On est d’accord, la première impression apportée par la pochette de notre disque du jour n’est pas forcément des plus attirantes. Et si la musique qu’il contient ne m’avait pas été recommandée par un ami de longue date, peut être même que je n’aurais pas franchi le cap visuel. Clairement, ça aurait été dommage. Mais surtout, cette pochette porte plus de sens qu’on n’aurait pu le croire, tant elle fait finalement corps et échos à l’honnêteté qui suinte par tous les pores de J’ai si froid….

 

 

Derrière ce nom qui te plonge directement dans le vif du sujet se cache la dame qu’on appelle Brouillard (du nom d’un autre de ses projets, lui aussi recommandable), installée officiellement en banlieue Toulousaine mais qu’on imagine passer la plupart de son temps arpentant les Pyrénées voisines. Loin des hommes est son troisième album en quatre ans : elle y joue de la guitare, y chante en français, programme les boîtes à rythmes et ajoutent au final quelques touches de synthés. On est donc bien là dans la pure tradition du projet solo black metal, qui semble permettre à son auteur la plus ultime et pure façon d’exprimer les choses sombres intimement logées dans son être, à l’instar (forcément) des illustres Burzum ou Bathory. J’ai d’ailleurs eu plaisir ici, sur L’appel du vide introductif, à retrouver les sensations apportées par la mythique introduction « plus épique tu meurs » Odens Ride Over Nordland du Blood Fire Death de ce dernier. Là aussi, il suffit de quelques samples très parlant (ici des pas dans la neige) et d’une mélodie simple et efficace, pour être transporté directement dans le feu de l’action. Au niveau sonore, on est là aussi en terrain black metal lo-fi assez connu, même si on regrettera un peu l’absence de basse (ce qui n’est pas une raison pour réintégrer le craignos Dunkel dans le projet !). En même temps, les guitares profitent de cet espace pour s’envoler et semblent comme suspendues dans les airs, en jolie adéquation avec la musique jouée, du coup.

Loin des hommes semble décrire les errances de Brouillard lors d’une longue échappée à la montagne, dans ce genre de voyage solitaire où l’on se retrouve nez à nez avec soi-même, et forcément, avec ses peurs. Cela se traduit musicalement par de longues plages d’un black metal assez atmosphérique exécuté sur un tempo soutenu, et de quelques interludes qui font un peu « au coin du feu » mais apportent quelques respirations bienvenues. On pourra regretter, black athmo oblige, que tout ça manque parfois un peu de riffs, les guitares étant totalement centrées sur du tremolo mélodique dans les aigus, mais le tout est suffisamment inspiré pour que ça coule tout de même de source sans engendrer trop de lassitude. Car là où excelle Brouillard, c’est dans sa capacité à gérer temps forts et temps faibles, et surtout à proposer des cassures certes classiques au niveau de la rythmique boîte à rythmes, mais terriblement efficaces. On sent que la dame commence à avoir une grosse expérience dans le domaine, et on est alors facilement prêts à la suivre pendant 70 minutes dans ces paysages glacés qui nous rappellent avec plaisir ceux d’Agalloch, d’une transcendante beauté triste.


Sans bousculer les codes du genre, Loin des hommes propose donc avec cet album sa vision d’un black metal traditionnel utilisé comme vecteur de méditation et réceptacle à angoisses. Il s’accordera parfaitement avec tes propres errances et forme un joli compagnon de promenades nocturnes. On est face à un objet qui force le respect tant il respire l’intégrité et la simplicité. Comme sa pochette, en fin de compte.

 

Artiste : J’ai si froid…
Release : Loin des hommes
Date de Sortie : 20/02/2019
Label : Transcendance
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