killing_joke_-_pylon

Vil pécheur, bienvenue sur la terre sacrée du seul groupe qui nous tient constamment en haleine depuis 1980 tout en ayant changé plusieurs fois de peau et en réussissant à chaque fois son coup : Killing Joke. Rajoute à cela un caractère contestataire puissant et toujours d’actualité qu’aucun groupe ayant atteint une telle renommée n’a su garder, et tu obtiens une pierre angulaire à jamais luisante de notre monde moderne. Rien que ça, gros.

Mais depuis le fantastique Hosannas From The Basement of Hell en 2006, force est de constater que les nouvelles sorties des Anglais n’attirent plus les foules. Il est d’ailleurs assez déconcertant de voir une bonne partie de la presse/blogosphère béatifier Pylon quand Absolute Dissent (qui contient pourtant une majeure partie d‘excellentes chansons) et MMXII (vraiment faiblard, par contre) ont été ignorés. Meilleure promo de la part du groupe ? Actualité rock peu reluisante ? Accès de tendresse face à un monument vieillissant ? Une pochette enfin correcte ? Sûrement un peu de tout cela, mais cette agitation ne correspond malheureusement pas à la présence d’un disque que l’on peut qualifier de marquant au sein de la discographie du groupe.

J’en conviens cependant, ça fait grave plaisir de retrouver Killing Joke et de découvrir de nouveaux morceaux. On retrouve en effet tout ce que l’on aime chez la blague tueuse, des riffs finement taillés par Geordie aux exultations inégalables de Jaz Coleman, en passant par le son massif et les structures hypnotiques. Il n’y a donc rien de repoussant sur ce Pylon, et on rentre à fond dans le jeu martial invoqué par New Jerusalem ou Dawn Of The Hive. De même, on est facilement emporté par les envolés new-wave du groupe sur Euphoria et Big Buzz, deux chansons un peu mielleuses mais efficaces.

Et pourtant, on a connu les Anglais un peu plus impériaux dans tous les exercices de style qu’ils performent ici. On se prend par exemple à trouver Autonomous Zone bien redondante alors qu’ils nous ont déjà soufflé avec des chansons de huit minutes construites autour d’un seul riff, et des refrains comme ceux de War On Freedom et Delete me rappellent trop d’autres refrains du groupe pour que je puisse pleinement les apprécier. Dans l’ensemble, j’ai l’impression que le groupe récite sa leçon, se repose sur ses acquis et ses points forts inaltérables, use des astuces qui ont déjà marché, mais ne cherche jamais à aller plus loin. Il en résulte un travail bien exécuté, mais qui manque de folie dans la composition et l’interprétation, alors que l’imprévisibilité est une des essences qui font de l’alliage Killing Joke ce qu’il est. J’ai récemment ressenti la même chose avec le dernier Woody Allen, L’homme irrationnel, où j’ai apprécié le style et le ton, mais où j’avais l’impression d’avoir déjà tout vu en mieux dans Match Point, l’intrigue et les question traitées (doit-on vivre de passion ou de confort ?, un meurtre peut-il être bénéfique ?, et si le hasard détenait finalement le dernier mot ?) étant très similaires et royalement bien évoqués par ce dernier. Ici c’est pareil, ça s’écoute bien mais on connaît l’histoire, l’ayant déjà suivie par le biais d’un conteur un peu plus inspiré.

Bien sûr, je conseille malgré tout ce Pylon à n’importe quelle personne munie de deux oreilles car la musique de Killing Joke est divine et restera, même ici, hautement supérieure à la majorité de celles pratiquées par les jeunes pousses immatures qui trustent ton baladeur. Mais je ne peux cependant pas dire de lui que c’est un bon disque du groupe, voire un bon disque tout court.

Artiste : Killing Joke
Release : Pylon
Date de Sortie : 23/10/2015
Label : Spinefarm Records
Acheter cet album