On sait pas pour toi, mais nous, on est pas forcément convaincus par l’actualité musicale. A tel point que personnellement, je profite plutôt de la fin de l’année pour me replonger dans l’année, voir ce que j’ai raté, ce que je devrais réécouter, ce que je pourrais chroniquer. Et je retombe sur ce groupe de jeunes touarègues, Imarhan, originaire de Tamanrasset, plus grande ville touarègue d’Algérie, un groupe que je n’avais pas creusé plus loin qu’un sympathique single, “Azzaman”. Et surprise : non seulement il s’agit d’un super album, mais il s’agit également d’un album qui me donne envie de continuer de creuser, de chiner, d’écouter des morceaux glanés ici ou là au hasard. Explications.

 

 

D’abord, précisons qu’on parle aujourd’hui d’un album de blues touareg, un terme bien claqué et peu pertinent (on ne retrouve pas ici de structures musicales blues) qui désigne en fait un genre que les intéressés présentent souvent comme de l’Assouf, un synonyme de “nostalgie”, et dont les principaux représentants sont les fameux Tinariwen, d’ailleurs parrains du groupe chroniqué ici. Et non, on ne va pas vraiment chroniquer un album de world music ou tout autre terme vaguement réducteur; car ce genre est loin d’être une curiosité, c’est une vraie mine d’or, remplie de groupe variés livrant des albums enragés, des chansons empreintes d’une véritable fierté d’appartenir aux peuples touaregs, ces Kel Tamasheq (le “tamasheq”, c’est leur langue, dans laquelle ils chantent) qui se battent, guitares, basses et percussions en main pour faire vivre leur culture. On ne saurait trop recommender les compilations Ishumar et Ishumar 2 sorties sur Le Chant Des Fauves.

Et dans ce sillon, les jeunes (ils n’ont commencé la musique qu’au moment ou le monde découvrait ce genre musical) Imarhan tracent leur voie. Déjà auteurs il y a deux ans d’un self-titled qui leur avait attiré pas mal de sympathie, ils en ont remis une couche avec ce superbe Temet, littéralement “les liens”. Et la jeunesse, la fougue de Imarhan est sans doute leur force. Car au contraire des Tinariwen, qui semblent désormais jouer les vénérables (et grand bien leur en fasse, leur dernier album Elwan étant une perle), Imarhan joue sur le rythme, sur les compositions mutantes, sur le fait de jouer leurs titres à 100 à l’heure. Et ils savent d’autant mieux désamorcer cette tension avec des compositions plus calmes, presque folk, à l’image du crépusculaire « Tarha nam », ou du magnifique final “Ma S-Abok”, tout en guitare acoustique.

 

 

Ce que j’adore avec ce groupe (et plus généralement avec ce genre, ou je n’ai jamais trouvé quelque chose de franchement mauvais), c’est de voir à quel point le groove se partage, à quel point on peut ressentir le bonheur qu’ont ces musiciens à enchaîner riffs acérés et lignes de basses lourdes mais funky, le tout avec une section rythmique pour le coup totalement protéiforme, car utilisant des gimmicks venus des musiques populaires occidentales, mais jouées avec des instruments traditionnels. Il suffit d’écouter la majesté d’un morceau comme “Alwa”, ou encore l’endiablé “Tumast” (cette ligne de basse! Ce son quasiment disco!), pour se rendre compte que cet album transpire la joie, l’amitié, l’amour de la musique comme un moyen d’expression, malgré cette légère amertume typique du genre.

Mais surtout, ce groupe me donne, je le disais, l’amour de la musique. Car au sud de l’Algérie, il existe un groupe qui s’appelle Imarhan, issu d’un peuple oublié, et qui a sorti, comme par surprise, sur un label certes reconnu mais souvent négligé (City Slang), un album d’une classe incroyable, d’un groove ahurissant. Il donne envie de croire qu’il y a probablement des centaines, des milliers de groupes comme ça. Et c’est une chose magnifique.