La suisse, terre de montagnes, d’exilés fiscaux et de fromage? Et pourquoi pas de groupes géniaux, aussi? Ce n’est en effet pas la première fois qu’on te parle de la confédération helvétique entre ces lignes. On a déjà pu évoquer deux cas aussi différents que géniaux : d’un côté, Abandonnée/Maléja de La Tène, formation franco-suisse aux confins de la musique expérimentale, entre musique trad et gros bordel hypnotique. De l’autre, Émilie Zoé, artisane façon rock 90’s, dont le dernier album, The Very Start, était une de nos galettes préférées de l’année 2018. Et aujourd’hui, avec le dernier album de Hyperculte, si on est davantage dans le domaine du second album sus-cité, il faut bien dire que ce qu’on a aujourd’hui, c’est un album un peu dur à classer.

Car Hyperculte est un groupe étrange et surprenant, son casting ne laissant absolument pas présager de ce qu’on va entendre. D’un côté, j’apprend d’abord que le groupe est composé uniquement d’une contrebasse et d’une batterie, ce qui laisse présager d’un truc un peu étrange, ne laisse pas présager de grand chose en fait. Ensuite, on se rend compte que la première est assurée par Vincent Bertholet de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, formation aussi géniale que son nom le laisse penser, et que la seconde est assurée par Simone Aubert, elle membre du nerveux Massicot. Au-delà de ces informations qui n’intéresseront que ceux qui ne savent pas utiliser Discogs, Hyperculte étonne surtout par sa musique. Car derrière cette composition et ces instruments se cachait, à ma grande surprise, un groupe qui sonne davantage comme une version plus sombre de Zombie Zombie que comme une formation pop/modern-classical.

Et oui, ce qui ressort de ce Massif Occidental, c’est le rythme, partout, tout le temps, la tension constante de couches électroniques alliées à une batterie métronomique et précise. Et que c’est prenant! Obsédant, dansant! Percussions funko-discoïdes, ligne de contrebasse quasiment post-punk, le tout est brillamment composé, et finalement, on se retrouve à voir des petits côtés LCD Soundsystem sur une bonne partie de l’album. Car Massif Occidental reste un album joué avec la tête, un travail réussi sous tous les aspects et qui sait aller droit au but (au point d’en être parfois frustrant, même si j’imagine que le groupe va encore plus loin en live).

C’est d’autant plus surprenant que les voix, qui sont souvent plus proches du cri ou du parler-chanté que du chant à proprement parler, marchent du feu de dieu. Ce « droit au but » est d’autant plus vrai que les textes de Hyperculte, eux, penchent plutôt du côté de Brigitte Fontaine. Clairs comme de l’eau de roche (« Chaos » et son « L’ordre c’est la mort », et surtout le génial « Siamo Tutti », cauchemar de droitard) et pourtant profondément politiques et militants, des textes qui marchent parce qu’ils sont faits pour être gueulés comme des slogans, mais sans naïveté aucune. En somme, Massif Occidental est un album réussi dans le sens ou il sait exactement ou se trouve l’équilibre entre le fond et la forme, entre la conscience du monde et sa volonté de s’en échapper, le temps d’un morceau.

Et puis une reprise aussi chouette de Grauzone (premier groupe de Stephan Eicher), c’est toujours bienvenu.

Massif Occidental est disponible depuis le 26 avril 2019 sur Bongo Joe.