Fauxbourdon mais vrai granddisque, le 4ème album des rennais d’adoption de La Terre Tremble !!! est un nouveau contre-pied à leur précédent contre-pied – le déjà grandiose et inusable Salvage Blues (2012).

Ainsi donc, on ne sait plus sur quel pied danser avec la musique de La Terre Tremble !!!, et c’est justement ce qu’on y apprécie. Comme il en a l’habitude entre deux disques, le groupe s’est refait le portrait pour se présenter à nous frais et presque méconnaissable. « Presque » car ceux qui ont vu le trio à l’oeuvre dans leur génial ciné-concert calé sur de vieux Tom & Jerry (épisodes d’une créativité et d’une musicalité épatantes, d’une époque originelle – les années 30 – où les deux personnages n’étaient pas encore chat et souris mais deux gamins) seront en effet moins surpris par ce nouveau disque, qui reprend les sonorités cosmiques et parfois rebondissantes développées dans ce fameux son et images. Soit dit en passant, ce spectacle tourne maintenant depuis 3 ou 4 ans, mais pour les retardataires les dernières occasions de rattrapage actuellement prévues sont vraiment à ne pas rater, car il est rare de voir une telle osmose musique/images sans verser dans le post-rock contemplatif sur images de destructions d’immeubles ou l’ambient sur film muet allemand des années 30.

Nouvelle donne donc, et cette fois, les guitares noise et précises restent largement en retrait, pour n’apparaître qu’épisodiquement afin de distiller précieux contre-temps, lignes mélodiques brinquebalantes et autres arpèges acoustiques tarabiscotés (bien connus, eux). Les vraies vedettes de ce disque pas banal, ce sont les claviers – qu’on devine vintage – et autres sources mystérieuses de production de nappes ondulantes, couches stridentes et dissonances savantes. Je me refuse en fait un peu à savoir quels moyens techniques le groupe a développé pour arriver à ce résultat si unique, mais puisque tu aimes les étiquettes et le namedropping, sache qu’on navigue en eaux kraut et prog 60’s (ATTENTION : CE N’EST PAS PEJORATIF), avec une approche pop ludiquement expérimentale, façon Robert Wyatt, un Can d’épouvante ou un Stereolab lâché en plein L’Etrange Noel de Mr Jack. Une constante avec les précédents disques en tout cas, c’est ce chant hanté et sur la brèche, qui semble épouser le relief de la musique tout autant que le provoquer, dans un corps à corps un poil oppressant.

Refaite de la tête aux pieds pour apparaître sous une forme aussi fascinante qu’inconfortable, on pourrait alors se demander si la musique du trio se propage des pieds à la tête, ou plutôt l’inverse ; la réponse est qu’elle véhicule dans les deux sens en permanence, dans un chassé-croisé passionnant qui transforme rapidement l’étrangeté apparente du disque en un cocon réconfortant et précieux, qu’on souhaite de garder sous la main en permanence pour les mois et années à venir… au cas où.

Pour finir, profite donc de ces quelques occasions à venir de juger sur pièces la réussite du bousin, bière en main et palabres en bouche :

17.03.2017 Allonnes, Péniche Excelsior
18.03.2017 Rennes, Les Agités du Bocal – Sonic Protest Festival
15.04.2017 Paris, Gonzaï Night – La Maroquinerie
21.04.2017 Bordeaux, Iboat
05.05.2017 Quimper, Le Novomax
13.05.2017 Nantes, Festival White Nat White Heat
01.06.2017 Rennes, L’Ubu
08.06.2017 Angers, Henon Carré (Plein Air)
10.06.2017 Nancy, Festival Stereolithe