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Hellfest 2015, dixième édition. Les petits plats dans les grands. La grosse chouille. La classe américaine. « Disneyland »? Si tu veux. Mais la branlée quand même, quoi.

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On croyait l’édition 2014 l’aboutissement d’une rapide évolution vers le statut de Terre Promise de l’amateur de musiques extrêmes au sens large (souviens-toi de cette orgie de têtes d’affiche et le passage dans la dimension des hyper-festivals européens), mais cette année le Hellfest a fait encore plus fort en terme de gigantisme et de divertissement par le trop. On saluera notamment un site au degré de développement impressionnant, avec des infrastructures permanentes assez dingues (allées gravillonnées, trottoirs, décors toujours plus délirants et sceau imprimé dans le sol sous la forme de 10 plaques de métal moulé commémorant chacune une édition du festival) traduisant le succès et l’enracinement du festival sur cette bonne vieille bourgade muscadette de Clisson. Cela enchante le festivalier soucieux de son confort, du plaisir des yeux et des choses bien faites, autant que ça agace l’amoureux de l’esprit originel et nostalgique d’une époque révolue où tout ce cirque évoquait encore la méfiance chez les riverains et les bigots. La curiosité croissante a maintenant laissé place à l’amusement et même l’envie d’en être jusque chez les plus novices, et cela s’est traduit par un sold-out prématuré et une évolution sensible de l’état d’esprit sur le site ; mais pas de panique, tout reste sous contrôle et l’on s’amuse encore à Clisson sans arrière-pensées. Et surtout : on se gave en permanence d’une programmation riche, toujours plus diversifiée et d’une qualité irréprochable.

Démonstration.

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DREDI

Histoire de ne pas tergiverser et de s’offrir une première danse avec Satan, on commence cette première journée avec le death black ultra violent de Necrowretch, un trio français où nous retrouvons l’excellent batteur des talentueux Chaos Echoes (groupe ayant assuré les premières parties de Portal sur leur récente tournée, pour te situer le niveau du truc). Le groupe est en place, rageur et habité. Nos nuques effectuent leurs premiers hochements, il est 10h30, maintenant c’est sûr on est bien au Hellfest. On reste dans le même style avec les Suisses de Bölzer que nous avions déjà évoqué ici bas à la sortie de leur premier EP, très remarqué. Et contrairement à un passage en salle parisienne plutôt mitigé récemment, le duo guitare-batterie a cette fois fait aux honneurs aux espoirs que l’on pouvait mettre en eux. On se délecte tranquillement des excellents riffs de guitare, on critique un peu le jeu de batterie très minimaliste et manquant de finesse avant de lui trouver finalement un certain intérêt dans la mesure où sa simplicité permet la perte de repère et l’envol dans les territoires suggérés par le guitariste chanteur.

Changement complet d’ambiance lors de notre premier passage du côté de la Warzone et son matelas herbeux encore frais et pimpant pour assister à la powerviolence de Despise You. Si celle-ci est plutôt jouissive sur disque, elle nous aura ici laissée plutôt de marbre à cause d’un son assez mauvais et d’un chant féminin complètement à l’ouest. On fait ensuite un grand bond en avant dans l’échelle du bon goût avec les Belges de Leng Tch’e, appelés à la dernière minute en remplacement du all star band bas du front Primate. Et il semblerait qu’on y ait vraiment gagné au change compte tenu de la qualité du set. La recette est simple mais efficace : un brutal death groovy piochant aussi bien dans les vieilles que les plus récentes tendances du genre, un groupe plus que carré (mention spéciale au bassiste, seul membre fondateur encore présent) et un leader charismatique et drôle qui aura réussi à mettre tout le public dans sa poche en quelques remarques bien vues. Si on ne s’en rendait pas forcément compte à une heure si peu avancée du festival, il est maintenant clair que Leng Tch’e a fourni ce matin là un des meilleurs set death metal du week-end, tout simplement.

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Comme souvent, on trouve en même temps de gros clients sous la Valley. Samsara Blues Experiment propose un stoner psychédélique plutôt doux et voyageur, et fait largement honneur sur scène à ses agréables disques. Pour un peu, on en théoriserait presque qu’il en va du stoner comme des bagnoles : la Deutsch Qualität fait des merveilles, et le label IN DEUTSCHLAND GEMACHT a ces dernières années enchanté nos Valley et nos écoutilles plus souvent que par accident (Kadavar, Colour Haze, My Sleeping Karma). Vivrait-on alors une sorte de néo-occupation par le gras, sous le joug chatoyant des guitares fuzzées et de descentes de toms? Se fera-t-on un jour tondre pour tout ce plaisir pris en compagnie de teutons virils, autoritaires mais charmeurs?

Twitching Tongues fait des supers disques, mais qu’en est-il sur scène? Abonnés aux tournées européennes dans des bars, les voilà propulsés deux divisions au-dessus et bien entendu, les bougres tabassent. Ca groove carré, à l’ancienne, et ça chante sacrément bien ; on est en fait pas si loin de la manière dont Only Living Witness sonne en live dans mes rêves les plus virils. Une heure après sur la même scène, c’est au tour de Deafeater de tenter de faire pleurer les gros coeurs à coup de post-hardcore de facture très correcte. C’est un peu trop émo à notre goût mais les mélodies sont de bonnes factures et les morceaux bien écrits, on reste donc bien accroché pendant toute la durée du concert. On a alors envie d’une dose de violence à l’ancienne comme on pensait Vallenfyre (groupe où l’on peut retrouver le chanteur charismatique de Paradise Lost et le batteur d’At The Gates) capable de nous prescrire. Pourtant, après un début de concert bas du front mais rondement mené (malgré un son de guitare un peu trop gonflé à la HM-2, une pédale de disto de référence pour qui aime les sons bien crades, Rotten Sound en fait des merveilles, ici c’est trop ostentatoire), le groupe s’empêtre dans un long morceau doom chiant comme la mort, perdant une bonne partie de son auditoire, dont tes envoyés spéciaux préférés. Pour rester au rayon des déceptions, on enchaîne avec le metal oriental de Melechesh, saccagé complètement ce jour-là par un son incompréhensible retirant toutes les subtilités de la musique du groupe. Il ne restait alors plus grand chose pour maintenir notre attention.

Les Orchid ont beau pomper Black Sabbath comme des chancres (époque Sabbath Bloody Sabbath) et exhiber éhontément quelques sonorités hard-rock un brin criardes, il se trouve qu’ils font très bien le boulot. Alors on avale sans broncher, parce que mec, si en 2015 t’as pas encore compris que le but du jeu est de prendre ce qui est bon où que ce soit et tant qu’y’en a, alors je te laisse à tes Liturgy et tes Sunn0))). Ne faisons pas mine de découvrir que tout ce cirque n’est que recyclage, et que seuls comptent l’inspiration d’un côté, et le plaisir de l’autre.

Au petit jeu du groupe le moins subtil, High on Fire se démerde généralement bien. Et si au Hellfest le trône semble inatteignable (on a quand même croisé Body Count et Cannibal Corpse dans le week-end, vois-tu), Matt Pike s’est quand même évertué à nous balancer de grandes tartes électriques dans la gueule, sans calculer, juste pour le plaisir simple de faire mal. Quel pied! Pour tous les faibles du monde, Pike se propose de nous faire la démonstration que sans puissance, la maîtrise n’est rien.

Observés de loin sur la Main Stage II, les Lamb Of God semblent au taquet mais me laissent toujours désespérément froids. Ils sont bons, mais n’auront jamais le petit truc qui les distinguerait du groupe US standard, et qui aurait pu faire d’eux les Pantera de la décennie passée. Même souci pour Godsmack : un groupe à jamais condamné aux fins d’après-midi de rassemblements européens, et aux festivals US de rednecks.

Seule incursion de la journée en Main Stage I : un petit check sur Motörhead. Un set décevant, assez mou, qui s’explique probablement par l’état de décomposition avancé de Lemmy, dans lequel on a semble-t-il installé des bras mécaniques pour maintenir en mouvement ce corps jauni et amaigri. La fin est proche. Tremble!

Mais les tremblements les plus profonds et sincères auront été apportés en ce vendredi par la prestation soufflante et tonitruante de Oathbreaker, quatuor appelé plus ou moins au dernier moment pour remplacer les agréables mais trop classiques Trap Them. Agréable et classique, la prestation des Belges aura été très loin de tout ça, à des années lumières même. Emmené par une chanteuse mystérieuse aux cris les plus habités et perçants de toute la programmation du festival, le groupe a distillé son hardcore chaotique, de facture classique sur disque (la production de Kurt Ballou (Converge) lissant malheureusement l’approche nihiliste et frontale du groupe), sous forme d’une boule de nerf incontrôlable où chaque charge n’est qu’un coup de couteau supplémentaire en pleine poitrine du spectateur, forcément désoeuvré. On ressort de ce set ravagé, et on aura alors bien du mal à trouver un quelconque intérêt au concert plutôt classique proposé par Bloodbath. Heureusement pour nous, les Japonais d’Envy nous auront permis de reprendre notre souffle le long d’un voyage à fleur de peau bien plus convaincant que ce à quoi nous pouvions nous attendre.

Mastodon, maintenant. Les gaziers n’étaient plus revenus depuis 2009, tu le crois, ça? Pourtant Mastodon, contrairement à ce que tu prétends pour soigner ta street cred’, est le plus grand groupe de métal de notre époque. Et pas que sur ses premiers albums, non, parce que même les deux derniers sont fantastiques. Tout le monde ne l’a pas encore compris, mais c’est le temps qui le démontrera, bien plus que mes palabres inaudibles face au courant des grincheux. Mais le fait est que Mastodon se traîne souvent un gros son de merde sur scène, alors tout le monde restait sur ses gardes. Mais ce soir c’est caviar, et à tous les étages. La setlist boude un peu ces fameux premiers disques, mais c’est finalement sur les titres de Once More ‘Round the Sun que le groupe est le plus impressionnant, totalement maître de son art. Allez, le rendu manque bien un chouilla de basses mais la toile de riffs tendue par Hinds et Kelliher et soutenue par les farandoles rythmiques de Brann Dailor sont inimitables et assez grandioses. Grand set, grand groupe, et plaisir insondable.

Sous l’Altar, Meshuggah aura comme toujours mis tout le monde à ses pieds. Avec un son démoniaque et face à un parterre bondé, les suédois ont déchargé une dose cataclysmique de leur incroyable art, loin au-dessus des pitreries dites djent. La priorité est toujours laissée au deux derniers disques, ce qui personnellement ne me pose pas la moindre espèce de problème. Et le public de se contorsionner comme il peut sur ces rythmiques insensées, et moi de m’en repaître gaiement pour l’éternité.

Enfin pour finir la journée bons amis, un détour sous la Temple nous offrira un instant norvégien de toute première bourre. Shining, les bons, donc, et pas les pénibles suédois, sont venus nous présenter l’état actuel de leur « blackjazz » et je peux te dire qu’il se porte bien. Tout cela est un poil trop propre sur lui, très métal moderne et en fait un peu poseur, mais le résultat fait honneur à l’hystérie des disques. L’exécution est en tout cas impeccable, le son ravageur et certains passages du concert resteront dans les annales du festival, au rayon torture mentale bien entendu. Et puis comment bouder l’unique intervention des trois jours d’un saxophone? Le public n’a cependant pas l’air tout à fait d’accord dans le sens où le chapiteau, déjà peu garni au début, se videra lentement mais sûrement au cours des 60 mn de set. Le métalleux n’est au fond pas différent de ses contemporains : un tout petit peu trop de bizarrerie malsaine, et le voilà déjà réfugié au bar.

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SADI

Contrairement à notre éthique de perfectionnistes, on loupe notre réveil en ce samedi matin, ratant les prestations assez attendues de Machete et Elder pour ne commencer notre journée que par les Allemands de Die Weg Einer Freiheit. Bien qu’officiant dans un registre black metal moderne qu’on aime bien critiquer dans nos pages, la prestation du groupe aura été convaincante car habitée et rythmée par une véritable machine de guerre à la batterie. On reste au rayon finesse avec le brutal death des Hollandais de Prostitute Disfigurement, suffisamment bien exécuté pour nous tenir en haleine pendant quarante minutes. En haleine nous le serons un peu moins auprès des hardcoreux de bonne humeur Vitamin X qui, malgré un set rondement mené, ne sauront faire face à l’appel d’une bonne plâtrée de poulet médiéval agrémenté des meilleurs frites du festival.

C’est donc bien repu que l’on s’autorise un passage sous la Valley pour voir The Wounded Kings sur les conseils de notre voisine de camping. Gonflé par un son vraiment excellent et bien aidé par des compositions de qualité et un leader charismatique, le doom des Anglais est impérial, nous réconciliant par la même occasion avec le genre. Les suédois de Craft et leur black metal à l’ancienne rondement mené représenteront quant à eux un bon moyen de s’allonger dans la pelouse bénie de la Temple en rêvant de montagnes enneigées. À l’inverse, les Américains d’ASG amèneront un soleil cuisant dans nos cœurs et des headbangs honnêtes à nos nuques : leur répertoire contient quelques tubes imparables bien que l’ensemble tourne un peu en rond à l’approche de la fin du set. Le concert archétypal de la Valley, en somme. Avant d’aller affronter les grandes scènes et le soleil ravageur qui y sévit, on fait un passage sous la Temple pour juger du rendu scénique du projet black metal dépressif français Mütiilation dont le passage en terre clissonaise est un petit évènement pour la communauté. La prestation est semblerait-il à la hauteur des attentes du public tandis que l’on trouvera de notre côté tout ceci un peu chiant.

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Pour honorer la parution l’an dernier d’un disque plus plombé qu’à l’habitude, Brant Bjork revient 5 ans après son dernier passage et nous fait d’emblée comprendre que sur cette tournée, les amplis sont un peu chahutés. Ca fait son petit effet et surtout, ça n’entame pas du tout le capital sympathie du monsieur. Que ce soit avec ses Bros ou comme aujourd’hui son Low Desert Punk, Brant Bjork est plus calme que toi, plus cool que tout et son set est un déroulé de classe au feeling californien feutré, mais bien cramé par le soleil. La voix du bonhomme est en prime toujours aussi exceptionnelle alors dans ce cas, vois-tu, le plaisir est complet.

On était un peu sceptique quant au retour inattendu des L7. Si on imagine bien que les personnes n’ayant jamais écouté plus de cinq minutes le groupe y aient trouvé un quelconque intérêt, on aura bien apprécié retrouver ce bon répertoire interprété ici de façon très honnête, avec toujours l’esprit léger et provocateur de l’époque.

Un peu plus d’une heure après montait sur la même scène Killing Joke, groupe passionnant auteur d’une carrière qualitativement incroyable les inscrivant légitimement au panthéon des meilleurs groupes de rock de tous les temps. Rien que ça, oui. On pourrait d’ailleurs vous parler 3 heures du groupe et de ce concert mais on va tâcher d’être synthétiques. C’était très bien. Geordie est toujours le guitariste le plus fluide et le plus classe du monde et Jaz Coleman est un vecteur d’émotion et de catharsis incroyable. On regrettera un peu ce batteur (Jason Bowld, qui remplace Paul Ferguson on ne sait pas trop pourquoi) un peu trop pédestre et classique sonorisé de surcroît comme s’il jouait pour U2 et une heure de passage nuisant un peu à l’expérience. Le set commence calmement sur les classiques punk des débuts (de mémoire et un peu dans le désordre The Wait, Requiem, Wardance, Pssyche), s’envole quand débute la partie 90’s-2000 (de mémoire et un peu dans le désordre : Exorcism, The Beautiful Dead, Asteroid, Money Is Not Our God, la nouveauté Autonomous Zone à paraître sur le nouvel album) et s’arrête sec sur un Pandemonium absolument parfait, à peine trois quart d’heure après le lancement des hostilités. On était prévenu mais putain que ça fait mal. Nous ressortons donc de tout cela un peu frustré bien que, avec le recul, il est évident qu’on a assisté à un concert excellent, catégorie tu peux pas test.

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On reste dans les vieilles gloires avec Body Count qui aura fait salle comble sous la Warzone. De ce que l’on a pu en voir (les quatre derniers morceaux de loin), le set tenait carrément la route avec un Ice-T bien chaud et a fait assez rapidement oublier que la musique du groupe a assez mal vieilli sur disque. Sur scène, les gars ont encore de quoi dire, ça on peut vous l’assurer. On reste aux Etats-Unis mais on augmente le tempo avec Skinless, valeur sure du brutal death à la new yorkaise (bien hardcore, donc), histoire de compenser le fait d’avoir raté Dying Fetus la veille. Le détour aura carrément valu le coup tant le concert fut intense et méchant, se hissant facilement dans la liste des meilleures performances death metal du week end.

A ce stade, le sac à superlatifs est déjà à moitié vide mais il va bien falloir fouiller un peu, parce que Faith No More a proposé, à ce moment précis, rien de moins que le meilleur concert du week-end (ndDr.S : aux yeux de Mattooh, en tout cas). Pour les avoir vus plusieurs fois sur les différentes tournées européennes étalées entre 2009 et 2012, on savait bien que la performance du groupe était fantastique, emmenée par un Mike Patton absolument impérial. Sa voix est sans âge, et son attitude toujours provocante se trouve aujourd’hui teintée d’une sincère sympathie envers le public, voire les gens en général ; j’en veux pour preuve cet improbable échange de t-shirts avec un gars de la sécurité, qui tranche avec la froide ironie de 2009. Mais la vraie nouveauté, c’est la découverte en live des titres issus du superbe nouvel album Sol Invictus, et on peut dire qu’on a été servi : plus de la moitié du disque y est passée, et avec brio. Le public s’en tapait évidemment, mais Cone Of Shame, Separation Anxiety et Superhero sont bien du niveau des classiques du groupe, classiques qui font par ailleurs toujours un effet boeuf sur les trentenaires, Epic, Easy et Midlife Crisis en tête. Pour le reste, le son est absolument parfait, la cohésion du groupe impressionnante et nos riants quinquagénaires ne manquent pas l’occasion de s’amuser du fait de jouer dans un festival de métal (« heavy merd-al?« ). Bref, le panard, le gros gros panard.

C’est au terme de ce concert incroyable que l’organisation avait décidé de nous servir une grosse louche de n’importe quoi, sous la forme d’un feu d’artifice célébrant la dixième édition du festival. Et on rigole, mais l’ambiance de fête visée fut complètement atteinte, bien aidée par une sonorisation de circonstance, Slayer en tête. On rit, on reprend une bière est puis c’est pas tout ça, mais on a un programme à tenir, bonhomme.

Obituary est une des pierres angulaires du death metal et reste à l’heure actuelle un groupe à ne pas louper aussi bien sur scène que sur disque. Le concert de ce soir-là ne nous aura pas fait mentir et représente d’ailleurs peut être le meilleur de tous les sets vus de leur part au Hellfest. Nous ne les avions en tout cas jamais entendus avec un aussi bon son, ce qui a forcément solidifié le concert et l’a rendu tout simplement imparable.

La journée se termine finalement sur une prestation des plus efficaces de Biohazard, toujours impressionnant de maîtrise et de bonne humeur. Voilà encore un groupe dont on aura du mal à se lasser.

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GROMANCHE

Pour clôturer ce Hellfest dixième du nom, quoi de mieux qu’un gromanche matin marathon? Que le chef de la paroisse de Notre-Dame-de-Clisson nous pardonne, mais il est 10h30 et la Main Stage II danse déjà au son du crossover d’Iron Reagan, très en place, bien écrit et interprété d’une main de fer comme l’a prouvé la bonne reprise du A Skull Full Of Maggots de Cannibal Corpse. On fait ensuite un saut chez Nidingr, des black métalleux français loin d’être mauvais, avant de passer voir Death Engine dont on vous a déjà parlé en très bons termes dans ces pages. De même, on avait cru comprendre que le groupe maîtrisait plutôt bien la scène. La démonstration n’en fut pas moins déculottante, portée par un son du tonnerre (comme souvent ce week-end, il faut le rappeler) et par un groupe jouant la rage aux lèvres. La rage, les Américains de Code Orange la connaissent bien également. Par moment, ils nous auront même rappelé la furie Oathbreaker du vendredi de par leur côté froid et nihiliste. Pourtant, malgré une prestation très correcte ils n’atteindront pas le niveau des Belges, les versions live de certains morceaux d’I Am King se trouvant amputés de la finesse des arrangements qui les rendent imparables sur disque. On se retrouve du coup parfois face à une alternance pas très cohérente de passages rapides et de mosh parts (très) énervées. Au même moment sous la Temple, The Great Old Ones proposait son black-métal nouvelle école, parfaitement convaincant dans sa gestion des contrastes, même si fatalement assez monolithique. On retiendra en tout cas la finesse de l’incrustation de très belles trames ambiantes. On continue ce début de journée tonitruant par le trio stoner-noise français Sofy Major que l’on a déjà vu de nombreuses fois sur scène avec ce premier passage au Hellfest et que l’on retrouve toujours avec grand plaisir, plaisir qui semblait partagé vu les sourires arborés par les membres du groupe, notamment par ce génial batteur monté sur ressorts. Le trio s’est alors empressé de décharger ses morceaux faisant la part belle au rock’n roll le plus efficace, assurant à tout le monde quarante minutes au top.

On respire un peu en zappant les pénibles Red Fang et les douteux Off ! (n’oublie jamais que derrière la perfection de façade de SWQW se cachent une poignée de cœurs qui battent, de corps vieillissants et de foies en lambeaux), mais on vient pointer devant Russian Circles et on s’en félicite. Le groupe n’est pas toujours passionnant sur la durée complète d’un disque mais prend soin en live de compiler ses titres les plus massifs, et c’est finalement dans ce contexte que la finesse de composition du groupe se trouve mise en valeur ; encore une histoire de contrastes. On termine ce bel enchaînement avec le black’n roll de Khold, tout aussi efficace sur scène que sur disque grâce à son leader charismatique et un groupe bien en place. On commencera à s’ennuyer cependant à la fin du set d’une musique qui tourne en rond et manque de relief, surtout quand l’appel des frites pas cuites se fait sentir.

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Et pendant qu’une moitié du klan SWQW fait le plein d’acides gras saturés, l’autre repart au front, direction Warzone. Snot y officie gaiement, manifestement ravi de jouer devant un tel parterre et dans des conditions si parfaites. Les gaziers ont vieilli mais sont au point, et surtout, leur nouveau chanteur fait largement honneur au défunt Lynn Strait . La fin du set vire un peu néo-métal bas du front, mais n’oublions pas la responsabilité involontaitre mais accablante du groupe dans l’apparition de tous les Watcha, P.O.D. et Disturbed du monde. Sans transition, Weedeater s’exécute sous la Valley, pour une petite heure de sludge grognard et relativement bonnard. Le concert est en fait identique à celui du festival This Is Not A Love Song à Nîmes au début du mois, mais avec un son plus crado et moins enveloppant le rendu est moins immersif, ce qui rend le set moins impressionnant. Mais l’attraction première du groupe est bien là : ce nouveau batteur complètement niqué, placé de côté en bord de scène, dont la frappe et le groove surpuissants fixent l’attention tout autant que cette improbable pratique consistant à frapper ses cymbales avec le pied. Chapeau mon gars, cette petite fantaisie devrait rapidement faire de toi une star.

On retourne une énième fois sous l’Altar pour juger de la valeur actuelle de The Crown sur le marché du trash/death/black à la suédoise. Ça joue très bien et avec une violence loin d’être contenue. On s’allonge dans l’herbe pour se délecter de tout ça et dans un demi-sommeil rêveur, l’heure passée auprès du combo deviendra des plus agréables. La sieste digestive terminée, c’est en pleine forme que nous nous apprêtons à chanter à gorge déployée avec Beastmilk, nouvellement renommé Grave Pleasures suite à un changement de guitariste. Le set contient deux nouveaux morceaux qui s’entremêlent avec les perles que sont les tubes de Climax, le premier et génial album du groupe. Pour la faire courte, le concert fut une vraie démonstration qui aura comblé toutes nos attentes et l’on regrettera uniquement l’absence de l’excellent Surf The Apocalypse. Dans tous les cas, le chant est aussi parfait que sur disque et le groupe très en place et armé d’un son imparable. En plus de maîtriser son instrument, le chanteur est doté d’un charisme non négligeable qui lui permettra de mettre le public dans sa poche et de faire de ce concert un des grands moments du festival.

Après cet interlude pop, on retourne aux choses sérieuses pour assister au retour sur scène des Allemands de Morgoth, figure importante du death européen des années 90 et nouvellement ressuscité des cendres de Satan accompagné d’un album loin d’être ridicule. Ridicule, ce concert ne le sera pas non plus bien que faisant l’impasse comme attendu sur l’album Feel Sorry For The Fanatic, leur disque indus pourtant très réussi mais qui plomba complètement leur carrière. Le set est carré bien qu’un peu mollasson, ça se regarde avec intérêt mais on sait qu’on aura vite oublié. Au même moment c’est EyeHateGod qui prend d’assaut la Valley armé de son sludge rampant mais parsemé d’excitations hardcore. Si le dernier album avait pu nous ennuyer, la prestation imparable de ce dimanche aura été à la hauteur de toutes les précédentes, permettant au groupe de garder sa place sur le podium des tauliers de la bûche. Une leçon, voire un rappel à l’ordre.

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S’ensuit un concert que l’on s’apprêtait à moquer et qui nous fit rapidement remballer nos langues de vipères : Cavalera Conspiracy. Okayyy, les albums sont mauvais et Max et sa bande s’en sortent uniquement grâce au répertoire de Sepultura. Mais il y avait un peu plus que cela en cette fin d’après-midi, déjà parce que revoir Igor à la batterie est quand même un plaisir pour tout métalleux qui se respecte, et surtout car les quatre gaillards avaient sacrément la rage malgré les années qui n’ont pas épargné ce pauvre Max. Précisons pour finir que le choix des morceaux était assez parfait (Refuse/Resist, Beneath The Remains, Dead Embryonic Cells, Desperate Cry, Territory, Roots, plus une reprise de Nailbomb, le projet à la Godflesh de Max à l’époque Chaos A.D., et surtout un We Who Are Not As Others sorti de nulle part) et que le concert s’est terminé par une coupure totale du son de façade sur le riff exterminateur final de Roots, histoire de conclure l’affaire proprement.

Life Of Agony ne joue jamais en France, et n’a donc pour ainsi dire pas de public ici. C’est même un peu embarrassant de voir un groupe programmé à cette heure sous la Valley ramener si peu de monde, mais le groupe s’en cogne et nous sort le grand jeu, Mina Caputo en tête. Cette dernière, que l’on connaissait avant son changement de sexe sous le nom de Keith Caputo, occupe la scène avec une attitude

On ne s’éternisera par contre pas trop en mots sur le concert de Cannibal Corpse, qui ressemblait à tous les concerts précédents de Cannibal : c’est efficace, fédérateur, jouissif et ultra puissant mais il y a quand même plus passionnant et fin au rayon death metal. D’ailleurs tant qu’on parle finesse, arrêtons-nous trois secondes sur le concert de Limp Bizkit. Il est un peu bête que la bande à Fred Durst et Wes Borland se tire une balle dans le pied en poussant les basses à fond et en faisant les clowns à jouer des reprises de métal alors que quand ils s’attèlent à leur propre répertoire ça tabasse sacrément bien. C’est con, on aurait pu presque dire uniquement du bien d’eux pour une fois. On aurait en quelque sorte voulu qu’ils prennent exemple sur les suédois d’At The Gates qui jouaient juste après et qui eux ne laissèrent aucune place aux fioritures et aux blagues pour un set 100% pureté et passage à tabac. On commence à connaître la recette mais c’est pourtant à chaque fois la tarte assurée : ça joue vraiment très bien et on est toujours autant conquis par ce frontman hallucinant qu’est Tomas Lindberg. La cerise sur le gâteau fut finalement apportée par la présence de Marco Aro (chanteur de The Haunted, qui jouait plus tôt mais sans nous parce que c’est comme ça) sur World Of Lies pour un duo scotchant avec Lindberg. Bonne humeur, exécution parfaite, énergie intacte, bref, see you next time.

A ce stade, on est allé voir NOFX un peu par habitude, mais on ne s’y est guère éternisé. Le début du set était évidemment efficace (Dinosaurs Will Die, imparable) et rigolard (encore qu’on a connu leurs vannes plus inspirées), mais rapidement l’impression de pouvoir trouver mieux ailleurs se fait sentir et on fend la foule pour quitter une dernière fois ce festival dans le festival qu’est la petite péninsule de la Warzone.

Et justement, tous les superlatifs du monde ne suffiront pas pour décrire la performance de Triptykon ; bien que nous t’ayons déjà fait part de notre amour pour la musique du groupe et pour toute la carrière de Tom G. Warrior, nous ne nous attendions pas à une performance de cette envergure. C’est bien simple, aucune personne présente croisée après le concert n’a réussi à en dire du mal, peu importe les affinités musicales des interrogés. Il faut dire que les Suisses / Allemands s’étaient armés d’un son époustouflant et d’une setlist qui piochait dans les meilleurs titres de Triptykon et Celtic Frost. Il faut aussi dire que si le guitariste de Dark Fortress et le batteur n’ont jamais étés les éléments marquants du groupe sur disque, ils ont été ce soir-là auteurs d’une prestation hors norme (tout comme Vanja et Tom, mais ça on le savait). Le concert s’est achevé sur The Prolonging (dernier titre du premier album de Triptykon) et ses vingt minutes de descentes aux enfers oscillant entre charges black/death et coups de pelles doom, titre taillé pour enterrer tout sur son passage, et qui aura rempli ses objectifs haut la main. Meilleur concert du festival, easy (ndM : pour Dr. Somath, en tout cas).

KoRn se retrouvait ce soir avec le statut de tête d’affiche, un peu par défaut certes, mais on avait pu constater deux ans plus tôt qu’une fois débarrassé de toutes ces saloperies dubstep le groupe en avait encore dans le ventre. Alors on y va de bon gré, d’autant que sur cette tournée c’est le meilleur album du groupe (le premier bien sûr, KoRn, quoi) qui y passe en entier. Et qu’est-ce qui se produit dans le son est parfait, la setlist idéale et l’interprétation au poil? ON PREND UN PIED DE COQUIN. Au diable la honte et l’embarras, on a là le meilleur du groupe, de l’essence de KoRn en haute définition. J’aurais préféré retrouver le groove du batteur originel Silveria à celui plus clinquant et métallique de la machine Ray Luzier, mais pour le reste le chant est impeccable, la basse claque comme en 1994 et les guitares bourdonnent avec une puissance adéquate. Il est de plus assez amusant de constater que le glauque de l’album finit par déteindre franchement sur l’ambiance générale, assez froide sur le site à ce moment ; ça tranche avec l’image de guignols dubstep que se traîne le groupe ces dernières années, et c’est la vraie bonne surprise du soir.

Enfin, tu le sais bien, il manquait encore quelque chose pour clore définitivement ce Hellfest : l’intervention de ce bon vieux Phil Anselmo, devenu avec les années la mascotte non officielle du festival. Cette année, c’est dans le cadre de la reformation de Superjoint Ritual qu’il se produit, mais ça n’a guère d’importance puisque tout le monde a oublié ce groupe depuis longtemps. Reste que la performance est solide, le répertoire aussi et si notre Philou semble fatigué, c’est avant tout sa présence et sa voix qui réconfortent. On en a besoin pour passer l’hiver, tu comprends? On lui pardonne alors ses élucubrations incompréhensibles et son oubli final des dernières paroles de Stairway To Heaven ; on a eu notre fix de Philou pour l’année et un bon concert en prime, c’est tout ce qui compte.

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Cette dixième édition du Hellfest fut comme vous l’aurez compris une très grande réussite, aussi bien musicalement qu’au niveau de l’organisation qui a su régler des choses comme poser de l’herbe partout ou améliorer considérablement le son sur les scènes death et black, permettant d’apprécier enfin à leur juste valeur les groupes qui s’y produisent. En parlant des musiques extrêmes, on aura d’ailleurs repéré une mutation du public désormais plus intéressé par les concerts des mainstages et les foires pagan que par les concerts violents. Cette mutation prévisible et latente depuis quelques années rend parfois les tentes dédiées aux musiques extrêmes surdimensionnées et pourrait conduire à un lissage et donc à un affaiblissement de la programmation pour convenir aux intérêts premiers d’un public en voie de normalisation. Pour notre part, on espère de tout cœur que le Hellfest ne cèdera pas à ces sirènes car on reprendrait bien encore quelques éditions comme celle-ci.

Fingers crossed, et rendez-vous l’année prochaine.

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Dr Somath & Mattooh