hf2013_cathedrale_dsc04235

On a déjà eu l’occasion de vous le dire, mais chaque année le Hellfest représente pour nous l’occasion de se gaver pendant trois jours de la plupart des plus bonnes choses qui se font dans le domaine du rock lourd et du métal extrême, pendant qu’une faune bien sympathique vient elle se gaver de vieilleries qui ne comptent pas forcément parmi nos madeleines de Proust. Cette année n’a pas dérogé à la règle et c’est plein de courbatures et de boue que l’on retrace pour vous notre parcours en terre maudite.

hf2013_kingdom_dsc03933
VENDREDI

On entame avec les prometteurs français de The Great Old Ones et leur black-metal moderne, qui a la bonne idée de ne jamais tomber dans les clichés qui rendent la discipline chiante et mièvre. Leur live n’a pas déçu les attentes provoquées par l’album, et c’est d’une belle façon que se sont ouvertes les hostilités avant que Captain Cleanoff ne vienne faire honneur à une musique bien plus crade et virulente ; déception néanmoins par rapport aux disques, la faute à un son fait avec les pieds.
Premier groupe vraiment attendu sous la Valley, scène réservée au stoner et autres musiques plus ou moins reliées au rock psyché 70’s, Eagle Twin nous aura laissé une bonne impression malgré un concert qui mis du temps à partir. Le final de ce set consacré au dernier album, The Feather Tipped the Serpent’s Scale, a quant à lui mis tout le monde d’accord avec un groove très particulier et une batterie très inspirée par le jeu de Dale Crover (Melvins) qui fait le boulot à merveille. La punk-pop sacrément bien écrite des basques de Berri Txarrak nous aura elle tenu éveillés à merveille avant ce qui restera la grosse et belle surprise du festival : Black Cobra. Pour nous, leurs disques sont anecdotiques voire pénibles, et l’unique fois où nos routes se sont croisées nous ne nous sommes guère quittés en bon terme ; ils m’ont ennuyé, maîtresse. C’est donc sans attente que l’on se rend au concert, et complètement à genoux que l’on en ressort. Le son gras de la Valley qu’on affectionne tant et le toucher de guitare y sont pour beaucoup, mais la folie et l’énergie exprimée en live par le groupe encore plus. L’alchimie y est alors palpable et groupe comme public se voient emportés par une vague comme on en verra peu de si impressionnantes pendant le festival. Un batteur bulldozer, des riffs en rafales ininterrompues et une urgence rythmique constante ; voilà comment sonner comme 4 quand on est que 2. Merci messieurs.

Au rayon surprises, le doom de Hooded Menace aura lui aussi une place en tête de gondole. Déjà haut dessus du lot sur album, le quartet composé de l’excellent guitariste d’Oranssi Pazuzu nous sort en live une musique plombée mais pas plombante, qui sait accélérer quand il faut pour tenir éveiller et rajouter un peu d’humanité et de groove à l’affaire. Leur death joué à la doom souffre quand même, parfois, d’un certain manque de conviction quand, satisfait de sa propre lourdeur, le groupe oublie de remettre une bonne goulaille de death dans son bazar ; bon, ça ira quand même pour cette fois.

hf2013_panoramiques_dsc03949

Après ces bonnes surprises, la prestation de Black Breath divisera, et ce plus à cause du son que de la performance des américains de telle sorte que même pour de fervents amateurs certains morceaux sonnaient chamboulés. Dur de dire si leur présence au Hellfest les aura fait sortir de l’anonymat, quoiqu’il en soit une moitié de la team SWQW aura pris un pied conséquent durant ce concert grâce, encore une fois, au son ridiculement obèse de la Valley. Un délice de saturations grasses que Black Breath utilise à bon escient pour appuyer le groove de son death’n roll hyper efficace, à peine au détriment de la dynamique de ces titres pas bêtes mais méchants.

Problème de son également pour Vektor un peu plus tôt, même si leur trash de l’espace resta fort agréable de par sa complexité et ses nombreuses ramifications. Comment souvent avec les groupes très techniques, le rendu live de leurs phénoménales compositions manque d’ampleur et de puissance. Il s’avérera rapidement que le vent sévissant en permanence cette année s’obstinera à ruiner la sono de bien des groupes, et le thrash progressif de Vektor sera la première victime de ce son raplapla qui gomme les finesses et atténue l’impact du poing rencontrant la face. Seconde victime peu de temps après : Testament, impossible d’apprécier un set où au gré du vent on perd parfois une guitare, on ne restera d’ailleurs pas longtemps devant ce massacre à la sono.

Un bon bol de bonne humeur et d’efficacité de la part de Deez Nuts plus tard, c’est Absu qui nous rappelle la dure réalité de l’enfer avec un set parfaitement agencé entre les diverses périodes du groupe. On était un peu craintif, mais au final la tuerie que l’on espérait au fond de nous fut bien là, et c’est d’une main de fer que Proscriptor tient les rennes d’un des groupes les plus rapides du monde qui malgré sa vitesse sait maintenir une ambiance très particulière des plus malsaines dont il est dur de se détacher.

Les hollandais d’Asphyx étaient également très attendus et ont plutôt bien fait leur boulot. Cependant, leur death old-school l’est à force un peu trop et n’a pas la puissance et la finesse d’un groupe comme Obituary pour vraiment convaincre. Les Black Pyramid ont quant à eux (déjà) commencé à déclencher notre overdose de stoner qui ne fera qu’empirer au cours du week-end, avec un concert sans intérêt composé de chansons quelconques portées par un son bien trop convenu. Heureusement pour nous, avant l’overdose l’apothéose, et c’est un concert parfait que nous a servi la légende Sleep. Tout est ici question d’interactions entre Matt Pike, Jason Roeder et Al Cisneros, de quelque chose d’impalpable mais pourtant présent à chaque instant et qui sublime encore un peu plus l’immense talent individuel de ces trois musiciens. Encore plus qu’à la Villette Sonique 2012, Sleep délivre la plus extrême lourdeur avec la plus infinie pureté pour un groove métal absolument implacable, et une précision rythmique inouïe. Gloire pour cela au batteur Jason Roeder, qui aura en plus le mérite d’avoir enchainé deux sets de grande classe (Sleep + Neurosis, une double compétence recherchée sur le marché du tom). Une vraie dream-team, entre le jeu incroyable d’Al Cisneros (tapping et saturation jusqu’à la gueule) et le toucher de rêve de Matt Pike ; leur silhouettes considérablement alourdies ne laissent pourtant pas présager une telle finesse d’exécution. Point culminant du festival, cette heure de Sleep aura offert le bonheur immaculé à une assistance grassement comblée.

hf2013_sleep_dsc03989Sleep

Grande spécialité du Hellfest que de passer du coq à l’âne, et c’est encore bien haut du concert de Sleep qu’on prend l’autoroute At the Gates en sixième vitesse. Pourtant, aucune résistance ne se fera sentir de notre part et comme en 2008 c’est un set d’une maitrise et d’une énergie rare qui se déroulera devant nous, faisant revivre les classiques de l’époque avec génie.
Après la double claque de la Villette Sonique et du Primavera, on était confiant pour Neurosis qui fit en effet preuve de la même maîtrise qu’à Paris et Barclone. Peut être déjà un peu usé par la journée, on rentrera moins dedans mais ce concert aura tout de même constitué un moment musical de qualité supérieure. Quand les 5 chargent à l’unisson, la puissance dégagée est incroyablement délectable avec la grasse couenne du son de la Valley. Jason Roeder, notre nouvelle idole, continue ses exploits et si on pardonne les t-shirts sans manche qui se généralisent un peu trop dans le groupe, il est plus dur d’expliquer cette surdose en titres atmosphériques et interludes diluant l’attention. Le groupe ferait bien veiller à plus de compacité à l’avenir, mais en même temps qui dit à Neurosis ce qu’il doit faire ?

Point de chute d’un ultime crochet de curiosité histoire de bien dormir, Six Feet Under nous surprendra avec un set d’une qualité qu’on était loin d’attendre sachant Chris Barnes (ex-Cannibal Corpse) bien fatigué ces dernières années. Rien à dire sur sa performance et celle du groupe cette fois grâce à un groove implacable comme on l’aime, des compos bon enfant imparables, et une excellente reprise de Cannibal sanglante à souhait en guise de clôture. Bonne nuit les petits.

hf2013_panoramiques_dsc03996

SAMEDI

Quoi de mieux qu’un réveil version ragga-néo-métal ? En tout cas en ce samedi matin on n’a pas trouvé mieux et en plus ça nous a ravi, Skindred se révélant étonnement carré et accrocheur pour bien débuter un samedi un peu vide sur le papier et où le site se révèlera un peu trop plein à notre goût. Vint alors le premier groupe attendu, Retox, soit la nouvelle bande de dégénérés menée par Justin Pearson, ex-Locust. Comme sur disque le hardcore chaotique du groupe ne brille pas par son originalité mais se révèle bizarrement assez accrocheur et vicieux pour nous tenir en haleine tout le concert.

Contrairement à Skindred, P.O.D. n’a pas convaincu (mais est-ce surprenant) et Monstrosity nous offre une grosse déception avec un son incompréhensible et un batteur à la ramasse, ce qui est bien dommage vu les qualités certaines de ces américains et de leur death métal bien old-school. Après la déception c’est la révélation avec Uncle Acid and the Deadbeats qui nous avait déjà bien accroché sur album mais qui se révèle tout à fait excellent sur scène : les chansons sont au top, le set varié, les voix -rappelant étrangement Alice in Chains– tout à fait bien vues, le tout pour un résultat plutôt prenant. La moitié grincheuse de SWQW trouvera, quand même, le résultat un peu pantouflard par moments, et aurait bien aimé entendre Kadavar à cette place, avec ce son qui bouche les artères. L’an prochain, Ben ?

On en dira pas autant de Withcraft qui malgré tout le bien qu’on peut en entendre actuellement se révèle n’être pourvoyeur que d’un rock psychédélique FM anecdotique car bien trop propre (virer leur Lenny Kravitz à la guitare solo serait déjà une bonne idée) et redondant. Les fans avaient l’air aux anges, on avoue là ne vraiment pas avoir compris pourquoi.

On est désormais habitué au cirque de Phil Anselmo (ex-Pantera) au Hellfest, mais avant de le voir « chanter » pour Voivod le lendemain et sur le côté de pas mal de concerts intéressants du dimanche, il avait la tâche de nous servir un bon concert de Down. C’est généralement quitte ou double, mais pour cette fois on se situe un peu au milieu car si le groupe est toujours bien carré et fédérateur, il sonne aussi un peu trop encrassé et vieillissant pour être vraiment percutant. Encore une fois, le son des Main Stage n’arrange rien mais subsiste un plaisir personnel inusable : voir cette vieille canaille d’Anselmo claquer des genoux et parler au public comme à son pote. Puis, entre foutages de gueule, hommages aux morts et refrains mal chantés on se donne rendez-vous au lendemain pour un show « spécial » ayant l’ingrate tâche de remplacer Clutch, démissionnaire suite à un drame familial.

hf2013_karmatoburn_dsc04034Karma To Burn

La déception du week-end fut plutôt inattendue : Karma To Burn, pourtant valeur sûre en matière de headbanging réussi et de fantasmes white trash dans le désert. On savait pour le changement de batteur, mais pas pour l’absence de bassiste, ce qui fait tout de même beaucoup pour un trio instrumental. Rich Mullins a déjà un rôle important dans le groove et la présence du groupe sur scène, mais surtout William Mecum n’a pas du tout le son de guitare approprié pour donner assez de profondeur à la formation. On espère que ce n’était qu’une absence temporaire et pas un nouveau tournant pour le groupe, qui dans ce cas là devrait prendre des leçons chez Black Cobra, ou définitivement arrêter la musique.

On aura ensuite pu apprécier la montée en grade de Red Fang depuis leur passage au même endroit il y a deux ans. Au niveau public, dix fois plus nombreux, et au niveau du jeu, tant le groupe est devenu une machine à tube imparable techniquement et plutôt efficace. En dehors de quelques temps forts, la musique de Red Fang, entre Melvins propre et rock 70’s calibré, reste cependant plutôt anecdotique et se borne à être la bande son parfaite de vos apéros-concerts réussis.

La Warzone est la scène réservée au Punk et Hardcore au Hellfest. Un peu loin de nos domaines de prédilections on y aura fait que de brefs passages au cours de ces trois jours, mais la présence de Converge imposait le détour. Et c’est bien l’endroit qui aura rendu ce concert moins percutant qu’à l’habituel, car affublé, et cela sera de même pour les autres concerts vus sur cette scène, d’un son crade et mal équilibré. La performance du groupe elle, portée par une rage ne semblant jamais faiblir, est comme d’habitude impeccable, et on restera tout de même une nouvelle fois bouche bée devant ce monstre de batteur qu’est Ben Koller. On se rendra compte également que bien qu’un peu moins marquants que les autres, les morceaux de All We Love We Live Behind passent sans problème l’épreuve du live, et que le final Last Light – Concubine est toujours ce qui se fait de mieux dans le genre. Pas la même secousse qu’en 2011, donc, mais le groupe n’est pas en cause ; notons aussi qu’il est toujours amusant de constater que Jacob Bannon est le plus mauvais chanteur du groupe.

Après s’être rendu compte qu’en dehors de quelques riffs plutôt bien sentis, les vieux heavy-metalleux de l’underground Manilla Road n’étaient quand même plus très fringants, on retourne sous la Warzone pour NOFX où le coup gagnant de 2008 est réédité haut la main. En 1h de bon punk-pop au grain de guitare délicieusement californien, on fait le plein de classiques potaches mais aussi et surtout d’une impressionnante enfilade de bonnes vannes et de provocations d’un public moins white-trash que le groupe ne le pense. La poilade du weekend.

Faute de motivation, on ratera le début de Cult of Luna pour arriver sur un titre convaincant, mais qui ne présage pas du dantesque Vicarious Redemption à suivre. Bien aidé par un son de la Valley encore une fois apocalyptique, puissant et bien réglé, le groupe a offert là ses 20 meilleures minutes de musique en étoffant enfin son vocabulaire post-métal par une dynamique maitrisée. Cult Of Luna varie les ambiances et les progressions mélodiques, et use finalement de sa force de frappe sur un final indus-métal épique, grandiloquent mais génial. Après un titre encore très correct, le groupe s’embourbe à nouveau dans ses travers post-machin et l’ennui nous fait fuir vers les Main Stage et la tente bleue de tous les dangers ; c’est dire la retombée de soufflé.

L’avantage (ou désavantage, parfois) de la scène consacrée au death, l’Altar, est qu’elle est située sous le même chapiteau que la Temple qui regroupe elle le black métal et autres blagues pagan. En attendant la délivrance qui sera apportée par la bande de David Vincent, on a en effet pu faire tomber un de nos plus gros préjugés. En effet, ici Immortal semblait être une vieille blague lo-fi jouée avec les pieds mais faisant preuve d’assez de folklore pour plaire au public. La fin de set nous fera aller en enfer pour ces viles pensées et c’est au passage d’une horde furieuse que l’on assiste, horde déversant un black métal sec, ravageur et fédérateur comme on en trouve plus, et de surcroît joué avec une incroyable maîtrise.

Place alors aux seigneurs du death métal, Morbid Angel, dont la formation actuelle est composée des fondateurs David Vincent et Trey Azagthoth, aidés par l’homme machine Destructhor (ex-Zyklon) à la deuxième guitare et de Tim Yeung, remplaçant de Pete Sandoval souffrant de mal de dos, encore meilleur aux futs que ce dernier. Pour cette année, le quartet a décidé de nous dévoiler sa face la plus violente de son catalogue old-school, déchaînant donc frénétiquement les enfers pendant plus d’une heure. Les deux morceaux d’Illud Divinum Insanus, dernier album en date du groupe, qui seront joués ce soir là s’incluront d’ailleurs parfaitement dans le set et redoreront le blason de cet album mal aimé. Pour le reste, c’est comme d’habitude parfaitement interprété et bluffant bien que l’on regrettera quand même l’absence de quelques chansons plus lourdes et vicieuses qui font toujours très mal en live tel que World Of Shit, God Of Emptiness, ou Where The Slimes Live, et qui auraient à coup sûr donné encore plus de relief à un set qui finira tout de même dans le palmarès de l’année haut la main.

Pour finir, attention, lecteur : nous allons maintenant aborder un authentique amour d’adolescence. KoRn est en quelque sorte notre talon d’Achille métallique, comprends-tu? Et si notre extraordinaire maturité couplée à trop de déceptions nous font nous montrer impitoyable à leur endroit en 2013, il subsiste cette petite partie de nous-mêmes prête à croire que tout n’est pas perdu. Et c’est ce que ce set aura démontré, contre toute attente. Le public ayant fui en masse à mi-parcours, il est possible de s’approcher très près de la scène pour s’affranchir du vent taquin et s’en prendre plein la gueule, et genre sentir sa rate pour la première fois de sa vie. Mais même sans cela, la performance du groupe n’était pas anodine ; les titres post-2002 sont bien sûr problématiques, mais les classiques des premiers albums restent exécutés avec panache et l’excitation pointe même parfois le bout de son nez. Freak On A Leash, dernier titre joué et vieux single MTV, est aussi le moment le plus convaincant du soir ; ne juge pas, lecteur. Ce qui nous est arrivé ce soir, je te le souhaite également.

hf2013_panoramiques_dsc03998

DIMANCHE

C’est rassasié mais pas repus, et étonnement en bonne forme que l’on attaque la dernière ligne droite, avec un dimanche qui faisait honneur au sacro-saint Death-Metal de qualité pour une édition qui pour le reste s’était jusque là avérée un peu avare. Début des hostilités avec les gore-grindeux espagnols d’Haemorrhage qui comme attendu livrent un set plein de bonne volonté, efficace et jovial, et qui remplit encore mieux sa mission que Rompeprop l’année dernière au même endroit. On poursuit avec les brésiliens de Krisiun dont le death technique est toujours aussi affuté. Après un début de set un peu mou le groupe rentre enfin dedans et ne laisse plus aucun répits à nos nuques : c’est carré, abrasif, groovy, bref au poil. On franchit une étape niveau « culte » ainsi que niveau technique avec les canadiens de Cryptopsy. Nous les attendions au Hellfest depuis la première édition et n’avions eu aucune autre occasion de les voir alors que None So Vile et Blasphemy Made Flesh font partie de notre panthéon personnel. Ayant désormais oublié un peu le Brutal Death pour quelque chose d’un peu plus chaloupé (huhu), leur set de ce week end a quand même constitué un sommet du genre par un groupe qui survole le côté technique des choses pour te retourner le crâne comme peu savent le faire. On regrettera un son de guitare brouillon qui fera perdre un peu d’impact à l’ensemble, mais on ressortira comblé par cette première rencontre.

On retourne ensuite du côté du Death-Grind avec les américains de Pig Destroyer dont le dernier album, Book Burner nous avait vraiment convaincu ici bas. On le sera un peu moins par ce live où l’on sent un groupe un peu fatigué bien que pour le reste il n’y ait pas grand chose d’autre à redire tant le quartet sait très bien alterner fusillades salvatrices et groove panzer. Mais ce concert permettra surtout de constituer le premier acte de la démonstration d’Adam Jarvis à la batterie. Trente minutes après Pig Destroyer, il enchaîne sur la démonstration Misery Index que l’on était très loin d’attendre. Pour rappel, ces derniers ont été formés par Netherton et Talley à leur départ de Dying Fetus. Après des débuts fracassant et un EP référence, Overthrow, on avait trouvé que les choses s’étaient un peu trop calmées, donnant naissance à des albums pas désagréables mais trop peu inventifs. En cette après midi ce n’est pas l’inventivité qui aura primé non plus, mais l’efficacité de la machine à tube construite au cours des quatre albums est devenue complètement imparable et engendre une performance à des années lumières de ce que l’on avait déjà pu voir d’eux. A maintenant deux guitares, un son qui a évolué vers plus de lourdeur et un Jarvis encore plus à sa place que dans Pig Destroyer, on a donc le plaisir de vous annoncer qu’il faudra à nouveau compter sur ces gens là, et ce pour notre plus grand plaisir.

hf2013_panoramiques_dsc04035

Pour le reste, Eryn Non Dae a déçu car se transformant en énième ersatz d’Hacride en live, alors que l’album laissait présager de quelque chose de bien plus personnel, et les suédois bonhommes de Truckfighters nous ont embarrassé d’un stoner light, sautillant mais peu percutant. Leurs albums contiennent pourtant quelques solides tubes pop-stoner, mais peut-être n’ont-ils pas assez de poils sur le torse ni d’inspiration au bout des doigts pour donner corps comme il se doit en live à un répertoire finalement bien anecdotique ; l’overdose de stoner est maintenant totale. Prong a rassasié notre envie de métal-indus bas du front avec une prestation bien moins ridicule que l’on se l’imaginait et tout à fait plaisante. Ok, Tommy Victor se teint les cheveux et son chant montre des signes de faiblesse (de vieillesse ?). Mais les riffs martiaux éparpillés ça et là, une poignée de classiques efficaces et ce batteur-machine d’une impitoyable rigueur rendent ce moment de nostalgie 90’s plutôt réussi, et ce malgré un son encore une fois soumis aux aléas du vent. A revoir dans une petite salle, et ça tombe bien puisqu’ils reviendront d’ailleurs nous rendre visite l’an prochain.

C’est triste, un groupe de beaufs qui vieillit. Sous son gilet en cuir et son chapeau de mafieux, le chanteur de Treponem Pal, aujourd’hui passablement bouffi est à l’image du rock indus cagneux auquel il tente balourdement de donner vie : l’habillage trash 80’s et les danseuses de cuir vêtues ne suffisent plus pour paraître subversif en 2013 quand on a si peu à dire musicalement. Même scène et même embarrassant revival, Senser était sur le papier un plaisir coupable de la journée. La setlist parviendra à tenir en haleine pendant 20mn, mais le tout deviendra rapidement pénible. Daté aussi, oui, mais ce n’est pas parce que plus personne ne pratique cette fusion rap-rock qu’on ne peut pas encore être crédible si on maîtrise sa formule. Pour preuve, les titres du dernier album sont finalement plutôt les bonnes surprises de ce set bancal mais pas complètement désagréable.

Péché mignon toujours, les progueux polonais (!) de Riverside ont plutôt bien fait leur travail bien qu’ils aient définitivement du mal à retranscrire les ambiances des disques sur scène, ce qui les fait alors plus passer pour un sous-Porcupine Tree qu’autre chose. Côté grande scène, le thrash déviant de Voivod s’est montré encore tout à fait convaincant et cette prestation a confirmé l’utilité de l’intégration de Dan Mongrain (ex-Martyr et Cryptopsy), qui sévit depuis la mort de D’amour.

Autre légende au programme avec Ihsahn (ex-Emperor), qui après un très bon set l’an dernier nous a remis une torgnole comme on s’en prend rarement. La musique d’Ihshan flotte désormais quelque part au milieu de toutes les tendances métalliques avec brio, et son incarnation live est à la fois puissante, novatrice et captivante, un tour de force bien difficile à réaliser. On est peut être plus au niveau de Prometheus mais en tout cas le monsieur continue de faire de belles choses et il serait dommage de l’oublier.

Hier, Phil Anselmo nous quittait d’un jovial « you’ll see us walking around tomorrow, drunk as fuck« . Effectivement, à leur arrivée sur scène surexcités mais un peu largués, on dirait que les membres de Down ont tenu leur programme à la lettre. Complètement décousu, leur set spécial manquera de rythme mais bénéficiera d’un capital sympathie non négligeable : entre invités, titres rares et reprises bien senties (Eyehategod, Crowbar, Corrosion Of Conformity, Pantera), cette dernière petite heure d’intervention sera un moment de franche camaraderie portée par la louable volonté d’offrir un set collector 100% plaisir.

On a pris l’habitude depuis The Link d’aller voir Gojira en live à chaque sortie d’album, et c’est enfin chose faite pour L’Enfant Sauvage grâce à ce set sur la grande scène. Soyons clairs, même si les bordelais continuent de sortir de très bons albums et qu’ils ont réussi à adapter leur filiation directe à Morbid Angel pour un plus grand public avec brio, leurs deux dernies opus nous passionnent un peu moins que le reste de la discographie. Il en sera de même pour ce set. Bien que tout soit là où il devrait l’être et que les gaillards savent monopoliser l’attention, le côté un peu trop calculé de la prestation et une setlist forcément moins percutante qu’à leurs débuts en font un concert moins prenant que ce que l’on aurait pu (un peu) espérer.

La chose inverse se passa pour les deux concerts suivants, Danzig et Hypocrisy. Les premiers ont en effet enchaîné les tubes avec une forme surprenante et un Glenn Danzig toujours aussi charismatique et talentueux chanteur. Et là où l’on avait peur de la moitié de set consacré aux Misfits, on se retrouvera face à un Doyle toujours aussi impressionnant en Frankestein et une avalanche de classiques imparables pour un moment très jouissif. Pour le cas d’Hypocrisy il aura fallu un morceau pour rentrer dedans, puis ce fut la révélation. Pour rappel, Hypocrisy c’est Peter Tägtgren qui a ensuite créé l’entité indus franchement pas terrible Pain et qui est surtout un des trois producteurs du son Black Death suédois depuis bientôt vingt ans. Du coup on peut comprendre que le son ce soir là fut excellent, à la fois agressif mais complet et enveloppant, au point que leur musique lorgnant assez souvent vers des terres symphoniques, et donc normalement immondes, devint passionnante tant on est immergé dans l’univers du groupe. Si l’on rajoute à cela un talent de composition indéniable et des tubes imparables comme Eraser, Roswell 47 ou Warpath on détient là un des concerts les plus marquants de cette édition.

C’est l’heure de l’ovni avec les deux heures de Swans. Peu de monde au final mais un public qui partira très loin lors d’un set similaire à celui de la Villette Sonique le mois dernier. Comme à Paris on trouvera la performance de Michael Gira et ses sbires unique et puissante, mais on pose toujours des réserves sur l’orientation 100% transcendantale de la tournée actuelle avec des morceaux qui mettent beaucoup de temps à partir et qui se construisent toujours de la même façon. Certes c’est une expérience peu commune, mais il n’en reste pas moins que les dates de la tournée de reformation étaient encore plus marquantes car on y retrouvait un juste compromis entre les différentes aspirations du groupe ; au final, il y a encore peu de temps les Swans étaient plus percutants et n’oubliaient pas l’aspect méditation et abandon de soi de leur répertoire, si particulier.

hf2013_panoramiques_dsc04071

On clôturera ce festival par une petite promenade pour se rendre compte que Napalm Death déchire toujours autant, qu’Atari Teenage Riot représentait bien la blague annoncée et que Ghost est définitivement près à devenir un groupe de stade d’une efficacité hors paire portée par de bonnes chansons. Pour Atari, on leur reprochera des voix trop fortes rendant les instrus encore plus cheap qu’elles ne le sont déjà. On ne pourra leur reprocher la mort de Carl Crack mais son remplaçant CX KiDTRONIK ne sait ni raper ni gueuler, ce qui rend les choses plutôt compliquées. Bref, même si certains passages auront fait mouche et qu’un peu d’implications politiques ne font pas de mal au Hellfest, on oubliera très vite ce retour sans intérêt car amputé du côté terroriste sonore qui faisait la substance du groupe à l’époque.

Pour finir, évoquons notre dernier crochet sur la Warzone du weekend, pour zieuter par curiosité les Buzzcocks. Les Buzzcocks, des vieux qui jouent plein de fois la même chanson, mais comme des jeunes ; un set punk puissant, mais sans connaitre le répertoire du groupe l’ennui gagne rapidement. Toujours peu de monde sur le site en tout cas, la faute à l’absence de tête d’affiche pour cette dernière journée ; c’est bien agréable pour circuler, et on ne s’en sera pas privé. Reste que si l’an prochain les Main Stage devenaient un peu plus fréquentables, on ne s’en plaindrait pas.

Il devient aussi, au fil des années, de plus en plus clair que la qualité du son offert par les différentes scènes revêt une importance primordiale pour le rendu scénique de groupes très variés, et donc pour l’appréciation de chacun. Ainsi tous les groupes excessivement lourds ou très rapides passent bien mal sur les grandes scènes, taillées pour accueillir avant tout de grosse machines hard-rock possédant leurs propres systèmes et sondiers. De même, un groupe comme Black Breath un peu paumé sur la Valley a quelque peu surpris de par une installation taillée pour le groove gras de la tripotée de groupes de stoner/sludge/doom du week-end, tandis que Converge voyait ses mille riffs et subtilités instrumentales (oui, je viens de placer « Converge » et « subtitlités » dans la même phrase, espèce de gros bourrinos farcis d’acouphènes) massacrées par la sono de la Warzone plus adaptée aux groupes de punk qui règlent tout à 11 sans se poser de question.

hf2013_converge_dsc04055

Converge

Vous l’aurez compris, cette édition du Hellfest fut comme chaque année une grande réussite au niveau musical de par une concentration incroyable de bons groupes. On remarquera que les années passant le festival s’ouvre à un autre type de public moins spécialiste qu’auparavant, venu faire la fête sur les grandes scènes comme s’il allait aux Eurockéennes ou à Rock En Seine. Signe de démocratisation du métal ? Il est trop tôt pour en juger mais si c’était le cas et si cela entrainait une plus grande représentation du genre dans les festivals généralistes, on pourra sans controverse décerner les honneurs à l’excellent programmateur du Hellfest Ben Barbaud, et à sa philosophie gagnante : profiter du monde brassé par les têtes d’affiche pour établir une programmation pointue et de qualité. Le tour de force est encore plus grand cette année quand on voit l’état de stagnation de la scène métal. Atrophiée par les légendes qui possèdent un niveau technique toujours impressionant et une horde de fan très fidèles, les nouveaux arrivant ont compris que la technique prédominait sur le travail d’écriture pour être signés, ce qui est loin d’être bénéfique à la postérité de la création actuelle. Ce constat est plus pessimiste qu’aigri, et espère être contredit dans les prochains mois même si peu de lumière se fait apercevoir au loin. C’est en tout cas pas la mode et la prolifération de groupes de stoner et autres psychédélismes sans saveur qui nous sauvera. Bref, la suite au prochain épisode.

Somath & Mattooh

Un grand merci et des poutous à Zguv, pour les photos.