old-school, la qualité sera forcément au rendez-vous et les moments mémorables. À voir si au final notre parcours se dirigera de ce côté là, ou plutôt du côté de Yob et Arabrot sous la Valley, qu’on a vu plus de fois mais auxquels nos petites âmes sont au moins tout autant attachées.

  • Temple

Un peu comme sous la Altar, ce ne sont pas forcément les petits groupes qui pour une fois feront notre bonheur sous la Temple cette année, où l’on évitera les craignos Aorlhac et Khaos-Dei, de même que les sans intérêts Hyrgal et Uada. De manière générale, si on comprend la facilité pour la programmatrice de l’ Altar / Temple de se rabattre sur les groupes du label Les Acteurs de l’Ombre, on se demande si il ne serait pas un peu de temps d’aller explorer d’autres territoires que ceux du post-black. Par exemple, il ne serait pas trop tôt d’aller s’appuyer par exemple sur le côté punk de Sordide et de Satan ou les facettes troubles de Skáphe ou Nihil, pour citer nos fantasmes à l’étranger. À charge de revanche pour l’année prochaine.

Malgré cette petite déception, la Temple pourra s’appuyer cette année sur un vendredi solide où l’on ira prendre le pouls d’habitués comme Impaled Nazarene, Venom et King Diamond. Suivra un samedi goth/indus intriguant qui permettra de voir des trucs qu’on a pas forcément l’habitude de croiser sur scène (comme The Sisters of Mercy (formation qui semblerait-il a assez mal vieilli sur scène), et dans une moindre mesure Combichrist, pour parler ici des groupes que l’on ne détaille pas après). Le dimanche, bien qu’un peu moins ultime que sur les autre scènes, contient un sacré nombre de propositions alléchantes, tout en offrant comme c’est devenu une habitude bi-annuelle désormais, l’immanquable dose d’Emperor réglementaire.

HELLHAMMER joué par Tom Warrior’s Triumph of Death / TORMENTOR

Mais quitte à rentrer dans les détails, autant s’arrêter sur les groupes qu’on a jamais eu l’occasion de voir, surtout quand cette chance pourrait bien se révéler la seule avant un bon moment. On passera vite sur Tormentor, car malgré l’envie très forte de découvrir l’incarnation actuelle du premier groupe d’Attila Csihar (Mayhem, Sunn 0))), entre autres), leur présence est malheureusement éclipsée par l’évènement Tool à la même heure. À l’inverse, et malgré l’affection qu’on porte aux Descendents qui joueront sous la Valley au même moment, la présence de Tom Warrior (Celtic Forst, Triptykon) et de ses amis (dont un des guitaristes de Secrets of the Moon) est définitivement l’évènement de cette Temple 2019. Il faut dire que le dernier passage de Triptykon en terres de Clisson aura laissé quelques traces indélébiles dans nos petits cœurs, aussi indélébiles au moins que l’importance de Hellhammer dans l’histoire des musiques extrêmes. Et on serait bien étonné que l’hommage ne soit pas à la hauteur, vu le quasi sans faute perpétré par les 35 ans de la carrière du maître de cérémonie.

Dool

Rencontre de la chanteuse rock Hollandaise Ryanne van Dorst et de musiciens issus de The Devil’s Blood, Gold et The New Media. De belles ambiances adoubées par quelques mémorables mélodies, des chansons longues et prenantes, pour une espèce de croisement entre Puscifer et Grave Pleasures/Beastmilk, bien solide sur disque. Le genre de groupe aventureux qu’on aimerait voir beaucoup plus souvent sous la Temple, histoire d’alléger de surcroit cette dernière en biniou metal.

Lucifer’s child

Comme pour Bliss of Flesh (groupe français juste sympathique, également programmé cette année), voilà une formation de plus qui doit beaucoup à Behemoth pour ses aspects black death et ses inspirations épiques. Mais, avec aux manettes un membre de Nightfall et un ancien Rothing Christ, la formation grecque possède un bagage bien plus solide, pour en sortir une musique qui bien que peu originale, sait développer son propre discours, qui tient en haleine sur le long terme. Tout ça grâce à un chant arraché bien puissant, des compositions variés et quelques riffs qui restent bien en tête. On aurait surement apprécié passer un moment avec eux, mais avec Morning again sous la Warzone au même moment, on prend plutôt rendez-vous avec les blackeux pour une prochaine fois !

Wiegedood / Myrkur : Folkesange

Deux musiques presque opposées, pour deux groupes représentant la frange peut être la plus hipster du black metal. On ne se plaindra cependant pas de trop, puisqu’ils comptent parmi les meilleurs jeunes groupes de l’affiche Temple 2019. Wiegedood vient de Belgique et s’est fait connaître par son appartenance à la Church of Ra, avec du coup des musiciens d’Oathbreaker et Amenra à l’intérieur. Un peu à cheval entre le black moderne/athmo aux ambiances léchées des années 2000  (voir Altar of Plaques) et les choses Nordiques plus true de la décennie précédente (type Tsjuder), le groupe propose une des meilleures alliances que l’on connaisse des deux mondes. Myrkur, projet portée par la Danoise Amalie Bruun, fait elle partie plutôt de la première famille, et n’a pour le moment jamais réussie à me convaincre sur disque. Ceci dit, venir avec la version la plus acoustique et dépouillée de sa musique pendant que Def Leppard et les Wampas foulent les autres scènes est une démarche plutôt courageuse qu’on ira encourager. Et si on est autant transporté par cette prestation que par celle, enchanteresse, de Wardruna il y a quelques années, alors ça sera tout bénef’.

 

  • Valley

Fu Manchu

Ils sont déjà venus, nous ont déjà mis la branlée, et on connaît leur talent sur scène et leur constance dans l’excellence. Alors même si leur sélection en tête d’affiche de la Valley n’a rien d’original, il n’y a aucunement matière à chichiter et rater ce concert serait une preuve formelle d’un manque flagrant de discernement et de savoir vivre. Tenez-vous le pour dit.

Radio Moscow

Assez étonnamment, ce sera la première prestation de Radio Moscow au Hellfest. Les programmateurs ont légitimement dû penser que ça ne pouvait plus durer, même si Radio Moscow est un des groupes de stoner/heavy-blues de première catégorie (celle qui foule sans relâche les hauts d’affiche de tous les festivals stoner européens depuis une petite dizaine d’années) les plus faciles à voir. En plus de sortir des albums excellents et pétaradants, le (faux) groupe de Parker Griggs excelle sur scène en jouant ses morceaux le couteau entre les dents, en aboyant le chant et dopant les tempo tout en tartinant généreusement nos tympans de la plus excessive couche de guitare hurlante, façon Hendrix des temps modernes.

Cave In

Voici encore un groupe dont la venue était inespérée : il y a un peu plus d’un an, l’emblématique bassiste et hurleur de Cave In décédait tragiquement dans un accident de voiture, de retour d’une session d’écriture du groupe, qui se remettait doucement en activité après des années improductives. On pensait alors que les choses en resteraient là, mais les 3 membres restant se sont fixés pour objectif de tout faire pour aider financièrement la veuve et les enfants de Caleb Scofield, et une série de concerts a été mise sur pied, dont ce passage au Hellfest. De l’aveu du groupe son avenir est incertain, mais en tout cas Cave In sera bien présent à Clisson, avec Nate Newton de Converge en remplaçant parfait du regretté Scofield. Profitons donc de ce moment et surtout du répertoire du groupe, d’une qualité et d’une variété incomparable, comme une encyclopédie de la musique lourde moderne.

 

Sumac

Autre baron de la scène hardcore moderne de Boston en tant qu’ex guitariste/chanteur de Isis (ajouter Cave In et Converge pour composer la sainte trinité HxC de la ville), Aaron Turner sera enfin présent au Hellfest. Je dis enfin car malgré l’importance du bonhomme, le nombre de projets dans lequel il est impliqué et l’instiabilité des programmateurs, Turner n’a jamais foutu les pieds à Clisson. Ca tombe bien, Sumac débarque après la sortie de son meilleur album, qui l’a vu (au moins à nos yeux) passer du statut de petit groupe respecté avant tout le passé de ses membres (Brian Cook s’est fait connaître chez les immenses Botch et Theses Arms Are Snakes) à vrai groupe à suivre.

Will Haven

Encore un groupe qu’on espérait plus vraiment voir au Hellfest, et qui revient grâce à un heureux concours de circonstances, à commencer par le fait qu’ils existent toujours malgré un retour à l’anonymat le plus complet et même l’amateurisme (ils ne vivent plus de la musique). Gageons donc qu’ils ont réussi à poser leurs congés au bon moment, ce qui nous donnera l’occasion de nous repaître de leur exceptionnelle mixture de hardcore désespéré et de post-métal, façon Deftones (des copains qui viennent tous de Sacramento) meets Neurosis.

 

Young Gods

Les programmateurs (Yoann Le Nevé surtout) continuent leur entreprise de désenclavement du Hellfest en faisant venir, après Dälek, Magma ou Wovenhand (liste non exhaustive), les tauliers de la musique bruyante et synthétique suisse : les Young Gods. Le groupe s’est fait petit ces dernières années suite à quelques réorganisations internes, on sera donc heureux de les retrouver dans un tel cadre, avec un excellent nouvel album sous le coude et, à n’en pas douter, une formule live électronique et tonitruante toujours aussi unique.

Arabrot

La divine dernière surprise de cette programmation : les brillants Arabrot viennent remplacer la malheureusement démissionnaire Emma Ruth Rundle. On ne perd pas au change même si un bide est à prévoir, tant la mixture noise-post-punk à la lourdeur métallique et au mysticisme romantique des norvégiens est éloignée de ce qui séduit habituellement le public de la Valley (à savoir le stoner gras du bide et le post-metal grandiloquent). Mais toi, toi, tu es un esthète et tu seras là, pas vrai ?

Les petits bonus de Somath pour la Valley : le hardcore moderne et câlin de Coilguns, le doom old-school de Fiend, le post-rock envoutant de Ddent et le chouette doom bien brumeux de Messa. Mais avant tout, je ne manquerai pas le rock sombre, prenant et très émotionnel de Gold.

 

 

  • Warzone

Bon, « chacun ses goûts » et à chaque édition sa dominante stylistique sur la Warzone (parfois plus punk, parfois plus hardcore, parfois plus fourre-tout), mais difficile de trouver de quoi s’emballer en ce qui nous concerne à cet endroit dans ces 3 jours très… skate ? En tout cas, on sera bien là pour la clôture avec Refused, comme en 2012 puis 2016, pour se prendre la petite déculotté réglementaire à base de prestation au millimètre, de tubes insensés, d’aisance de quadras qui font 10 ans de moins et de discours communo-libertaire de bon aloi et foncièrement sympathique.

Un détour par Brutus sera également à considérer, même si ce groupe à l’excellente réputation peut quand même un brin taper sur le système par son rendu un poil bubblegum.

Les petits bonus de Somath pour la Warzone : les chaotiques et ténébreux jeunes loups et louves d’Employed To Serve (pour les amateurs de Code Orange et compagnie), la séquence coups de pied retournés organisée par les cultes Morning Again, et les toujours aussi efficaces et bonnards Cancer Bats.