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Décembre est le mois propice à regarder un peu en arrière pour redorer le blason des œuvres malencontreusement laissées sur le bord de la route. La semaine dernière, Mattooh évoquait la superbe pop d’Orval Carlos Sibelius, cette fois-ci c’est au tour de Cuckoo Live Life Like Cuckoo, le huitième album d’Hey Colossus, une formation anglaise mutante composée en général de huit personnes. Pour résumer l’animal, disons simplement qu’en dix ans ces gaillards ont réussi à se perdre dans la plupart des styles expérimentaux et hallucinés que peut contenir le dictionnaire du rock (pas celui que tu vas offrir à ton père pour Noël), et ce en réussissant leur coup à chaque fois. Bref, ces mecs sont plus ou moins géniaux, et si leur nom ne t’évoque rien, une scéance de rattrapage du côté de Project : Death et de RRR s’impose.

Actuellement, Hey Colossus a un peu oublié ses expérimentations lorgnant du côté du doom pour explorer les possibilités d’un rock psychédélique d’influence 70’s. Mais là où en ce moment jam-rock rime souvent avec riffs stoners convenus et escapades téléphonées (voir Earthless ou Monkey 3), les anglais préfèrent prendre le chemin d’un minimalisme hérité de Can. Tu me diras que le revival krautrock bat également son plein, je te répondrai qu’en général les gens s’en servent pour servir un hypnotisme glacial alors que là on n’oublie jamais longtemps le patchouli et les fleurs colorées, sans en faire trop, bien sûr.

Un beau menu, mais du coup c’est bien ? Ben pas qu’un peu bordel, car cette petite heure de musique a beau s’écrire sous les auspices d’un rock répétitif, on a le temps de voir du pays et d’en prendre plein les oreilles grâce à quelques mélanges bien osés et franchement gagnants. Quand Hot Grave déboule d’entrée avec son mélange de swamp rock bien poisseux et de synthés étoilés, tu ne fais déjà plus le malin. Quand English Flesh accélère le tempo d’un coup et te prend au cou, rien ne s’arrange pour toi non plus. Quand, finalement, sur Leather Lake un joli petit arpège bien apaisant te permet de souffler un peu, tu remercies le ciel de t’avoir fait suffoquer jusqu’ici et tu n’attends plus que le prochain bad trip. Et que dire du dernier titre, Pit and Hope, qui rappelle furieusement Coil dans l’habileté de superposer une ambiance nostalgique dérangeante avec une voix chevrotante et agonisante ? Que l’on n’aurait pas pu imaginer meilleure épilogue, assurément.

Si dans tes albums de l’année tu retiens des trucs comme Grails ou Endless Boogie, n’oublie donc pas ce Hey Colossus avant de faire les comptes finaux. Il n’y a en effet pas vraiment eu plus ambitieux et varié dans le genre cette année, plus réussi non plus. J’ai désormais hâte de voir où la formation nous emmènera par la suite, mais je ne doute pas que ça vaudra une nouvelle fois le coût du voyage.

Artiste : Hey Colossus
Release : Cuckoo Live Life Like Cuckoo
Date de Sortie : 01/04/2013
Label : MIE Music
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