15 jours sans chroniques? Et si on revenait avec un groupe Constellation?

Hey, mais ne part pas. Déjà parce qu’il ne faut plus craindre Constellation : depuis un ou deux ans, le label s’est en effet réveillé de sa torpeur, avec des sorties plus fascinantes les unes que les autres. Un Do Make Say Think curieusement très réussi, un Jessica Moss magnifique (et il faudrait parler du nouveau, tout aussi réussi), un album de Eric Chenaux et même un Godspeed pas trop chiant! Que demander de plus ? Et bien on pourrait demander à Jerusalem In My Heart, groupe du libanais Radwan Moumneh, de sortir un album plutôt stylé, ce qu’il a fait cette année avec ce Daqa’iq Tudaiq.

 

 

Et pourtant c’était pas gagné. Parce que je n’ai jamais franchement été convaincu par les sorties du bonhomme, pourtant ingénieur du son qu’on retrouve beaucoup sur les sorties du label canadien (mais aussi chez des formations comme Big Brave) et copropriétaire du fameux studio Hotel2Tango. Déjà, le premier album de Jerusalem In My Heart m’avait moyennement saucé, et sa collaboration improbable avec les krauteux de Suuns me laisse, avec le recul, totalement froid. Et voir Radwan Moumneh en live avec les Suuns n’a pas arrangé le délire, puisqu’il s’agissait probablement d’un des concerts les plus ennuyeux auquel j’ai assisté de ma vie. Mais passons : If He Dies, If If If If…, sorti en 2015, était tout de même plutôt pas mal, alors j’ai retenté le coup cette année. Et surprise : c’est quand même rudement bien.

Bâti autour d’une longue première piste, adaptation un peu arrangée d’un classique de la musique arabe qui en accentue le sous-texte politique, puis de quatre compositions plus courtes, l’album est un concentré de musique arabe, d’abord, avec tout ce que ça implique de bouzoukis, de kanouns, et de chant typique de la musique moyen-orientale. Mais c’est bien la touche électronique, drone, les programmations lentes et synthétiques de Radwan Moumneh qui offrent à cet album toute sa richesse, toute sa singularité, et qui en font un album si réussi. Le libanais transmet tout son blues tranquille, toute sa passion, dans ce qui est peut être son meilleur album jusqu’à présent, du moins le plus complet et le plus dense.

De passages planants (la troisième partie de Wa Ta’atalat Loughat Al Kalam) à des tracks presque krauts, l’album possède ce super feeling, celui de se constituer comme un album qui ne singe jamais la musique orientale, tout en n’utilisant jamais ses éléments comme de simples gimmicks occasionnels. Et si je pense qu’il manque encore et toujours un petit quelque chose indéfinissable à la musique de Jerusalem In My Heart, reste un disque indéniablement réussi, et une énième preuve que la galaxie Constellation est encore un monde à part dans la musique « rock » contemporaine.