A Night Full Of Collapses m’est arrivé dans la gueule un peu par surprise : il m’a été conseillé ici ou là, et sa sortie sur Ici D’Ailleurs, label cher à mon cœur, m’a achevé de lui laisser sa chance, alors que de mémoire, le précédent album des Marquises, Pensée Magique, ne m’avais pas spécialement marqué. Pourtant, le nouvel album du projet mené par Jean-Sébastien Nouveau est un album fantastique du début à la fin, un album court mais dense, sombre et doux.

Qu’est-ce que c’est, au fait, Les Marquises? C’est un projet original, libre, un peu compliqué à définir, en fait. On y retrouve de la folk, de la pop chambrée, de la musique Electronique, des cordes soignées et des teintes parfois un tout petit peu jazzys. Post-rock diront certains, mais pour moi, pas du tout : Les Marquises, c’est une singularité, la volonté d’une musique éloignée des carcans et des étiquettes, une musique écrite sans autre ambition que celle de créer quelque chose de singulier et d’original. Et c’est bien là ce qu’il y a de si plaisant de ce nouvel album : une musique autre. Une musique terriblement attachante sans jamais en appeler à des références trop faciles.

A Night Full Of Collapses s’ouvre sur « Vallées Closes », morceau curieusement rentre-dedans et mystérieux, à l’ambiance crépusculaire. Du coup, introduction parfaite pour se plonger dans un disque qui, de son titre évident à sa pochette fascinante, est clairement un album nocturne, dont même les compositions les plus tendues et directes portent en elles quelque chose de rassurant. Comme une sorte de road-trip Lynch-ien dans une voiture silencieuse, sur des routes vides et pourtant habitées par des esprits invisibles. Un voyage qui culminerait avec « A Forest Of Lines », pièce centrale de l’album, 9 minutes instrumentales ou le temps se détache, ou les nappes de claviers t’emportent.

Pour revenir à la musique, justement, on a là 8 compositions assez remarquables, ou chaque instrument est placé là ou il faut, quant il faut. Pianos menaçants, basses qui grondent, guitares délicates, tout est ici parfaitement à sa place. Mais les morceaux les plus remarquables restent, pour moi, les morceaux chantés par Matt Elliott, des chansons absolument superbes : « Feu Pâle », déjà, parce que c’est un plaisir d’entendre l’ex The Third Eye Foundation chanter en français, et surtout « Following Strangers », morceau rythmé au charme irrésistible, et ou Matt Elliott livre une performance d’une classe absolue. « Following Strangers », c’est la beauté absolue, les nuits chaudes de l’été indien, la vie qui s’échappe, et une poignée d’autres choses.

Autant d’images qui pourraient se greffer à merveille à la totalité de l’album, un disque absolument passionnant et terriblement attachant, un album en noir et blanc pour une musique lumineuse, et qui, à chaque nouvelle écoute, se révèle encore un peu plus. Assurément un de mes albums préférés de l’année.