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Le révérend James Leg, en vérité dénommé John Wesley Myers, est un monstre, mais surtout un gars touchant. Fils d’un prêcheur texan, il naît et grandit dans le sud profond. Destiné à suivre les pas de son père, Myers décidera de prêcher d’une autre façon après avoir découvert le blues, le rockabilly, l’outlaw country : armé d’un Fender Rhodes et de sa voix de cow-boy, il prêta ses doigts et sa gorge au groupe de garage punk The Immortal Lee County Killers, mais surtout il officia au sein des Black Diamond Heavies, duo de blues pété au line-up variable.

En 2011, il se lançait donc dans une vraie-fausse carrière solo. Souvent seul, il enregistre un Solitary Pleasure possédé, puant le whisky et la sueur. Quatre ans plus tard, le révérend est donc de retour avec Below The Belt et sort comme d’habitude un album excellent en continuant de jouer la musique qui lui tient à cœur : un blues massif et explosif, dont tout le génie est d’être joué sur un Fender Rhodes. Evidemment, le son est souvent crasseux, mais l’instrument dégage un groove phénoménal qui fait tout le charme de la musique de Leg depuis les Black Diamond Heavies. Tour-à-tour piano, basse, guitare et synthé, ce clavier est une composante à part entière de ce qui fait de Below The Belt un disque aussi fou.

Car au-delà de ce gimmick, Below The Belt est surtout un album qui dégouline de chansons géniales. C’est un album dont chaque chanson est lancée à 100 à l’heure sur une route de montagne et dont même les ballades envoient des gifles phénoménales. Dès que la brillante Dirty South est lancée, le char d’assaut ne s’arrête plus, ne ralentissant son avancée que sur les trois derniers morceaux, plus calmes, touchants, contemplatifs même. Parmi ces morceaux, on compte même une reprise inattendue mais fidèle du A Forest de The Cure. Les autres reprises ne sont d’ailleurs pas en reste : le vieux gospel Up Above My Head devient un vieux boogie décadant, et Can’t Stop Thinking About It des Dirtbombs est transformée en un blues monumental, aux grattes taillées pour briser des gueules.

Cette chronique, forcément écrite avec le contrecoup d’un concert formidable à Lille, est dithyrambique. Mais voilà, après de nombreuses écoutes, je n’ai tout simplement rien à reprocher à Below The Belt. Si j’étais de mauvaise foi, je pourrais me plaindre du manque de balades (et encore, rien que le violoncelle de What More me rapelle toute la beauté du monde), mais c’est bien la seule chose qui manque à ce disque génial. James Leg ne vendra jamais d’albums, ne remplira jamais les stades, et pourtant ce sont les types comme lui, les héros des musiques sombres et inécoutées, qui sont les pointures actuelles.