Curieux “succès” que celui de IDLES. Le groupe de Bristol semble en effet sortir un peu de nulle part, avec leur post-punk cathartique et bourrin, leurs paroles engagées et leur attitude désinvolte et consciencieuse à la fois. Mais voilà, quelques micro-tubes sortis sur une poignée d’EPs, un album franchement chouette, Brutalism, en 2017, une tournée plus tard, il faut bien avouer que IDLES s’est imposé dans le paysage punk/post-punk/hardcore et tout le reste. Alors à peine un an et demi plus tard, leur retour, annoncé avec un paquet de singles et une activité importante sur les réseaux sociaux, me sauçait pas mal.

 

 

Première impression à l’écoute de ce Joy As An Act Of Resistance : on est quand même un cran en dessous de ce que les britanniques nous ont déjà balancé par le passé. On s’en doutait un peu pour être honnête, la moitié des titres ayant déjà été dévoilés avant la sortie. Beaucoup moins spontané et finalement assez différent de Brutalism, l’album n’est pas mauvais, mais on ne lui offrira pas l’écoute en boucle qu’a vécu son prédécesseur.

Il faut, je l’ai dit, blâmer un mood généralement moins furieux qu’avant. Les chansons elles-mêmes semblent désormais bien trop sérieuses et premier degré pour la musique du groupe, des hymnes punks bourrins à la Future Of The Left et une claire influence du post-punk anglais et du hip-hop des années 80/début 90. Sur la fin de l’album, notamment, cette volonté de créer un album avec plus d’aspérités fait qu’on finit par s’ennuyer un peu, au point que quand j’arrive à “Rottweiler”, je n’ai plus le courage de retirer quoi que ce soit du morceau.

C’est d’autant plus dommage qu’il y a, sur cet album, des morceaux hallucinants de maîtrise mélodique, des morceaux qui transpirent une vraie intelligence de songwriting. Et si la plume de Joe Talbot est parfois un peu agaçante dans sa volonté d’évoquer à tout pris des sujets ultra casse-gueules (le masculinisme, l’immigration, le féminisme…), il faut avouer qu’il s’en sort souvent avec les honneurs : “GREAT” est un gros tas d’amour, d’une belle clairvoyance sur le brexit (et putain que c’était pas gagné), “Samaritans” est une superbe chanson sur le virilisme… Et même quand il s’éloigne des sujets socio-politiques, Talbot sait franchement toucher là ou il faut, notamment sur la déchirante “June”, seul temps mort de l’album, ou il évoque sa fille morte-née, à la fois avec humanité et décence :

Dreams can be so cruel sometimes

I swear I kissed your crying eyes

A stillborn is still born, I am a father

A stillborn is still born, I am a father

[…]Baby shoes, for sale; never worn”

 

 

Finalement, ce qui ressort de Joy As An Act Of Resistance, c’est l’impression d’un grand album raté, brouillon, blindé de mélodies formidables et de refrains gueulés comme des mantras. On pourra toujours se rattraper en concert, où le groupe fait encore des merveilles, et où les morceaux pourront s’épanouir plus facilement que sur disque.