Cela fait bien longtemps que nous ne sommes plus étonnés de voir sortir de l’écurie Relapse Records un disque très éloigné du death metal des débuts. À chaque fois, on se demande néanmoins si le grand écart a pour but de surfer sur une mode quelconque (ici, cela serait une combinaison de la hype doom/stoner actuelle et de celle engendrée par le succès de trucs récents à l’imagerie gothique genre Chelsea Wolfe ou King Dude), et on aborde donc toujours un peu ces découvertes avec l’appréhension de se retrouver potentiellement face à un produit sans saveur. En contrepartie, et c’est ce que l’on retiendra surtout, on ne peut que féliciter un label aussi énorme de continuer à prendre des risques dans des styles divers et variés, et ce en faisant confiance à de jeunes pousses. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec King Woman, un quatuor de San Francisco qui sort ici un premier LP affublé d’un très beau nom et d’un bien joli artwork, et ce un peu moins de trois ans après l’EP Doubt dont il constitue la parfaite continuité.

Tout au long de ses huit titres, Creating in the Image of Suffering distille un doom évanescent aussi gras que mélodique. Celui-ci rappelle à la fois le lyrisme d’un SubRosa et les ambiances mélancoliques d’un Marriages, tout en étant plus métal et moderne que celui de leurs voisins de Jex Thoth. Tu me trouveras d’ailleurs peut être un peu cliché de ne citer que des groupes « female fronted » mais que veux tu, c’est quand même la fameuse Kristina Esfandiari (Miserable, ex-Whirr) qui, de sa voix habitée et grave genre Jarboe ou Diamanda Galas, définit la teinte principale portée par le groupe. Derrière, le trio guitare basse batterie enchaîne des plans doom et post-rock assez classiques mais qui ont le mérite d’être joués avec feeling et énergie, permettant de soutenir avec justesse les divagations de leur prêtresse. Celle-ci vocifère, se lamente, exulte, pousse de rares cris du plus bel effet, récite des litanies envoutantes, et la magie fonctionne souvent.

On regrettera cependant un certain ventre mou au milieu du disque (le morceau Hierophant, principalement), quand la musique des Américains se veut plus rock et moins pesante. Dans ces moments, les plans guitares et le jeu de batterie sont trop bateaux pour assurer le service, et on s’ennuie un peu. Il reste que par ailleurs, on rentre facilement dans cet univers prenant et efficace. Je me demande bien d’ailleurs quel est le rendu réel du groupe sur scène, les vidéos disponibles sur l’internet présentant un son et une musique moins lisse et plus proche de la rupture que sur disque. On espère que c’est la direction que prendra le groupe pour ses prochains efforts, de sorte qu’il nous montre une image plus humaine et fragile que la froideur gothique un peu lisse présentée actuellement, et ce tout en exploitant les bonnes bases introduites sur cet album.

À suivre, donc.

Artiste : King Woman
Release : Created in the Image of Suffering
Date de Sortie : 24/02/2017
Label : Relapse Records
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