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Températures de l’extrême, peaux brûlées par le soleil, amplitudes horaires délirantes, muscadet en quantités industrielles, aucune trace d’alcool dans la bière… ce Hellfest 2014 était physique, probablement plus encore que les précédents. Notre état d’addiction atteint pourtant un degré inédit, dans la mesure où le manque ressenti le lundi matin est comparable à la souffrance des corps après 3 jours de traitement à la poussière, au bruit, aux variations de température, à l’excitation permanente et à la nourriture impropre à la consommation.

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Ce Hellfest 2014 était aussi l’édition des records des points de vue de la programmation et de la fréquentation du site : de l’ordre de 50 000 personnes par jour sont venues se repaître des exhibitions d’Iron Maiden, Aerosmith et Black Sabbath, en quartier libre depuis leur maison de retraite afin de leur permettre de s’acquitter de leurs dettes de jeu, multiples pensions alimentaires, procédures de divorce, factures de kérosène et autres chimiothérapies.

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Si nous avons au final peu assisté aux pitreries des grande scènes (impossible de s’approcher de la Main Stade 01 dès les sets de Maiden ou Sabbath entamés), notre week-end n’en fut pas moins aussi chargé et riche en émois que lors de toutes les éditions précédentes ; la programmation des scènes spécialisées est en effet une permanente ode à la brutalité, une sélection ébouriffante du meilleur de toutes les époques de ce qu’on appellera les musiques extrêmes.

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Dredi :

De bon matin, Mars Red Sky a la difficile tâche d’ouvrir le site, alors que des centaines de gens sont encore en train de faire la queue de l’autre côté de la Valley. La petite foule ne regrettera en tout cas pas de s’être levée tôt, le set des bordelais se révélant toujours aussi délicieusement lourd rythmiquement, fin mélodiquement et affûté dans l’enchaînement de ses riffs. Les titres de l’excellent nouvel album s’épanouissent particulièrement bien en live, et pour le festivalier curieux cette demi-heure sera aussi une des très rares occasions d’entendre une belle voix claire sur ces trois jours.

Conan fait ensuite figure de mise en bouche idéale pour le passage d’Electric Wizard, plus tard sur cette même scène. Les anglais nous gratifient d’un même doom lourd, lent et ultra puissant, avec en plus quelques accélérations castratrices tout à fait salutaires. On pardonne donc facilement les une ou deux compos un peu boîteuses, et la matinée se poursuit à un haut niveau de qualité.

Pour ceux qui aiment couper leur stoner avec de la brutalité bien racée, les choses commençaient aussi plutôt bien : si les blackeux d’Order Of Appolylon nous ont juste fait passer un bon moment, la powerviolence-godemichet de Weekend Nachos nous en a mis une bonne en plein gueule, malgré un son ignoble. Puis vînt le tour de la boucherie Blockheads et ses 22 piges d’expérience. Pas besoin de vous faire un schéma sur ce coup là, personne n’est près de leur piquer leur couronne de rois du grind made in France. Quelques niveaux en-dessous, Loudblast et Hail of Bullets ont pourtant encore quelques dents en places, en tout cas assez pour nous faire passer une chaleureuse après-midi .

Toxic Holocaust subit ensuite le même problème que tous les groupes de début de journée sur les Main Stage : une scène trop grande pour eux, et un son faiblard et pas du tout adapté. Reste qu’avec un répertoire pareil la victoire est toujours au bout du tunnel, et le public ne s’y trompe pas ; du punk-thrash de qualité supérieure en plein cagnard du début d’après-midi, une bière chaude à la main, c’est pour ce genre de moments qu’année après année, on revient au Hellfest avec un plaisir inusable pour se faire pourrir les narines à la poussière, se péter des genoux, se calaminer les poumons et entretenir ses abdos Karmeliet.

Royal Thunder a sorti un joli disque il y a deux ans (CVI) et dispose d’une sacrée chanteuse, mais son set n’en reste pas moins creux une fois passés les 2-3 tubes. Vite oublié.

Therapy?, parachuté sur la grande scène, séduit de prime abord par son enthousiasme et son set rebondissant, mais peine à maintenir l’attention dans ce cadre immense qui les isole de la chaleur ambiante. Ce pop-punk au rythmiques presque métal s’épanouit évidemment mieux dans l’intimité d’une salle remplie de trentenaires, mais reste le plaisir d’entendre un mélange bien branlé de vieux et de nouveaux titres car peu de gens le savent en Franque, mais Therapy? n’a jamais cessé de sortir de bons albums.

Kadavar a ensuite opéré une blitzkrieg d’envergure sur la Valley, bien aidé par un répertoire supérieur et un public embrigadé dès le premier album. Les titres les plus récents se mélangent à ceux des deux albums avec une grande pureté, remplissant l’espace vital du trio d’une foule vaste, compacte et en délire pour ses leaders. Grande démonstration d’efficacité germanique, doublée d’une force de frappe de Panzer.

Du côté violence c’est l’heure du coup de gueule. Si on ne peut vraiment rien reprocher à Impaled Nazarene pour son set à se rouler par terre, que dire du son qui les a entouré ? Cette remarque s’applique à plus ou moins tous les groupes ayant foulé les planches des scènes Altar et Temple cette année. Allez Hellfest, on a tellement loué ton nom pour avoir su proposer un festival au rythme endiablé tout en garantissant une certaine exigeance sonore, alors l’année prochaine tu nous fais un effort hein ??

Pas le temps de rouspéter longtemps car les vieux death-progeux de Nocturnus AD entrent en scène. Une bonne occasion de voir le batteur-chanteur Mike Browning (old is the new young, le gus était présent sur la première démo de Morbid Angel, il y a 30 ans ) et de prendre une bonne rasade d’une musique technique et froide comme on les aime. Mais bon, passé trente minutes, l’appel de la facilité se fait sentir et on atterrit sur Rob Zombie, à qui l’on décernera la palme du mec le plus classe de ce Hellfest cuvée 2014 !

Sepultura a beau se voir régulièrement contester sa légitimité à utiliser son propre nom (rappelons qu’il ne subsiste de la grande époque que Paulo Jr et Andreas Kisser), les faits sont tétus : le groupe met très facilement la branlée aux gesticulations des Cavalera, sur album et encore plus sur scène. Il faut dire que les deux frangins ne sont plus très durs à surpasser, mais quand même, Sepultura demeure une grosse machine de guerre sur scène, avec en particulier un Derrick Green toujours aussi impressionnant physiquement et vocalement. Et bon, comme chaque année, Refuse/Resist et Roots Bloody Roots auront résonné sur le Hellfest, l’interprétation du Sepultura 2.0 restant toujours la meilleure, à l’aise.

On s’est pas tappé tout Maiden, faut pas déconner. Mais pour avoir vu Metallica quelques semaines plus tard, on reconnaîtra au moins à la vierge de fer de respirer le respect et le don de soi pour son public, tout en continuant à se faire GRAVE plaisir. Au final, c’est comme à la télé vu le monde qui squatte déjà les premiers rangs quand on débarque, mais on passera une petite heure avec un bon gros sourire aux lèvres et quelques petits frissons quand viennent ces sacrés classiques qui n’ont pas tant vieilli (pas comme ceux des thrasheux américains).

Comme sur disque, Watain assurre le boulot, mais pas beaucoup plus : le décor est classe, l’ambiance pesante, mais au bout de quatre morceaux ça tourne en rond et on commence à se faire chier. Mais heureusement pour nous c’est l’heure du concert le plus attendu (pour ceux qui ont capté que Death To All c’était Death) du weekend. Car Death c’est surtout la VIE. Pouvant être aussi bien un aboutissement pour le métalleux le plus pointu qu’une belle porte d’entrée dans le métal d’esthète pour les néophytes, la discographie de Death est une mine d’or et son, désormais décédé, leader, un génie. L’hommage de ce soir là fut parfait, Masvidal, Reinert, et DiGiorgio prenant le plus gros des pieds à rejouer ces chefs d’oeuvres, et à chambrer le petit jeunôt qui remplace le maître de la plus belle des façons (sauf sur les lead guitar, un peu limites). Petit bémol avec l’arrivée de deux Obscura accompagnée de problèmes techniques qui auront un peu baissé l’intensité, mais bon, c’était quand même parfait.

On oublie le death technique pour retourner aux fondamentaux avec Electric Wizard. Passé le plaisir de se lover dans un son bien gras comme on l’aime, force est de constater que le trip du soir fut un peu décevant avec une curieuse impression de groupe un peu brouillon et en roux libre. En même temps, à une telle heure, n’était-ce pas un peu attendu ?

Quelques heures avant le festival, Godflesh publiait sur sa page Facebook une surréaliste demande de covoiturage, probablement pour faire face à la défection de leur train, leur transporteur ou simplement parce qu’ils sont de foutus branques. Résultat, la transaction a dû merder quelque part, et voilà notre Justin Broadrick à la bourre, obligé de recaser son set en toute fin de journée, et devant une foule que j’ai envie de qualifier de chiche. Reste que la musique de Godflesh s’accommode particulièrement bien de ces circonstances délicates, et que leur set s’avérera être une punitive déculottée de fin de soirée, un renvoi au lit rêche au groove bien mécanique mais parfaitement salutaire.

 

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Sadi :

De ce sadi matin je n’en ai plus beaucoup de souvenirs. Ah si, le set de Hark était aussi bien qu’on pouvait l’espérer quand on avait vu feu-Taint sur scène. Ils repassent cette automne en France, à ne pas louper. Du côté de Benighted, la désillusion fut presque aussi grande que lors de l’écoute de leur dernier album. Si il y a 5-6 ans, les français permettaient de passer un bon moment de franche camaraderie, maintenant on assiste à un metalcore modernement plat, poubelle ! Au rayon déception, Subrosa y est également allé de sa petite contribution. C’est pas qu’on attendait grand chose de cette supercherie mais là, en dehors de quelques passages bien branlés, ça se regarde sacrément le nombril en enculant des mouches.

Au contraire, chez Incantation on sait pourquoi on est là, le public aussi d’ailleurs, et tout se passe bien. Des plus pesants, le concert des américains n’a laissé personne debout, entre death le plus brutal et black hypnotique, tout était réuni pour partir très loin. Enchaînement parfait avec la réincarnation du géant Pungent Stench. Si on aurait aimé voir la bande de Martin Schirenc proposer un set lorgnant du côté des trucs moins métals de sa discographie, on peut dire que pour le reste groove et férocité étaient vraiment au rendez-vous. Dans ces cas là, tu reconnais facilement un bon morceau, et Satan sait que des tueries, cette heure en a vu passer un bon nombre.

Petite pause stoner des familles avec le set toujours efficace d‘Acid King. J’ai même l’impression d’y prendre un peu plus de plaisir à chaque fois, alors bon, see you next time. Pas sûr d’avoir beaucoup d’occasion de revoir Gorguts par contre, et pourtant voilà bien un groupe qui aurait mérité de meilleures conditions sonores. Le concert de ce hellfest n’aura en effet pas réussi à dépasser les enjeux techniques pour être aussi puissant que sur album. Mais bon, entre quelques très bons titres du succulent dernier album et quelques classiques, on s’est pas vraiment fait chier non plus.

Depuis quelque temps, Clutch a la méga-cote, et le Hellfest n’y est pas étranger : ce sont leurs passages tonitruants à Clisson qui ont éveillé l’intérêt autour du groupe en Franque, et ont permis d’avoir enfin quelques arrêts dans des salles bien de chez nous à chaque tournée européenne. Autant dire qu’ils sont ici presqu’autant chez eux que Phil Anselmo, et comme en 2011 le chapiteau dans lequel on les parque est bien trop petit pour contenir la foule de néo-fans. Reste que nous on était bien placés, et qu’on a encore pris un panard de coquin à faire la danse de l’ours sur un répertoire encore boosté par l’arrivée l’an dernier du bien velu Earth Rocker ; à ce stade on ne comptait plus les sacs de poussière inhalés, les tétons féminins offerts au groupe et aux mains baladeuses, et les sourires niais étalés sur des visages gras. Et pendant que Clutch carressait les rockeurs dans le sens du poil, les norvégiens de Tsjuder nous faisait l’offrande du meilleur concert black metal du weekend : il a tout d’un coup fait sacrément froid sur les terres de Clisson, Texas. Entre le priapisme groovy des ricains et les profondes lacérations nordiques, le choix était donc difficile mais le résultat, dans tous les cas, imparable.

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Si j’ai commencé l’heure suivante sur Brutal Truth plutôt que sur Comeback Kid, c’était pour céléber comme il se doit l’adieu de ces vétérans du grind. Mais si j’étais là, autant dire que le groupe n’était, lui, pas au rendez-vous, contrairement à leurs précédentes prestations en terres clissonnaises : pas d’envie, un tempo à la Suisse, bref il fallait vraiment qu’ils s’arrêtent. On se rattrapera sur les derniers morceaux de Comeback Kid, les canadiens n’étant pas encore près de décevoir sur scène vu l’avalanche de tubes à leur disposition et un public de plus en plus nombreux et réceptif.

Monster Magnet ensuite, c’est du solide, on le sait bien. Reste que cette année, j’ai vu les coutures d’un peu trop près et que la formule du groupe (4 accords en boucle pour chaque chanson, toujours impeccablement montés en mayonnaise heavy-psych) m’a quelque peu fatiguée. Reste la voix toujours aussi dingue de l’inusable Dave Wyndorf, et un groupe qui sait faire le spectacle sans en avoir l’air. (Note de somath : Monster Magnet concert du weekend, point barre).

Une certaine malédiction pharaonîque avait jusqu’ici empêcher ma route de croiser celle de Nile. Le sort fut rompu en ce soir de la fête de la musique, et mes poils s’en souviennent encore. Si la qualité des derniers albums n’égale plus celle du bon vieux temps, on reconnaîtra assez d’intelligence à ces américains là pour s’être construit un univers imparable. Et à ce niveau là l’Egypte ancienne on s’en contrefout, tu rentres dans le premier morceau, tu ressors au dernier, la nuque brisée : l’équation est simple, mais le plaisir omniprésent.

Phil Anselmo & The Illegals, c’est un peu comme le concert des copains dans la MJC du village, mais en plus grand. Tout le monde aime son Philou, alors on lui passe ses interventions longuettes et les temps morts d’un concert sans rythme, mais force est de reconnaître la force de frappe des Illegals, et le panard d’entendre du Superjoint Ritual et surtout du Pantera impeccablement interprété – mais évidemment pas très bien chanté. Un plaisir bancal quand même, alors vivement l’année prochaine pour retrouver Down ou un Pantera ressuscité (ça finira bien par arriver).

« Carcass avec un C ou un K ? Oh peu importe, les deux sont supers ». Phoebe Buffay savait cela depuis longtemps : Carcass est le maître du deathgrind, avec en plus ce soir l’accent et la gouaille de Liverpool. Cette heure de show est une brillante preuve que les reformations ont du bon, et peuvent même enfanter des albums d’une qualité affolante ; les nombreux titres issus de Surgical Steel sont au moins aussi ravageurs que les classiques immémoriaux, pour le plus grand plaisir des grands et des grands poilus. Plus étonnant : après deux prestations muettes au Hellfest, le groupe a ce soir l’ivresse badine, encourageant le public à faire du bruit, se payant la gueule des infâmes Avenged Sevenfold qui jouent au même moment sur une Main Stage, tout ça sur un ton flegmatiquement taquin.

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Gromanche :

On se drogue, on est des mecs craignos, on se drogue, on a des colliers en os. Et oui même au Hellfest on a le droit à Cobra, et personne ne s’est plaint, même pas les cathos. Quelques hymnes parfaits et un hommage à cette chère Lorène plus tard, la blague était terminée, c’est con j’en aurais bien repris une pinte.

Les Blues Pills n’en reviennent pas d’être là, mais c’est bien la Main Stage 1 qu’ils ouvrent de bon matin. Comme chez Royal Thunder, la voix de la chanteuse attire immédiatement l’oreille distraite mais chez eux, il y a aussi un trio de jeunes mercenaires qui nous la jouent certes hyper à l’ancienne, mais avec une inspiration bien plus convaincante pour une belle demi-heure de soul-stoner hyper vintage. Etant donné la jeunesse des protagonistes, les ambitions du label, et la qualité des prestations, il est clair qu’on n’a pas fini d’entendre parler de Blues Pills.

Je ne parierai pas la même chose pour Satan’s Satyrs, en tout cas leur stoner assez banal ne devrait pas leur permettre de quitter leurs boulots alimentaires, mais une chose est sure : leur look et leur nom sont impeccables.

Lofofora, comment te dire… on a grandi avec, un peu. Tu comprends? Alors peu importe si ce concert était bien ou pas, nous on avait la banane pendant 30 mn. Reuno ne vieillit pas, Les Gens et L’Oeuf non plus, le groupe DISTRIBUE SANS COMPTER et les nouveaux titres sonnent même plutôt pas mal. Alors on pardonne les bermudas et Maxime Musqua, et on rit de bon coeur aux invectives de Reuno.

Crowbar sur une Main Stage, et à 13h en plus? On essaie d’en profiter, mais c’est super rude, ouais. Evidemment que le groupe était en place, que tous les titres déchiraient et que Kirk Weinstein est presque autant chez lui qu’Anselmo, mais sans déconner, dans ces conditions de chaleur et de déshydratation, c’est juste de la folk à l’ombre et une sieste crapuleuse, qu’il nous faut.

Ancien fer de lance de la naissance du stoner européen, Lowrider a vite disparu de la circulation après son unique album. C’était pour mieux nous revenir, près de 15 piges plus tard, mais ça valait le coup d’attendre : bien aidé par un répertoire hypr solide, leur set est un franc succès. Bien meilleur que les autres suédois les ayant précédés l’an dernier au même endroit (Graveyard, et Truckfighters), en tout cas.

Après du bon death old-school (Obliteration) et du bon black new-school (The Ruins Of Beverast), les tant attendus néo-zélandais d’Ulcerate étaient enfin sur scène pour un concert qui …. a fait pschit. Un gratteux en moins, un son encore plus crade que pour Gorguts, alors déjà quand tu connais les morceaux par coeur c’est dur de suivre donc je te laisse imaginer ce que ça a pu donner pour les gens normaux et saints d’esprits qui bouffent pas du tech-death au petit déj comme ton cher émissaire. Plus qu’à guetter un nouveau passage de ce groupe hors-norme dont on a quand même bien peur qu’il se soit éteint avant même qu’on ait pu en profiter sur scène. Pour ne pas arranger les choses, les vieux d’Unleashed et surtout de Repulsion n’ont pas fait mieux avec des sets bien mous sentant la naphtaline à dix kilomètres.

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Et à cette aigritude naissante est arrivée une solution que je n’avais jamais employée en cinq Hellfest : squatter les grandes scènes !! Et en ce jour du seigneur, autant dire que cette voie fut des plus miraculeuses. L’entrée était constituée des cultissimes thrasheux canadiens d’Annihilator pour une VERITABLE leçon. C’est pas dur, je n’osais plus espérer entendre un groupe de thrash groover autant et envoyer la sauce comme à la grande époque. Les riffs s’enchaînent à en perdre la vue, les leads sont assurés avec une classe et une maîtrise imparable, bref à ce moment là tu fermes ta gueule, tu remplis en flux constant ta pinte tenue main gauche par ton pichet tenu main droite, et tu dégustes.

Le combo avec les autres papis toujours en formes de Dark Angel aurait pu être parfait si la machine n’avait pas mis quelques morceaux à se mettre en route. Mais comme lors d’un voyage dans un vielle locomotive (oui on fait ça tous les jours chez SWQW), une fois les premiers kilomètres difficiles encaissés, tu jubiles sans trop de problème.

C’est dans les yeux de Nergal de Behemoth que tu comprends (si tu en avais besoin) qu’est-ce que tu fous au Hellfest à bouffer de la poussière et des frites mal cuites, ce que tu fous en général en te passionant pour la musique. Que ça soit parce que le mec a vu la mort dans les yeux il y a à peine trois ans ou juste car il est le plus passioné de tous, contempler la performance de ce shamman polonais et de ses sbires est une plongée immanquable dans les plus violents recoins de l’être. Justement répartie entre les bons titres de la discographie récente et les classiques inusés (Chant For Eschaton 2000, encore et toujours), la setlist était un écrin parfait pour ce set difficilement contestable d’un groupe qui a réussi à passer l’étape des grandes scènes sans perdre de son époustouflante capacité à tout balayer.

Pas facile d’aborder un concert de Soundgarden en 2014 : l’oreille distraite pourrait se satisfaire de peu, ceux qui étaient à ce Zénith de 2012 attendent un rattrapage après un concert massacré par un son indigne. Au final, ce concert nous aura certes rappelé que Chris Cornell est un peu manchot sur scène, mais le son baveux et l’attitude hautaine du groupe rappellent que Soundarden n’est pas un groupe de métal, mais un groupe de heavy-rock noisy et psychédélique sûr de sa force. Quoiqu’il en soit le klan SWQW s’est divisé, Mattooh ayant pris un pied pas possible devant ce show puissant et classieux, Somath ayant tiqué sur un manque de groove, de surprise dans la setlist, d’envie, bref sur un manque de tout.

Le cas Spirit Caravan est un peu délicat : on adore Wino et tous ses groupes, et le souvenir des derniers sets de Saint Vitus et The Obsessed est un petit réconfort toujours disponible quand les gens deviennent méchants et que le monde semble se vider de ses guitares. Mais là, avouons que le set de Spirit Caravan était un peu faiblard. Ce stoner groovy est très agréable, mais aussi relativement mou du genou, les compos n’étant pas toutes convaincantes, loin s’en faut. Pas grave, on attendra le retour de Saint Vitus, ou la venue de Premonition 13.

Je vais faire court pour Emperor. Oui, In The Nightside Eclipse est un chef d’oeuvre, oui la prestation de la bande d’Ihsahn et de Samoth était à la hauteur des attentes, mais SURTOUT oui j’aurais préféré voir les charges black industrielles caractéristiques des travaus plus récents des Norvégiens. Alors oui j’ai pris mon pied, mais je préfère voir Ihsahn en solo, du coup.

Le klan SWQW bat de l’aîle. Après la scission évidente sur Soundgarden, c’est au tour de Black Sabbath de nous faire diverger. D’un côté Somath aura trouvé Ozzy touchant et ses accolytes imparables grâce à l’apport d’un batteur dont la jeunesse fût salvatrice. De l’autre côté Mattooh a trouvé le son aussi plat qu’une planche à pain, et un concert sous emballage plastique. La voie de la raison doit se trouver quelque part au milieu de ces deux avis passionés, mais depuis quand la cherches-tu ?

Ca faisait trop longtemps de John Garcia n’avait pas clôturé un Hellfest sous la Valley, et tout le monde avait bien conscience que ça ne pouvait plus durer. Unida est donc venu, si on en croît les dernières rumeurs, venu donner un de ses derniers concerts avant extinction définitive. Bon, espérons quand même que le boc guitare/basse/batterie continuera ensemble quoiqu’il arrive, parce que le niveau technique et la complicité entre ces 3 garçons sont tout à fait impressionnants. Unida est plus nerveux, plus routier et moins épique que Kyuss mais la vibe du désert est la même, la vista vocale de Garcia faisant le reste. Une heure de headbang débridé sous une tente malheureusement peu remplie (la foule préférait manifestement la farce Black Sabbath), mais les vrais savent ; c’est bien là l’essentiel.

On vient certes à un concert d’Opeth pour chercher sa dose de ce qui se fait de mieux en death progressif, mais on vient aussi y recueillir les dernières blagues du patron ; Mikael Akerfeldt n’est en effet jamais avare en déclarations pince-sans-rire, déclamées d’une voix de baryton hyper sereine qui tranche quelque peu avec le registre majoritairement growlé de son chant. Enfin, le growl n’est plus vraiment d’actualité sur les disques du groupe mais la qualité reste là, et en concert les setlists restent d’impressionnants best-of’s. J’ai vu de nombreuses fois Opeth, mais j’ai rarement autant pris mon pied que cette fois-ci, notamment grâce à une setlist hallucinante, et notamment la quadruplette The Devil’s Orchard / Heir Apparent / Deliverance / Blackwater Park. Comme en plus l’ambiance était rigolarde, le son dantesque et l’interprétation comme toujours parfaite, on pouvait difficilement rêver meilleure conclusion pour ce Hellfest 2014.

On ne venait pas que pour les têtes d’affiche, alors pour nous musicalement, cette année est aussi bonne que les précédentes, ni plus ni moins. En revanche, les améliorations apportées au site et à l’organisation, le temps impeccable et l’ambiance toujours aussi chaleureuse auront encore fait de ce week-end une incroyable bulle de plaisir soluble dans l’ultra-violence, dont la rançon reste ces quelques jours de bourdon la semaine suivante. Heureusement, le Hellfest ne nous laisse jamais longtemps sans nouvelles et dès septembre devraient être annoncées les dates de la prochaine édition, ainsi que la traditionnelle petite ration de premiers noms. En attendant, passe un été chillax en gardant bien ça en mémoire : si la qualité de la rentrée littéraire, l’été indien, le succès en bourse et les lieux associatifs pour les jeunes ne sont pas toujours au rendez-vous, le Hellfest, lui ne te décevra jamais.

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